samedi, janvier 31

  • Depuis quatre ans, la rumeur complotiste selon laquelle Brigitte Macron serait un homme ne cesse d’enfler.
  • Un procès pour cyberharcèlement s’est tenu le 27 octobre à Paris et des poursuites en diffamation ont été engagées aux États-Unis.
  • La Première dame française n’est pas la première femme proche du pouvoir à être victime de « transvestigation ».

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L’info passée au crible des Vérificateurs

C’est une rumeur qui a traversé l’Atlantique. Le tribunal de Paris a requis en début de semaine des peines de prison avec sursis contre dix personnes, poursuivies pour des faits de cyberharcèlement visant Brigitte Macron. Depuis plusieurs années, elles publient des messages sur les réseaux sociaux qui prétendent que la Première dame française serait un homme. Le couple présidentiel français a également déposé une plainte en diffamation, en juillet dernier, devant un tribunal du Delaware, aux États-Unis. En effet, l’influenceuse américaine Candace Owens a aussi relayé et produit des vidéos sur la supposée transidentité de l’épouse du chef de l’État, participant à donner une ampleur « internationale » à cette infox. 

Brigitte Macron n’est pas la première femme proche du pouvoir à être visée par de telles pseudo enquêtes, supposées révéler que la femme ciblée est un homme. Michelle Obama, Kate Middleton, Jacinda Ardern… toutes ont été victimes de ces accusations orchestrées par des complotistes. Ce phénomène international et récurrent a un nom : la « transvestigation ». Les Vérificateurs se sont penchés sur ces pseudo-enquêtes complotistes qui visent les femmes de pouvoir. 

De fausses « enquêtes » sur les réseaux sociaux

Le terme « transvestigation » vient de la contraction des mots transgenre et investigation. « C’est un terme récent qui désigne ce qui se déclare être une enquête, mais n’en est pas une, réalisée par des personnes qui ont pour but de vérifier le vrai et le faux du sexe et de l’anatomie des gens », nous explique Arnaud Alessandrin, docteur en sociologie de l’université de Bordeaux. Dès les années 2010, cette pratique gagne en visibilité avec des attaques contre Michelle Obama, l’épouse de l’ancien président Barack Obama. 

Les réseaux sociaux abritent des groupes entiers dédiés à ces fausses enquêtes, dont certains comptent des milliers de membres, comme l’avait souligné le média Vice dans cet article (nouvelle fenêtre) publié en 2024. Les utilisateurs postent de véritables photos des personnalités sur lesquelles ils « enquêtent », où ils examinent des détails physiques supposés « révéler » qu’elles sont transgenres. « L’hypothèse étant que si l’on nous cache la vérité du sexe, on nous cache autre chose aussi », explique Arnaud Alessandrin. « Le sexe devient l’élément fondamental de vérité pas seulement de la personne au sens de son identité de genre, mais de vérité fondamentale de la personne au sens quasiment de son être », analyse le chercheur. Avec l’apparition et la démocratisation de l’intelligence artificielle (IA), la « création de preuves » s’est accélérée. Les internautes mêlent faisceau de suspicions, manipulation d’images et faux contenus générés par l’IA. 

Un phénomène international

Aux États-Unis, Michelle Obama est accusée d’avoir menti sur sa véritable identité. Des rumeurs propagées (nouvelle fenêtre) par le complotiste Alex Jones. Mêmes fausses informations au moment de la campagne présidentielle, visant cette fois-ci la candidate démocrate Kamala Harris. Des portraits officiels sont retouchés, la dépeignant en homme et prétendant que son véritable nom serait « Kamal Aroush ». La première ministre de Nouvelle-Zélande de 2017 à 2023, Jacinda Ardern, l’épouse du leader espagnol Pedro Sanchez, Begoña Gómez (nouvelle fenêtre), la princesse Kate Middleton… comme Brigitte Macron, toutes ces femmes ont fait l’objet de « transvestigations », fausses preuves visuelles à l’appui. Elles ont un point commun : elles occupent elles-mêmes une fonction politique ou sont épouses de politicien. 

Captures d’écran X et Facebook / Les Vérificateurs

Comme le rappelle Arnaud Alessandrin, ces « transvestigations » visent aussi souvent des femmes issues du monde du spectacle, comme les chanteuses Taylor Swift et Beyoncé, ou du sport. « Il s’agit toujours de femmes puissantes », souligne le chercheur. « Derrière tout ça, il y a une logique sexiste. C’est l’idée que les femmes ne pourraient jamais être l’égal des hommes et ne pourraient jamais vendre autant de disques, courir si vite, ou avoir autant de puissance et de pouvoir politique », détaille le sociologue.  En creux : « aucune femme ne parviendrait réellement à atteindre ces statuts, ce pouvoir, cette influence », poursuit Arnaud Alessandrin. « Donc pour délégitimer ces femmes puissantes, il faut montrer qu’au fond ce ne sont pas des femmes », conclut le spécialiste.

« Une conjonction de sexisme, de transphobie et d’homophobie »

L’objectif de ces internautes est donc de décrédibiliser des femmes proches du pouvoir en décelant leur supposée transidentité cachée. Mais en plus du sexisme de ces attaques, les « transvestigations » sont aussi profondément transphobes. « Mettre en suspicion le corps d’une personne sur le critère de son identité de genre, on appelle ça de la transphobie. L’idée qu’il est légitime, normal, acceptable de mettre en discussion le corps d’une personne sur l’idée de son identité de genre est une façon de déshumaniser les personnes transgenres », nous explique Arnaud Alessandrin, qui rappelle également que les personnes qui ne sont pas transgenres peuvent aussi être victimes de transphobie, comme c’est le cas pour toutes ces femmes de pouvoir.

Ces attaques teintées d’homophobie ne visent pas seulement les femmes en question, mais aussi leur compagnon. « C’est aussi une manière de dire que, si madame Macron est un homme, alors monsieur Macron est homosexuel », souligne le sociologue. Les mêmes commentaires visaient Barack Obama. « Les complotistes les ramènent ainsi à une féminité supposée pour aussi les décrédibiliser », explique Arnaud Alessandrin. Les complotistes mènent leurs pseudo-enquêtes « sur la base d’une supposée nature de la masculinité et supposée nature de la féminité » et « érigent des preuves qui n’en sont pas », pour appuyer leur thèse. Cette « conjonction de sexisme, de transphobie et d’homophobie » mène à de véritables campagnes de harcèlement, de non-respect de la vie privée. Lors du procès à Paris, Tiphaine Auzière, la fille de Brigitte Macron, a également dénoncé une « dégradation des conditions de santé » de sa mère. La femme du chef de l’État est sur le « qui-vive » en permanence, de peur que son image soit « détournée », a expliqué l’avocate de 41 ans, devant les prévenus qui comparaissent depuis lundi au tribunal correctionnel de Paris.

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Astrig AGOPIAN

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