Donald Trump n’a, en effet, pas fait mystère de sa volonté de s’approprier l’île de l’Arctique, riche en minerais, que ce soit sous forme d’achat ou d’accord avec le Danemark et le Groenland ou par l’usage de la force. Au fil des propos publics répétés de l’administration Trump au sujet du Groenland depuis quinze jours, l’idée, longtemps jugée irréaliste, d’une prise de contrôle par la force n’est plus écartée.
Si, pendant la guerre froide, les Etats-Unis ont compté plusieurs milliers de soldats sur place, ils ne conservent désormais qu’une seule base de 150 à 200 personnes, la Pituffik Space Base, en vertu d’un accord avec le Danemark. La menace militaire américaine n’est donc pas imminente.
Ce qui n’empêche pas les membres européens de l’OTAN de la prendre au sérieux. Une mission militaire européenne a ainsi démarré jeudi sur le territoire autonome danois. Traditionnel allié des Américains au sein de l’OTAN, le Danemark a annoncé y renforcer sa présence militaire.

Dans la foulée, la France, la Suède, l’Allemagne et la Norvège, rejointes par les Pays-Bas, la Finlande et le Royaume-Uni, ont annoncé l’envoi de personnel militaire pour une mission de reconnaissance qui s’inscrit dans le cadre de l’exercice danois « Arctic Endurance ». Ces renforts militaires européens de taille modeste doivent préparer la participation de ces armées à de futurs exercices dans l’Arctique, expliquent des sources de défense de plusieurs pays.
Naguère conseiller pour la sécurité nationale auprès de l’ancienne vice-présidente Kamala Harris, Philip Gordon, aujourd’hui expert dans le cercle de réflexion Brookings Institution, se félicite de cette mobilisation. « Je pense que les Européens sont avisés d’augmenter la présence de leurs forces au Groenland et de souligner clairement que les Etats-Unis paieraient un prix élevé pour une annexion par la force, explique-t-il. Evidemment, l’Europe ne pourrait pas défendre l’île sur un plan militaire si Trump était déterminé à s’en emparer, mais je ne pense pas que tuer des Européens pour prendre le contrôle du Groenland serait un geste populaire ici, même parmi ses propres partisans. Il y a très peu de soutiens dans le pays en faveur de cette distraction inutile. »
« Nous poursuivrons notre travail sur la sécurité de l’Arctique avec nos alliés, nos partenaires, y compris les Etats-Unis », a, pour sa part, déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cependant, elle n’a pas répondu à la question de savoir si le Groenland, dès lors qu’il dépend du Royaume du Danemark, bénéficie de l’article 42.7 du traité sur l’Union européenne (UE), en vertu duquel les Etats membres de celle-ci garantissent une assistance mutuelle. La meilleure protection pour le Groenland serait sans aucun doute de rejoindre l’UE, qu’il avait quittée en 1985.

« Les sondages montrent que l’UE est de plus en plus populaire au Groenland », affirme une source de la Commission au Monde. « S’il nous faut choisir entre les Etats-Unis et le Danemark, nous choisissons le Danemark. Nous choisissons l’OTAN, le Royaume du Danemark et l’Union européenne », a déclaré le premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, mercredi.
A Nuuk, le drapeau du Groenland, composé d’un demi-cercle rouge sur fond blanc et d’un demi-cercle blanc sur fond rouge, a commencé – fait inhabituel jusqu’ici – à s’afficher aux fenêtres des bâtiments.










