Une panne d’électricité, un hôpital saturé, une route impraticable… Ces défaillances frappent immédiatement parce qu’elles interrompent ce que l’on croyait acquis : la continuité. Elles rappellent que toute société repose sur des infrastructures silencieuses, invisibles tant qu’elles tiennent, essentielles dès qu’elles cèdent.
Il existe pourtant une infrastructure dont on parle rarement en ces termes. Elle ne produit ni énergie ni béton, ne s’affiche sur aucune carte stratégique, mais soutient pourtant l’équilibre collectif. Lorsqu’elle vacille, les effets sont durables, profonds, parfois irréversibles. Cette infrastructure, c’est la protection de l’enfance.
On la pense comme une politique sociale parmi d’autres, elle est en réalité une condition de stabilité républicaine, car une société qui ne protège pas ses enfants fragilise silencieusement ses fondations. Comme toute infrastructure, la protection de l’enfance remplit une fonction vitale : sans elle, les trajectoires se brisent, la violence augmente, et les institutions sont surchargées.
Elle suppose une continuité absolue : les besoins ne s’interrompent ni la nuit, ni le week-end, ni en période de crise. Elle possède des seuils de capacité au-delà desquels le système se dégrade. Elle exige une maintenance constante des compétences, du temps, et de la stabilité. Lorsque cette infrastructure cède, ses défaillances se diffusent, bien au-delà de son périmètre initial, vers la santé et la sécurité publiques.
Souvent dans l’urgence
Autrement dit, elle fonctionne comme un réseau. Et comme tout réseau, elle ne devient visible que lorsqu’elle tombe en panne. Plusieurs départements alertent : les capacités d’accueil et de suivi atteignent des seuils de saturation qui transforment la protection en une succession de ruptures. Il suffit d’observer ce qui se produit lorsqu’une solution d’accueil fait défaut : un enfant change de lieu, puis, de nouveau, les repères s’effacent, la confiance se délite, les troubles s’aggravent.
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