- Trois mois après les faits, « Sept à Huit » revient sur le spectaculaire casse du Louvre.
- Pour la première fois, le magazine de TF1 dévoile les images de vidéosurveillance de l’intérieur du musée.
- L’occasion de faire le point sur l’enquête et sur le sort des bijoux, toujours introuvables, malgré l’arrestation des braqueurs.
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Des bijoux inestimables dérobés au musée du Louvre
L’affaire a provoqué une onde de choc planétaire. Le dimanche 19 octobre au matin, un commando de braqueurs masqués pénétrait dans la galerie d’Apollon, au Louvre, avant de faire main basse sur un butin estimé à près de 90 millions d’euros. Les méthodes employées, le caractère patrimonial des bijoux dérobés, l’enquête qui a permis d’arrêter les auteurs… Tout est hors norme dans ce casse raconté ce dimanche 18 janvier par « Sept à Huit » sur TF1 avec la révélation d’images inédites à ce jour (à retrouver ci-dessus).
Pour la première fois depuis les faits, une équipe du magazine a été invitée à pénétrer dans la salle qui porte encore les stigmates de ce que Olivier Gabet, directeur du département des objets d’art du musée, compare à « une scène de guerre, heureusement sans mort ni blessé »
. Éventrées à la disqueuse, les vitrines vides témoignent de la violence d’un acte « brutal, barbare, sans respect de ce que sont les objets qui sont à l’intérieur »
, souligne le conservateur encore ému. « On sent qu’il y a juste une pensée qui est d’ordre, sans doute, financière, intéressée. »
Le cycliste qui a donné l’alerte témoigne
Si le « casse du siècle » a marqué les esprits, c’est d’abord à cause de l’audace des braqueurs. Après avoir garé deux camions au pied du plus célèbre musée du monde, deux des quatre braqueurs ont en effet gravi la façade à l’aide d’un monte-charge en plein jour. C’est un cycliste, qui témoigne par téléphone auprès de « Sept à Huit, » qui va alerter la police. « De loin, j’ai vu le monte-charge. Je me suis dit, bah tiens, c’est bizarre, un dimanche »
, raconte-t-il. « En m’approchant, j’ai vu deux personnes qui étaient accroupies et le monte-charge s’élever vers le balcon (…) Les deux personnes qui étaient au sol étaient en train de poser des plots de chantier tout autour. »
Une fois à l’intérieur, les choses vont aller vite, comme le raconte une gardienne anonyme. « C’est le démarrage de la journée, avec quelques visiteurs qui arrivent. D’un coup, on a entendu un grand bruit, comme une plaque métallique qui tombait à terre »
, se souvient-elle. « J’ai aperçu l’un des individus avec la disqueuse qui se retournait de notre côté. Une disqueuse de grande taille. Moi, tout de suite, j’ai compris que c’était une intrusion pour un vol. Mais je sais que les collègues qui n’étaient pas dans la galerie ont eu très peur. Ils ont pensé à un attentat. On a vu des visiteurs effrayés, plutôt épouvantés même à leur regard, se précipiter vers nous. »
Des images d’une brutalité inouïe
Pour la toute première fois, « Sept à Huit » montre les images de vidéosurveillance provenant de l’intérieur de la galerie d’Apollon. On peut voir les deux braqueurs s’attaquer aux vitrines blindées avec une brutalité inouïe. Après avoir découpé la surface de la vitrine, le premier achève le travail à coups de poings avant de s’emparer des bijoux. Son complice en difficulté, il vient lui prêter main forte. À 9h38, les deux hommes redescendent à bord de la nacelle avant de rejoindre les deux autres membres du commando comme on peut le voir sur des images filmées au téléphone portable. Le temps qu’une équipe de sécurité privée du musée prévienne la police, ils sont déjà repartis à moto…
Au total, huit pièces ont été dérobées, comportant 8.482 diamants. Le préjudice global est estimé à 88 millions d’euros. « J’ai été appelé pratiquement immédiatement après le vol »
