- Depuis sa victoire au premier tour des municipales dimanche, le nouveau maire Insoumis de Saint-Denis Bally Bagayoko fait l’objet de plusieurs fausses informations en ligne.
- Des internautes, issus des sphères d’extrême droite, ont notamment affirmé qu’il avait décrit sa commune comme « la ville des noirs », alors qu’il n’en est rien.
- Un geste récurrent de sa campagne a également été mal interprété, tandis que de fausses affirmations ont circulé au sujet de ses indemnités.
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Élections Municipales 2026
La bataille des municipales n’est pas terminée dans de nombreuses communes, mais dès le premier tour, LFI a réussi son pari à Saint-Denis. Son candidat Bally Bagayoko (nouvelle fenêtre), allié au PCF, l’a emporté dimanche dans cette deuxième plus grande ville d’Île-de-France, face au maire sortant socialiste Mathieu Hanotin. Mais depuis, ce cadre de la RATP a fait l’objet de nombreuses fausses informations sur les réseaux sociaux, parties principalement de cercles d’extrême droite. Les Vérificateurs se sont penchés sur ces déclarations.
Dès le lendemain du scrutin, Bally Bagayoko s’est retrouvé au cœur d’une violente polémique. En cause, des propos qu’il aurait tenus sur le plateau de LCI (nouvelle fenêtre) dimanche soir, dans l’effervescence de l’annonce de sa victoire. D’après des publications, il aurait déclaré que Saint-Denis est « la ville des noirs ».
Une phrase qu’il n’a en réalité jamais prononcée, comme l’ont repéré plusieurs de nos confrères, dont Libération
(nouvelle fenêtre) et franceinfo (nouvelle fenêtre).
Des propos inaudibles dans une interview sur LCI… déformés et relayés
Dans la nuit de dimanche à lundi, un compte X publie un extrait (nouvelle fenêtre) de deux minutes de cette interview. Notre journaliste Darius Rochebin entame une question, en référence à la nécropole des rois de France qu’abrite la commune : « Sur ce plateau, il y en a qui rappelaient que, évidemment, Saint-Denis, c’était la ville des rois. Aujourd’hui c’est toujours la ville des rois… »
En duplex, entouré de son équipe, Bally Bagayoko tente alors de répondre, lançant « la ville de… »
, mais la suite du propos n’est pas audible, étouffée par le bruit de la salle. L’extrait est alors coupé et monté, le journaliste reprenant directement la parole.
Dans la foulée de cette publication, le chef d’entreprise et chroniqueur à la radio Emmanuel de Villiers (nouvelle fenêtre), frère de Philippe de Villiers, reprend cette même vidéo sur le réseau (nouvelle fenêtre). « Le futur maire LFI de Saint-Denis s’autorise un humour extravagant (ségrégationniste ?) en proclamant que Saint-Denis est la ville des noirs »
, accuse-t-il. Des propos relayés rapidement par plusieurs figures d’extrême droite. Parmi eux, le polémiste Jean Messiha (nouvelle fenêtre), tête de liste du parti Reconquête! à Évreux lors de ces municipales, ou encore l’ex-eurodéputé RN Gilbert Collard, qui avait soutenu Éric Zemmour (nouvelle fenêtre) lors de la présidentielle 2022. « Où est le racisme ? Cette phrase est terrible par son séparatisme ! »
, s’irrite l’ancien élu (nouvelle fenêtre), en partageant cette fois l’extrait non monté de cette interview… qui montre pourtant que le nouveau maire n’a pas tenu ces propos.
Dans cette séquence complète, on entend Bally Bagayoko tenter de s’exprimer malgré le brouhaha ambiant, pour finalement déclarer distinctement : « la ville des rois… la ville des rois et du peuple vivant »
. Une référence à une citation du poète communiste et résistant Jean Marcenac, qui avait précisément décrit Saint-Denis comme la ville des « rois morts et du peuple vivant »
. Avant lui, l’ancien maire PCF de Saint-Denis Patrick Braouezec avait déjà cité cette formule en 2003 (nouvelle fenêtre), par exemple.
