Ils sont plusieurs centaines à avoir pris la route de la Belgique. Des médecins libéraux de bloc opératoire (obstétriques, chirurgiens, anesthésistes) sont partis de Paris ce dimanche 11 janvier pour un « exil à Bruxelles ». Symbolique, l’opération doit durer trois jours et vise à protester contre la politique de santé du gouvernement, accusé de « taper sur la médecine libérale » par Philippe Cuq, président de l’organisation syndicale Le BLOC.
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Ce dernier a fait état de « 1 936 médecins inscrits », mais il a indiqué à l’AFP que « plusieurs centaines d’entre eux » ont finalement été réquisitionnés par les autorités et ont donc été tenus de travailler. Cette virée bruxelloise intervient dans le cadre d’une grève plus large des médecins libéraux et au lendemain d’une manifestation à Paris qui a réuni plusieurs milliers de personnes pour défendre la « liberté d’exercice ». Dans la capitale belge, ils entendent « travailler pour préparer une dizaine de propositions que nous voulons remettre au Premier ministre à notre retour ».
Chirurgienne à Paris et en région parisienne, Karine a embarqué dans l’un des cars partis de la capitale à la mi-journée pour se rendre en Belgique avec plusieurs de ses confrères. Pendant son trajet, elle revient auprès du HuffPost sur cet « exil à Bruxelles » et sur les revendications des praticiens libéraux.
Le HuffPost. Comment se déroule l’opération ?
Karine. Nous sommes nombreux à être partis en cars par l’autoroute, mais d’autres médecins viennent par leurs propres moyens en voiture ou en train. Ça n’a pas vraiment marché, mais l’idée de départ était de quitter la France pour ne pas être réquisitionnés [et se voir contraints par l’État, malgré la grève, à travailler pour assurer une permanence de soins, ndlr]. Finalement, beaucoup de personnes l’ont été en amont et n’ont donc pas pu partir.
Par exemple, une consœur présente dans le car travaille dans une clinique près de Tours où dix anesthésistes devaient partir, mais la moitié a été réquisitionnée pour les quinze jours de grève. Si le ministère était aussi bien organisé pour les réquisitions que pour gérer le système de santé, tout fonctionnerait beaucoup mieux.
Quel impact va avoir le mouvement sur l’offre de soin la semaine prochaine ?
Beaucoup de cliniques ont complètement mis à l’arrêt le « bloc programmé », c’est-à-dire tout ce qui ne relève pas des urgences. Dans ce cas, les patients sont évidemment prévenus et les interventions sont reprogrammées. Dans d’autres établissements, comme là où je travaille, tout le bloc est fermé depuis hier matin et jusqu’à mercredi soir : zéro intervention et zéro urgence.
Plusieurs hôpitaux sont déjà en « plan blanc » pour absorber l’afflux de patients, qui s’explique principalement par la période hivernale avec notamment l’épidémie de grippe. J’ai en tête un hôpital à Paris qui a par exemple anticipé une hausse des « urgences mains » pour les plaies et les fractures, qui sont normalement davantage traitées en clinique qu’à l’hôpital.
Même si certains patients ne comprennent pas le mouvement, beaucoup nous soutiennent. Certaines cliniques ont envoyé des mails à toute leur patientèle, actuelle et passée, pour les avertir de la grève et ont reçu des retours positifs, où les gens disent qu’on a raison de se mobiliser.
Le mouvement porte notamment sur les tarifs officiels fixés par la Sécu, hors dépassements d’honoraires. Quel est le problème selon vous ?
Certains tarifs n’ont pas été revalorisés depuis 20 ou 30 ans, ils ne sont plus adaptés et devraient être revus à la hausse. On n’a plus les mêmes dépenses qu’avant et c’est normal : la population vieillit et certaines des techniques utilisées sont plus performantes, mais aussi plus chères. Et alors que la situation est déjà compliquée, le directeur de la CPAM [Caisse d’assurance maladie, ndlr] pourra désormais fixer unilatéralement ces tarifs, possiblement pour les baisser.
Ces évolutions n’impactent pas seulement les professionnels, elles ont aussi des conséquences sur les patients, avec des cliniques qui finissent par faire rester certaines personnes moins longtemps pour limiter les frais. Il ne faut pas en arriver à un stade où les décisions qui sont prises sont financières plutôt que médicales.
La question des dépassements d’honoraires fait aussi beaucoup parler. Pourquoi ?
Le gouvernement a déjà renoncé à leur surtaxation, mais on craint qu’ils soient toujours plus encadrés, ce qui mettrait les médecins dans l’impossibilité de faire du libéral. Ces dépassements d’honoraires sont censés pallier les tarifs de la Sécu qui n’augmentent pas, ils permettent notamment d’absorber les coûts des locaux et du personnel avec lequel nous travaillons.
Je ne dis pas qu’il n’y a pas des dérives, mais ce n’est pas parce que des gens abusent que tout le monde doit être mis dans le même sac. La Sécu suit au centime près ce qu’on gagne, on ne peut rien cacher et on est déjà taxés sur les dépassements d’honoraires. Environ un tiers seulement de leur montant est touché par le médecin à l’arrivée.
Les préoccupations se portent aussi sur la question des jeunes médecins, comment l’expliquez-vous ?
Il y a un vrai sujet sur leur installation, qui pourrait être restreinte au nom de la lutte contre les déserts médicaux. Pour pallier un problème, on va en créer un autre : c’est dangereux qu’un jeune pas suffisamment expérimenté puisse se retrouver isolé et peu encadré. Les mesures de ce genre et le reste de la politique gouvernementale risquent de dégoûter les étudiants.
Dans un pays où la médecine de ville et libérale peine déjà à répondre aux besoins des patients, on ne peut pas se permettre que les internes arrêtent leurs études ou décident de partir à l’étranger. Le but de ce mouvement c’est aussi de s’assurer qu’il y aura encore des médecins pour nous soigner sur le plus long terme.
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