Que dit-on vraiment lorsque l’on juge qu’un objet est « trop mignon », un fait « intéressant », une personne « zinzin » ? Ces appréciations quotidiennes, si triviales qu’on remarque à peine les avoir faites, en disent long sur notre façon d’appréhender la complexité du monde contemporain, estime Sianne Ngai, professeure de littérature anglaise à l’université de Chicago et autrice en 2012, aux Etats-Unis, de Nos catégories esthétiques. Le zinzin, le mignon et l’intéressant, dont la traduction française vient de paraître aux éditions d’Ithaque (384 pages, 26 euros).
Vous proposez l’analyse de trois catégories esthétiques. Pourquoi avoir choisi celles-ci ?
Parmi les esthétiques qui me semblaient les plus importantes dans nos sociétés capitalistes contemporaines, le « mignon », l’« intéressant » et le « zinzin » avaient ceci de commun qu’ils étaient autant présents dans la culture populaire que dans la culture plus élitiste. Si, comme toutes les catégories esthétiques, ils recouvrent à la fois des styles visuels et des jugements intellectuels, celles-ci me semblaient constituer un bon miroir de notre époque.
Il vous reste 83.88% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.













