Troisième volet de la Tétralogie – le Ring (« Anneau ») – de Richard Wagner, Siegfried est, en réalité, le pan central du triptyque qui rend compte de la lutte pour la conquête de l’anneau maudit (instrument de pouvoir forgé par Alberich dans le premier des quatre épisodes, L’Or du Rhin). C’est le moment de bascule entre l’ère dominée par les dieux (La Walkyrie, première des trois journées épiques) et l’avènement d’un monde régi par les hommes (Le Crépuscule des dieux, troisième et dernière étape d’un parcours édifiant). Siegfried est donc le théâtre d’une inversion des rôles.
Est-ce pour cette raison que, dans la nouvelle production de l’œuvre donnée à l’Opéra Bastille jusqu’au 31 janvier, Calixto Bieito a situé l’action des deux premiers actes dans une forêt dont les arbres sont plantés à l’envers ? Base enfouie dans les lustres et cime au ras du plateau… Du Walhalla céleste des dieux au champ de ruines terrestres des hommes ?
Suscité ou non par une telle intention, cet imposant décor sylvestre (armature poétique de Rebecca Ringst), occasionnellement animé par un réseau de lignes colorées (sobre vidéo de Sarah Derendinger), invite le regard à débusquer des symboles. Ainsi voit-on dans un sapin, posté à l’horizontale sur le côté de la scène, un gigantesque équivalent de l’épée qui va constituer le fil de l’intrigue. Brisée en plusieurs morceaux, à la fin de La Walkyrie, par Wotan (le « Jupiter » de l’Olympe saxonne), l’arme doit être entièrement refondue pour permettre à Siegfried de tuer le terrible Fafner qui veille sur l’anneau tant convoité.
Il vous reste 73.34% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.














