Le géant français du cycle du combustible nucléaire Orano a promis, mercredi 21 janvier, de poursuivre ses actions juridiques contre l’Etat nigérien qui l’a exproprié, mais aussi contre « quiconque voudrait mettre la main » sur un stock d’uranium d’au moins 1 000 tonnes que le Niger, dirigé par une junte militaire, cherche à vendre.
Fin novembre 2025, Orano avait averti qu’un chargement d’uranium avait quitté le site de la Somaïr, à Arlit (nord), auparavant détenue à 63,4 % par le groupe français et à 36,6 % par l’Etat du Niger. Ce stock de concentré d’uranium se trouve bloqué à l’aéroport de Niamey depuis plusieurs semaines.
« Une partie du stock [de la Somaïr] a été déplacée par la junte depuis Arlit jusqu’à Niamey. Il y est toujours pour ce que je sais, mais je n’ai pas plus d’informations », a déclaré le président du conseil d’administration d’Orano, Claude Imauven, devant les sénateurs français, mercredi.
Il était auditionné au Sénat puis à l’Assemblée nationale, qui ont approuvé la reconduction de son mandat. « On ne sait pas à qui il est destiné et comment il va sortir », a-t-il poursuivi, précisant que le groupe n’était « pas sur le terrain » et ne disposait « pas d’informations directes ».
La question de l’uranium nigérien, longtemps exploité par Orano (ex-Areva), est au cœur de la politique de souveraineté revendiquée par la junte au pouvoir depuis 2023 dans ce pays sahélien qui a tourné le dos à la France pour se rapprocher de la Russie. L’Etat nigérien avait annoncé en novembre 2025 son intention de mettre sur le marché international l’uranium produit, après avoir décrété en juin la nationalisation forcée de la Somaïr, la filiale d’Orano.
Quatre procédures d’arbitrage
En visite à Niamey cet été, le ministre de l’énergie russe avait affirmé la volonté de son pays « d’exploiter l’uranium » au Niger. « On est prêt à continuer nos actions juridiques pour faire valoir nos droits contre l’Etat nigérien, mais aussi contre quiconque voudrait mettre la main sur ces produits », a prévenu M. Imauven devant l’Assemblée nationale mercredi, sans nommer de pays.
Orano, qui s’estime dépossédé de cette marchandise, a engagé quatre procédures d’arbitrage en réaction. L’une a donné lieu à une décision en sa faveur, « qui interdisait au gouvernement nigérien de toucher aux stocks » de la Somaïr, a rappelé M. Imauven. Selon lui, ces stocks représentent une valeur marchande de 300 millions d’euros.
L’Agence France-Presse a pu constater, grâce à des photos satellites, l’arrivée dans une zone de l’aéroport de Niamey de 34 camions entre le 3 et le 5 décembre 2025.
Si le chargement n’a pas pu être formellement relié à l’uranium nigérien, plusieurs sources, notamment le groupe de journalistes ouest-africains Wamaps, spécialisé dans l’actualité sécuritaire au Sahel, affirment qu’il s’agit des 1 000 tonnes ayant quitté Arlit fin novembre. Sa destination reste inconnue, tout comme son éventuel mode d’acheminement, par la route ou les airs.












