« Chaque jour, on nous rappelle que nous vivons à une époque de rivalité entre grandes puissances. Que l’ordre [international] fondé sur des règles tend à disparaître. Que les forts agissent selon leur volonté et que les faibles en subissent les conséquences. Cet aphorisme de Thucydide se présente comme inévitable, telle une logique naturelle des relations internationales. Devant ce constat, les pays ont fortement tendance à suivre le mouvement (…). Ils s’adaptent. Ils évitent les conflits. Ils espèrent que ce conformisme leur garantira la sécurité. Ce n’est pas le cas.
Quelles sont donc nos options ? En 1978, le dissident tchèque Vaclav Havel [1936-2011] a écrit un essai intitulé Le Pouvoir des sans-pouvoir. Il y posait une question simple : comment le système communiste a-t-il pu tenir ? Sa réponse commence par l’histoire d’un marchand de fruits et légumes. Chaque matin, il place une affiche dans sa vitrine : “Travailleurs du monde, unissez-vous !” Il n’y croit pas. Personne n’y croit. Mais il la place quand même, pour éviter les ennuis (…).
Havel appelait cela “vivre dans le mensonge”. Le pouvoir du système ne provient pas de sa véracité, mais de la volonté de chacun d’agir comme s’il était vrai. Et sa fragilité provient de la même source : dès qu’une seule personne cesse d’agir ainsi, dès que le marchand de fruits et légumes retire son enseigne, l’illusion commence à s’effriter. Le moment est venu pour les entreprises et les pays de retirer leurs enseignes.
Pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré grâce à ce que nous appelions l’“ordre international fondé sur des règles”. Nous avons adhéré à ses institutions, vanté ses principes et profité de sa prévisibilité. Grâce à sa protection, nous avons pu mettre en œuvre des politiques étrangères fondées sur des valeurs.
Fiction utile
Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie fausse. Que les plus puissants y dérogeraient lorsque cela leur convenait. Que les règles entourant les échanges commerciaux étaient appliquées de manière asymétrique. Et que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l’identité de l’accusé ou de la victime.
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