Au cœur de Paris, devant l’entrée d’une école de mode, deux étudiantes font une pause cigarette, manteau de fourrure sur les épaules. « Il est vintage, prévient l’une d’entre elles lorsqu’on engage la conversation. Je l’ai acheté en friperie, je me demande à qui il a appartenu. Qui sait, peut-être à Marguerite Duras ou à Françoise Sagan ? » Cet hiver, les rues de la capitale fourmillent de manteaux à poils, souvent colorés, parfois démesurés, portés sans distinction d’âge.
Pourtant, jusqu’à récemment, s’afficher ainsi vêtu en pleine ville était considéré comme socialement honteux. Aujourd’hui, lorsqu’elle est vraie, la fourrure provient, dans la majorité des cas, de pièces chinées ou ressorties des placards (c’est du moins ce que s’empressent de préciser ceux qui la portent lorsqu’on s’intéresse à leur tenue). Parfois, mais c’est plus rare, elle est neuve, achetée auprès de quelques maisons qui perpétuent le savoir-faire. Le plus souvent, elle est imitée : le marché du fur free (« sans vraie fourrure »), qui recouvre des réalités et des gammes de prix très différentes selon les marques, est en pleine expansion.
« Il y a encore peu de temps, porter de la fourrure animale – même achetée d’occasion ou reçue d’un héritage familial – était moralement inacceptable, observe Alexia Tronel, experte en développement durable et cofondatrice du cercle de réflexion Racine, qui explore les futurs possibles du luxe. Aujourd’hui, on n’ose plus juger, car on ne sait plus vraiment distinguer le vrai du faux. » Une ambiguïté qui contribue, entre autres, à légitimer le retour de cette esthétique sur le devant de la scène, sans pour autant effacer les symboles qui lui sont associés : pouvoir, opulence, ostentation mais aussi transgression.
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