Le parquet a également requis une interdiction définitive du territoire français contre la prévenue de 39 ans, jugée depuis mardi 13 janvier par le tribunal correctionnel, en pleine vague de protestation étouffée en Iran par la répression. Elle est aussi accusée de provocation directe en ligne à un acte de terrorisme (des délits passibles de sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende), d’injure publique en ligne en raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion et d’association de malfaiteurs.
La justice française la soupçonne d’avoir alimenté en publications les comptes de l’organisation Axe de la Résistance en 2023 et 2024, notamment sur les plateformes Telegram, X, Twitch et YouTube et le site Égalité et Réconciliation de l’essayiste d’extrême droite multicondamné Alain Soral. En particulier, le compte Telegram de cette organisation a fait l’apologie de l’attaque sanglante menée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, incitant à des actes de terrorisme et injuriant la communauté juive, ce qui a mené le ministère de l’Intérieur à faire un signalement à la justice.
Dans ses réquisitions, la procureure a estimé qu’il n’était pas nécessaire de réincarcérer Mahdieh Esfandiari, qui a déjà effectué huit mois de détention provisoire avant d’être libérée sous contrôle judiciaire en octobre dernier. Contre les quatre autres prévenus de ce dossier, le ministère public a réclamé jusqu’à trois ans de prison ferme, la peine la plus lourde étant demandée pour Alain Soral, absent. Une amende de 30 000 euros et un mandat d’arrêt ont aussi été requis contre celui qui cumule 30 mentions à son casier judiciaire. Contre Maurizio Busson, « animateur de la chaîne », la représentante du parquet a aussi requis quatre ans de prison, dont trois avec sursis.
Mahdieh Esfandiari « au centre du dispositif » ?
À la barre, Mahdieh Esfandiari avait reconnu être à l’origine de la chaîne Axe de la Résistance, mais contesté être l’autrice des publications. « Elle se présente devant nous sous un jour parfaitement lisse », mais « elle est au centre du dispositif », a soutenu la magistrate, qui a appelé le tribunal à prendre en compte le contexte d’« ingérence étrangère » dans ce dossier, bien que cet aspect-là ne fasse pas l’objet de poursuites.
« Ce dossier est un dossier bien plus iranien que palestinien », a-t-elle souligné, prenant soin par ailleurs d’indiquer qu’il ne signifiait « pas la criminalisation du soutien à la cause palestinienne, qui est un débat d’intérêt général » et « mérite bien mieux que cela ». Un aspect soulevé par les avocats des parties civiles dans leurs plaidoiries.
Me Ilana Soskin, conseil de la Licra, a observé que Mahdieh Esfandiari, qui avait notamment témoigné pendant les débats son admiration pour les Gardiens de la Révolution, prenait « ses instructions directement auprès du bureau du Guide » de la Révolution iranienne afin d’« importer en France le narratif de (d’Ali) Khamenei, pour diffuser le discours islamique des mollahs ».
L’avocat de l’UEJF dénonce un « système soralo-iranien »
Les protagonistes d’Axe de la Résistance « sont structurés, organisés, financés et déterminés à partager sur notre territoire la propagande du régime iranien, la propagande du Hezbollah et la propagande du Hamas », a déclaré de son côté Me Sacha Ghozlan, qui défend l’Union des étudiants juifs de France (UEJF).
L’avocat a dénoncé un « système soralo-iranien, un système d’extrême droite qui s’est allié à un régime dictatorial qui propage des idées contraires » à celles de la France. Pour lui, « c’est la raison pour laquelle le régime iranien met la pression » pour échanger la prévenue contre les deux Français, incarcérés en Iran en mai 2022 avant d’être condamnés respectivement à 20 et 17 ans de prison, notamment pour espionnage au profit d’Israël, puis libérés début novembre 2025 avec interdiction de quitter le pays. Ils restent pour l’heure bloqués à l’ambassade de France à Téhéran.
« C’est un arrangement, une négociation entre nos deux États », a déclaré jeudi 15 janvier sur BFMTV l’ambassadeur d’Iran en France, Mohammad Amin Nejad. « Mon souhait est leur retour dès que possible après la réalisation des arrangements entre les deux États. »
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