Les articles 42 et 43 du traité de Versailles, qui le 28 juin 1919 instaure la paix entre l’Allemagne et les Alliés, le stipulent clairement. Sur une bande de 50 km du territoire allemand à la frontière française, il ne peut y avoir ni fortifications, ni garnisons, ni mouvements de troupes. Le même traité stipule que l’armée allemande est réduite à 100 000 hommes, qu’elle ne peut disposer ni de marine, ni d’aviation, ni d’artillerie lourde. Elle ne devra pas non plus avoir recours à la conscription.
Le pacte rhénan des accords de Locarno, en 1925, signé librement par la jeune république allemande, la France, la Belgique, le Royaume-Uni et l’Italie, stipule même qu’une entrée de la Reichswehr dans la zone démilitarisée serait considérée comme une agression au même titre que le franchissement de la frontière. Sur le papier, donc, même après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, l’avenir militaire de l’Allemagne est strictement contrôlé.
1935 : premières menaces sur la paix en Europe
En 1930, les Français ont mis fin à l’occupation de la Rhénanie avant la fin du délai prévu, qui était de quinze ans. L’heure est à l’apaisement. Seule la Sarre reste sous mandat de la Société des Nations. Son sort est réglé en 1935 par référendum. Quatre-vingt-dix pour cent de la population votent pour son rattachement à l’Allemagne. Hitler, qui a quitté la Société des Nations et la conférence du désarmement en 1933, y voit un triomphe.
Cette année 1935 voit du reste s’amasser les premiers nuages d’une guerre à venir. Français et Soviétiques signent un pacte défensif, renouant avec la vieille entente d’avant 1914. Les nazis ont beau jeu d’y voir un réveil des hostilités à l’égard de l’Allemagne, même si la situation est désormais bien différente de celle d’avant-guerre. Entre l’URSS et le Reich, la Pologne s’est en effet reconstituée comme État indépendant.
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En mars, Hitler est passé du réarmement clandestin au réarmement ouvert, en violant officiellement les clauses militaires du traité de Versailles. L’ancienne armée défensive, la Reichswehr, est transformée en Wehrmacht, laquelle doit comporter 36 divisions en temps de paix et donc reposer sur un service militaire obligatoire d’un an qui est mis en place en octobre. Dès 1932, faut-il rappeler, donc avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’Allemagne avait accéléré la reconstitution de ses forces militaires, arrachée à la Société des nations selon le principe d’égalité des droits en matière d’armement.
En ce même automne 1935, l’Italie surtout a envahi l’Éthiopie, attirant sur elle l’attention internationale. Certes, elle n’est pas encore l’alliée d’Hitler, loin de là. Mussolini a même mobilisé ses troupes pour empêcher toute intervention militaire allemande à Vienne après l’assassinat du chancelier Dolfuss par les nazis autrichiens en 1934. Au printemps 1935, il a signé une alliance tripartite avec la France et le Royaume-Uni contre le Troisième Reich.
1936 : de la provocation verbale à l’action militaire
À l’aube du 7 mars 1936, l’armée allemande pénètre en Rhénanie, elle défile dans les rues à Mayence, Coblence, Francfort et Cologne. Les diplomates des nations signataires des accords de Locarno sont mis dans la matinée devant le fait accompli. À la radio, usant d’une parole qu’il veut « loyale, calme et mesurée », le président du Conseil français Albert Sarraut « souligne l’extrême gravité et récuse l’insoutenable prétexte de la double décision par laquelle, au mépris de ses propres et libres engagements, l’Allemagne vient de dénoncer le traité de Locarno et de violer avec ses armes le territoire de la zone démilitarisée du Reich ».
S’ensuivent de longues explications historiques, des estimations largement surestimées des troupes allemandes présentes dans la zone interdite et, presque à la fin d’une allocution d’une vingtaine de minutes, cette phrase, prononcée de ce même ton tranquille qui contraste avec la violence de l’agression : « Nous ne sommes pas disposés à laisser placer Strasbourg sous le feu de canons allemands. » Elle lui a été dictée par un collaborateur et résonne comme un engagement. Il ne sera pas tenu.
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L’affaire a eu lieu un samedi, alors que nombre de députés ont quitté Paris pour leur circonscription. Les élections approchent, elles auront lieu en avril et verront le triomphe du Front populaire, qui aura aussi pour mission de réarmer la France dans la perspective d’une guerre qui dès lors apparaît crédible. Le 8 mars, le Conseil des ministres réclame une mobilisation partielle, mais les autorités militaires craignent l’affrontement. Le Royaume-Uni temporise et se contente d’exprimer une semaine plus tard des regrets à la Société des Nations. Encore portent-ils sur la forme, non sur le fond d’une revendication qui apparaît dès lors plutôt légitime.
La remilitarisation de la Rhénanie n’entraîne pour finir ni réponse militaire ni sanctions économiques. Le réarmement allemand peut dès lors s’accélérer, en mai 1940, ce seront plus de trois millions d’hommes qui prendront part à la campagne de France. Léon Noël, ambassadeur de France à Varsovie entre 1935 et 1940 et futur résistant, évoquera cette période dans un livre publié en 1979 : La Guerre de 39 a commencé quatre ans plus tôt.













