C’est la règle au Nouvel An, à Rio de Janeiro : le 31 décembre, on s’habille de blanc. Mais cette année, une polémique a fait tache. Car des 13 scènes de concert disposées à travers la ville par la mairie, soucieuse d’entretenir sa réputation de « plus grand réveillon du monde », l’une était réservée aux musiques gospels, liées aux cultes évangéliques.
De quoi attiser les critiques alors que l’élection pour le siège de gouverneur de l’Etat de Rio, à laquelle le très populaire maire, Eduardo Paes (Parti social démocratique, centre droit), ne cache plus son envie de concourir, aura lieu en octobre. Dans cette optique, l’édile a multiplié les appels du pied en direction des évangéliques, groupe constituant 32 % de la population de l’Etat.
Opposé à l’ex-président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, lors de son mandat, partisan de la réélection de Luiz Inacio Lula da Silva (Parti des travailleurs, gauche) en 2026, Eduardo Paes a l’image d’un progressiste. Mais il s’est affiché ces derniers mois avec les figures les plus réactionnaires du mouvement évangélique, comme le pasteur Silas Malafaia, appartenant au premier cercle de Jair Bolsonaro. « Si vous vous en prenez à Silas Malafaia, vous vous en prenez à moi ! », prévenait l’édile à l’occasion de l’anniversaire du pasteur, en septembre 2025.
Plaintes pour intolérance religieuse
« La grande majorité des évangéliques de l’Etat se concentrent dans les banlieues de Rio [18 des 22 villes de la région métropolitaine comptent une majorité d’évangéliques], là où Eduardo Paes n’a jamais fait campagne. Cette scène gospel, c’est donc un moyen pour lui de se manifester à l’attention de ce public », décrypte Nelson Rojas de Carvalho, professeur de science politique à l’université fédérale rurale de Rio de Janeiro.
La controverse intervient dans un contexte de forte hausse des tensions religieuses. En 2024, le ministère des droits de l’homme et de la citoyenneté a recensé une hausse de 80 % des plaintes pour intolérance religieuse en un an. Les religions afro-brésiliennes sont les principales victimes, totalisant 11,7 % de ces plaintes. Or, selon une autre étude coréalisée par le ministère, 59 % des agresseurs de fidèles afro-brésiliens étaient identifiés comme évangéliques.
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