Neuf mois ont passé, mais il est « encore difficile » pour Delphine Labails « d’assumer d’avoir dû renoncer ». Élue maire de Périgueux (Dordogne) en 2020, la socialiste a démissionné avant la fin de son mandat en avril 2025 en raison d’un « burn-out ». « Je n’étais plus en capacité d’être maire à 100% », confie-t-elle à France 3 Nouvelle-Aquitaine dans un article publié ce dimanche 18 janvier.
L’ex-maire de la commune comptant environ 30.000 habitants, qui demeure élue au conseil municipal et au conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, avait annoncé dès décembre 2024 « se mettre en retrait » de son mandat. Elle expliquait dans un communiqué ressentir « les effets d’un épuisement professionnel conséquent, qui met en danger à la fois (sa) santé et (son) équilibre familial ».
Devenue le « réceptacle » des « angoisses » des habitants
Tour à tour adjointe au maire, première adjointe puis conseillère municipale, l’ancienne inspectrice de la jeunesse et des sports n’en était pas à ses débuts en politique lorsqu’elle a eu la faveur des suffrages des Périgourdins en 2020. Mais l’édile a rapidement dû faire face au départ de sa directrice générale des services et à un contexte national et international « exceptionnel » entre crise du Covid, guerre en Ukraine et inflation.
Delphine Labails s’est ainsi vu devenir le « réceptacle » des « angoisses » des habitants, dit-elle, évoquant « un déferlement de menaces, d’insultes, des tentatives d’intimidations » sur les réseaux sociaux. « Le maire est un réceptacle, il prend tout, est responsable de tout: de la collecte des déchets, de l’éclairage public, des trottoirs, on est dans la proximité et on reçoit les angoisses de la société », déplore-t-elle.
« J’étais tout le temps sollicitée, j’acceptais de voir tout le monde, je sentais que je leur devais ça et je n’ai pas su dire non à un emploi du temps trop chargé », a-t-elle expliqué auprès de l’AFP la semaine dernière.
Elle raconte aussi avoir ressenti « l’isolement », y compris au sein de sa majorité. Un sentiment qui s’est accentué lorsqu’elle s’est mise en retrait de son mandat, « certains demandant même (s)a démission après 10, 15 ou 20 ans de compagnonnage politique ».
Près de 2.200 démissions de maires entre juillet 2020 et mars 2025
Après son expérience, l’ex-maire en appelle à l’État pour donner aux élus locaux des moyens, par exemple avec des dispositifs d’accompagnement pour la garde d’enfants, des indemnités valorisées permettant à l’élu de se consacrer entièrement à son mandat et, surtout, « un véritable programme de formation ».
Selon une étude réalisée pour l’Association des maires de France par Martial Foucault, chercheur au Centre d’études de la vie politique française (Cevipof), 2.189 maires avaient décidé de rendre leur écharpe entre juillet 2020 et mars 2025. Dans 13% des cas, les maires invoquaient leur santé physique ou psychique comme raison de leur démission. Mais, selon le chercheur, « les tensions au sein du conseil municipal, liées à la conduite de l’action municipale, sont la principale cause de démission des maires » (31% des cas recensés).
Delphine Labails n’a quant à elle pas renoncé pour de bon à la la mairie de Périgueux. « Je ne dis pas que je ne serai plus jamais maire, j’ai tellement aimé ça que, peut-être, j’y reviendrai un jour, cette première histoire se termine mais maintenant je suis une élue expérimentée », a-t-elle affirmé à France 3.
Article original publié sur BFMTV.com














