Longtemps, Mélanie Gazengel s’est sentie « à part ». Une impression qui l’accompagne depuis ses 15 ans, lorsqu’elle abandonne le lycée, en classe de 1re. « J’étais le vilain petit canard. Les professeurs ne m’appréciaient pas. Pour mes parents, j’étais un échec. Ma mère m’a mise à la porte et je ne suis jamais rentrée. » Quand elle n’est pas en foyer de jeunes travailleurs, l’adolescente loge chez des amis et enchaîne les petits boulots alimentaires : « Je ne me sentais jamais à ma place. J’étais perdue. »
A 19 ans, Mélanie Gazengel tente de reprendre ses études, à Paris, mais jette l’éponge : contrainte de travailler pour survivre, elle vit selon un rythme trop intense. En abandonnant, elle ressent un « fardeau immense », comme si elle était coincée « dans une boucle sans fin ». Pour sortir de cette spirale, la jeune femme souhaite devenir commerciale : « C’est mieux payé que vendeuse. Sauf que, sans ton bac, tu ne passes aucun filtre. Je me suis fait recaler par plus de 20 entreprises. »
C’est finalement en montant sa propre entreprise de marketing digital que Mélanie Gazengel trouve sa voie : « Le chemin était pavé d’embûches, mais professionnellement je suis dans ma “zone de génie”. » Aujourd’hui âgée de 28 ans, elle gère une équipe de free-lance et a accompagné près de 300 clients dans la promotion de leur image. Elle assume son parcours – « je suis fière de moi, de ma différence » –, même s’il suscite l’incompréhension : « Quand on apprend que je n’ai pas mon bac, soit on me juge, soit on trouve remarquable que je m’en sois sortie. » Pour la société, Mélanie Gazengel est toujours « à part ».
Sentiment d’illégitimité
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