, explique Laurence des Cars, la directrice du musée. « Je me suis évidemment précipitée au Louvre pour constater le vol. C’était un moment très dur, très violent. Je rappelle que les voleurs opéraient avec des disques à béton qui pourraient être des armes par destination. Les agents ont tout fait pour protéger et évacuer, d’ailleurs dans le plus grand calme (…) Nous sommes en petit comité au cœur du Louvre, dans le silence du Louvre, qui a été évacué de tous ses visiteurs. Mais je me doute que nous sommes dans l’œil du cyclone. »
Une faille de sécurité identifiée de longue date
Dévoilé quelques jours après le casse, un rapport du ministère de la Culture mettait en effet en lumière les failles de la sécurité du Louvre. Sur les deux caméras situées à l’extérieur le long du quai, une seule a fonctionné. Quant à celles positionnées dans la galerie, personne ne visionnait les images en direct par manque d’écran dans le PC sécurité ! « Nous étions au moment de démarrer un grand plan d’investissement de sécurité. C’est la cruelle ironie de ce qui s’est passé le 19 octobre »
, admet Laurence des Cars. Mais ce n’est pas tout : en 2018, un audit alertait la direction sur une faille de sécurité au niveau de la porte-fenêtre de la galerie d’Apollon ! La directrice du Louvre, qui en a pris connaissance après les faits, explique l’absence de grille de protection… par l’utilisation de la fenêtre par les pompiers en cas d’évacuation.
Après le casse, une centaine d’enquêteurs de la PJ parisienne vont se mettre sur la piste du commando et vite découvrir que le monte-charge a été volé dix jours plus tôt dans une commune du Val-d’Oise. Prétextant un déménagement, un homme y a fixé un rendez-vous à un technicien d’une société de location du camion avant de le braquer avec une arme. Le même camion utilisé le 19 octobre au pied du Louvre. Avant de s’enfuir, les braqueurs n’ont pas eu le temps de l’incendier. De l’ADN est retrouvé sur la nacelle, mais aussi à l’intérieur des vitrines. Autant d’indices qui permettront d’arrêter les quatre hommes, dont l’un s’apprêtait à s’envoler pour l’Algérie. Âgés de 35 à 39 ans, ils sont connus pour des faits de délit routier, trafic de stupéfiants, vols aggravés ou encore proxénétisme.
Déformée, la couronne d’Eugénie sera restaurée
Qu’ont-ils fait des bijoux ? Même si l’un d’entre eux a exprimé des regrets, affirmant qu’il n’avait pas idée de ce qu’il dérobait, les braqueurs n’ont pas donné suffisamment d’indices durant les interrogatoires. Grâce à la vidéosurveillance, les enquêteurs estiment qu’ils ont transité par le sous-sol d’un parking d’Aubervilliers où les scooters et la deuxième camionnette ont été stationnés. Mais lorsqu’ils perquisitionnent les lieux, courant novembre, tout a disparu. « À ce stade de l’enquête, c’est la dernière trace des bijoux »,
déclare la procureure de la République de Paris Laurence Beccuau. « Si un certain nombre de comparses, ou même les mises en examen à l’heure actuelle, font des révélations sur ces bijoux, évidemment, il en sera tenu compte. »
Le trésor qui a réchappé au casse, c’est la couronne de l’impératrice Eugénie, retrouvée dans un caniveau à proximité du Louvre. Commandée par Napoléon III en vue de l’exposition universelle de 1855, elle est l’une des deux seules couronnes de souverains français encore existantes. Sérieusement endommagée, elle a été dévoilée aux équipes de « Sept à Huit » dans l’état où elle a été découverte. À cause de la chute, elle est aplatie sur le dessus et ses branches ont commencé à se désolidariser. Mais les experts qui l’ont montrée au magazine de TF1 affirment qu’elle pourra être restaurée, au prix d’un grand travail, et qu’elle sera de nouveau exposée. La galerie d’Apollon, toujours fermée au public, devrait rouvrir avant l’été.