Bien qu’erronés, les propos attribués à tort à Bally Bagayoko ont été relayés sur des plateaux de télévision et de radio, par exemple lors d’une interview sur RMC (nouvelle fenêtre) mardi matin, menée par la journaliste Apolline de Malherbe. « Ce n’est pas la ville des noirs, c’est la ville des rois et du peuple vivant. C’est ça, en fin de compte, le terme complet »
, l’a reprise le nouvel édile. La journaliste s’est depuis excusée sur X (nouvelle fenêtre), affirmant avoir « mal entendu ses propos dimanche soir »
dans « le brouhaha du duplex »
.
Dans le sillage de cette séquence et de plusieurs autres, l’association SOS Racisme a annoncé saisir l’Arcom (nouvelle fenêtre), fustigeant une « polémique raciste ». « Il s’agit purement et simplement déjà à la fois d’une fake news, d’une déformation de mes propos et ensuite d’un propos raciste en plus »,
a déploré de son côté Bally Bagayoko, dans une interview à une chaîne YouTube (nouvelle fenêtre). Des attaques qui « s’inscrivent dans une longue cabale raciste »
contre le nouvel édile, appuie son équipe auprès de TF1info.
Images mal interprétées et fausses affirmations
Ces fausses informations ne sont pas les seules à avoir visé Bally Bagayoko. Une vidéo du candidat victorieux, montant les marches de la mairie de Saint-Denis, a également été détournée et mal interprétée. Sur son compte X, Gilbert Collard a ainsi partagé ces images, sur lesquelles le vainqueur plie le bras puis lève le poing devant lui. « Le nouveau maire de Saint-Denis à son arrivée fait… un bras d’honneur ! »
, s’indigne l’ex-eurodéputé (nouvelle fenêtre). Des affirmations reprises par plusieurs autres comptes sur le réseau, dont l’un se présente comme un « Français de vieille souche »
(nouvelle fenêtre).
Pourtant, le geste du candidat insoumis ne correspond en rien à un bras d’honneur : il mime un uppercut, une référence à son slogan de campagne « un coup KO ! »
, ce que nous confirme son équipe. On le voit d’ailleurs le reproduire dans plusieurs vidéos, par exemple lors de son passage en bureau de vote (nouvelle fenêtre) le matin du scrutin, et lors de la célébration des résultats (nouvelle fenêtre) avec ses équipes.
Autre exemple repéré, une fake news qui circule cette fois sur TikTok : un internaute y affirme que le nouvel édile « tape sur les riches »
mais « au passage n’oublie surtout pas d’augmenter son salaire »
. « Ils sont comme ça à LFI »
, poursuit-il sur cette publication (nouvelle fenêtre) visionnée plus de 150.000 fois, fustigeant une « hypocrisie »
. Des accusations pourtant fausses. Un maire a bien la possibilité de modifier à la hausse comme à la baisse son indemnité, tant qu’elle ne dépasse pas les plafonds légaux, mais il doit pour cela faire voter cette décision en conseil municipal. Or celui-ci n’a pas encore eu lieu.
« Le conseil municipal d’installation a lieu samedi »
, nous indique l’équipe du nouveau maire. Ce dernier doit en effet se tenir entre le vendredi et le dimanche suivant le scrutin
« à l’issue duquel le conseil a été élu au complet »
(nouvelle fenêtre), selon la loi. Impossible donc d’acter d’ores et déjà une telle augmentation, et de toute façon, « Bally Bagayoko ne le prévoit pas »
, selon son entourage.
Cette publication pourrait toutefois faire écho à une polémique qui est quant à elle bien réelle, mais qui remonte à une dizaine d’années, en 2015. À l’époque, le maire communiste Didier Paillard était aux manettes de Saint-Denis, et Bally Bagayoko était alors son adjoint aux Sports. L’édile avait obtenu pour eux deux, ainsi que pour une deuxième adjointe, une hausse significative d’indemnités, de l’ordre de 102% pour Bally Bagayoko, comme l’avait relaté Le Parisien
(nouvelle fenêtre).
Auprès du journal, les deux adjoints avaient alors justifié cette décision par la compensation d’une perte de revenus liée à la fin de leur mandat de conseillers départementaux, quelques mois plus tôt, mais celle-ci avait déclenché des protestations. Les années ont passé, « mais c’est un sujet qui le suit régulièrement lorsqu’il fait campagne »
, nous précise son équipe. De manière générale, celle-ci estime que l’ensemble de ces fausses affirmations « vise à décrédibiliser l’élection du maire de la première ville de banlieue et deuxième ville d’Île-de-France après Paris, au premier tour et, partant, à décrédibiliser La France insoumise »
.
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