vendredi, mars 27

  • Les manifestations contre la vie chère et le régime des mollahs ont pris une ampleur inédite en Iran.
  • Le gouvernement a imposé une coupure d’Internet.
  • Dans ce contexte, les fausses images se multiplient.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

Depuis le 28 décembre, l’Iran est en proie à des manifestations contre la vie chère qui se sont transformées en mouvement appelant à la chute du régime. La protestation a débuté dans la capitale Téhéran, avant de se répandre dans d’autres villes. Face à l’ampleur inédite (nouvelle fenêtre) de cette contestation, les autorités ont imposé une coupure Internet le 8 janvier, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks (nouvelle fenêtre)

Selon plusieurs autres organisations, cette décision servirait à masquer une répression sanglante (nouvelle fenêtre). Iran Human Rights (nouvelle fenêtre), basée en Norvège, fait ainsi état d’un « massacre » et avance ce lundi le chiffre d’au moins 648 morts parmi les manifestants (nouvelle fenêtre), tout en avertissant que le nombre réel de victimes pourrait être bien plus élevé. C’est dans ce contexte pauvre en informations et en images que des publications trompeuses ou fausses se multiplient sur les réseaux sociaux. 

De fausses comparaisons en ligne

Certaines publications cherchent à minimiser l’ampleur des manifestations. Un message vu plus de 180.000 fois sur X avance, par exemple, que des « photos sont prises en gros plan afin d’exagérer la taille de la foule », et qu’une « véritable révolution n’a pas besoin de filtres ». Pour prouver ces dires, l’internaute à l’origine du message place côte à côte deux images censées montrer la même foule au même endroit, l’une étant zoomée et l’autre dézoomée, pour prouver qu’en réalité la taille de la manifestation est moins importante que ce qui est montré. 

Capture d’écran X / Les Vérificateurs

Une comparaison que l’analyste OSINT, Tal Hagin, démonte dans des messages publiés sur X (nouvelle fenêtre). Concernant la photo en plan large, l’outil Google Lens indique la rue Kashani, qui se situe à Téhéran. En déroulant cette rue sur Google Maps, il est possible de retrouver l’intersection correspondant à la première photo (nouvelle fenêtre), la végétation et les immeubles correspondant au cliché. 

Pour la seconde image, Google Lens évoque la ville de Machhad, dans le nord-est de l’Iran. Une piste que Tal Hagin est parvenu à confirmer, après avoir reconnu des voies ferrées à gauche de l’image. En remontant l’autoroute Vakil Abad, où semble avoir été pris le cliché et en s’appuyant sur plusieurs indices comme un panneau routier, une arche visible dans un complexe résidentiel à proximité ou l’alignement de voitures, il est possible de retrouver un point géographique (nouvelle fenêtre) qui correspond au site de la manifestation. Les clichés mis en avant par l’internaute ne montrent donc pas les mêmes personnes, au même moment ni dans la même ville.

L’intelligence artificielle mise en cause

Une autre publication, vue 80.500 fois sur X, assure que deux vidéos montrant les manifestations seraient générées par intelligence artificielle. « La première vidéo a été délibérément floutée pour dissimuler des modifications ou déformer la scène », affirme l’internaute en légende. 

Capture d'écran X / Les Vérificateurs
Capture d’écran X / Les Vérificateurs

Mais en effectuant une recherche par image inversée, nous retrouvons des publications avec l’une des vidéos en meilleure qualité (nouvelle fenêtre), sans floutages. En nous basant sur les noms des enseignes qui apparaissent et en effectuant une recherche sur Google Maps, nous retrouvons par exemple la devanture de la banque Sarmayeh (nouvelle fenêtre). Plusieurs comptes d’analyse OSINT (nouvelle fenêtre) confirment que cette vidéo a été tournée à Téhéran, rue Golbarg. Sur Google Maps, nous retrouvons l’intersection, avec les feux de circulation qui correspondent et au fond les six mâts au bout desquels apparaissent des drapeaux de la République islamique, du côté gauche de la place Haft Howz. Nous apercevons également la tour d’éclairage de la place. Tous ces indices visuels et ce niveau de détails dans les images nourrissent la thèse d’une véritable vidéo et non d’un contenu généré par IA. 

La tombe de Khomeini incendiée ?

Enfin, un message vu plus de 457.000 fois sur X prétend que « des manifestants auraient incendié la tombe de Khomeini, fondateur de la révolution islamique de 1979 ». Une vidéo est censée montrer ce « moment extraordinaire qui souligne l’intensité de la contestation ».

Capture d’écran X / Les Vérificateurs

En effectuant une recherche par image inversée, nous retrouvons des extraits vidéo de cette scène publiés le 6 janvier sur le site d’un média suédois (nouvelle fenêtre). En nous fondant sur les noms des enseignes qui apparaissent (nouvelle fenêtre), il est possible de déterminer que le lieu dans la vidéo correspond au Parsian Passage, à la première entrée du Grand Bazar de Téhéran. Un site qui ne correspond pas au mausolée de l’ayatollah Khomeini, situé au cimetière de Behesht-e Zahra à Téhéran, dont des images sont disponibles sur des agences (nouvelle fenêtre) photo. Les images ne montrent donc pas des manifestants qui incendient la tombe de Khomeini, contrairement à ce qui est affirmé dans la publication, mais des manifestants près du bazar. C’est là que la série de manifestations avait débuté avec la grève des commerçants en colère contre la hausse du taux de change.

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Astrig AGOPIAN

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