jeudi, février 19

  • Trois collaborateurs du député Raphaël Arnault ont été placés en garde à vue dans l’enquête sur la mort de Quentin Deranque, à Lyon.
  • Parmi eux, un certain « Robin C. » qui aurait été recruté par l’Assemblée nationale sous pseudonyme.
  • Nous avons vérifié cette affirmation.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

L’enquête avance sur la mort de Quentin Deranque, ce militant nationaliste de 23 ans agressé à Lyon par des membres supposés de l’ultragauche. Parmi les personnes placées en garde à vue, deux sont des collaborateurs de Raphaël Arnault, député La France insoumise (LFI) du Vaucluse, et l’un est un ancien stagiaire de l’élu. Après l’interpellation de Jacques-Elie Favrot, celle de Robin Chalendard a été dévoilée mercredi 18 février dans la presse. Ce second assistant parlementaire a été placé en garde à vue, soupçonné d’avoir aidé l’un des agresseurs présumés à se cacher. 

Mais selon Le Parisien (nouvelle fenêtre), le collaborateur de Raphaël Arnault a été « engagé sous pseudonyme à l’Assemblée nationale ». Une information qui a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias. Bruno Pomart, maire de Belflou (Aude), a estimé sur X (nouvelle fenêtre) que c’était « très grave, si avéré », lorsque le sénateur Claude Malhuret a jugé au micro de Public Sénat (nouvelle fenêtre)que « des collaborateurs engagés en dehors de toute forme réglementaire et par des mensonges sur leur état civil, c’est inacceptable ». 

Sur la plateforme X, des internautes se sont également interrogés sur la légalité (et la moralité) de la pratique du pseudonymat dans l’enceinte même de l’Assemblée nationale. « Pourquoi sous pseudonyme ? Il est écrivain ? Comédien ? », s’est demandé ce profil (nouvelle fenêtre), tandis qu’un autre s’est indigné (nouvelle fenêtre) : « On peut engager des gens sous un pseudonyme à l’Assemblée ? C’est-à-dire que des assistants parlementaires peuvent avoir accès à des documents et pénétrer dans les lieux, sans que personne ne sache qui ils sont ? ». 

« Robin Michel », embauché en 2025

Nous avons vérifié la véracité de cette information. Rien de plus simple que de commencer par vérifier le nom utilisé par l’assistant parlementaire en consultant la fiche (nouvelle fenêtre) de Raphaël Arnault sur le site de l’Assemblée nationale. En effet, un certain « Robin Michel » figure parmi les collaborateurs du député, aux côtés de Lounes Djoumer, Jacques-Elie Favrot et Mathilde Millat, par ailleurs sa suppléante. « Robin Michel » n’a été embauché dans l’équipe parlementaire qu’après 2024, car son nom n’apparaît pas sur la déclaration faite (nouvelle fenêtre) à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Selon Projet Arcadie (nouvelle fenêtre), Robin Chalendard a été recruté par Raphaël Arnault en août 2025. 

Le militant à la Jeune Garde, comme son collègue Jacques-Elie Favrot, fait partie de ces « nouveaux profils » qui ont investi le Palais Bourbon, à partir des élections législatives de 2022, a d’ailleurs expliqué Anne Muxel, directrice de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) au journal des anciens (nouvelle fenêtre) de Sciences Po Paris : « Les nouveaux députés de gauche ont fait appel, pour les assister, à des jeunes de leur mouvance. Ce qui a fait entrer à l’Assemblée de nouveaux profils, tant parmi les députés que parmi le personnel des collaborateurs ». 

Le député LFI Raphaël Arnault, le 3 juin 2025 à l’Assemblée nationale – AFP

Par ailleurs, la présidente de l’Assemblée nationale s’est expliquée sur l’usage d’un nom d’emprunt par Robin Chalendard. Après avoir indiqué sur X (nouvelle fenêtre) qu’elle avait « suspendu ses droits d’accès à l’Assemblée nationale » comme ceux de Jacques-Elie Favrot, Yaël Braun-Pivet a clarifié les conditions de son embauche : « Le contrat de travail de M. Robin C. a été établi avec son député-employeur sous son vrai nom. C’est son député qui a demandé à ce que puisse être utilisé un nom d’usage sur les documents publics liés à ses fonctions. Des vérifications de sécurité ont été faites préalablement à l’embauche de ce collaborateur sur la base de son nom réel et de son nom d’usage ». Par conséquent, l’élue a demandé le réexamen des « contrats de l’ensemble des collaborateurs » et « à ce que soit mis fin immédiatement à de telles pratiques ». 

L’emploi d’un pseudo aurait donc été à l’initiative de Raphaël Arnault, qui utilise lui-même un nom d’emprunt. Raphaël Archenault de son vrai nom userait de cette précaution par sécurité, selon la presse. Un pseudo, relevant plutôt de la contraction de son nom, qu’il adoptait déjà au moment de sa candidature en 2024 (nouvelle fenêtre), dans la 1re circonscription du Vaucluse, et même au temps de son engagement au sein de la Jeune Garde antifasciste, en tant que porte-parole (nouvelle fenêtre).

C’était donc, jusqu’à l’intervention de Yaël Braun-Pivet, un usage toléré dans l’hémicycle. Interrogée sur cette pratique et son ampleur, l’Assemblée nationale n’est pas revenue vers nous. Par ailleurs, cet usage du pseudo n’est pas nouveau dans la vie politique, avec plusieurs grandes figures ayant opté pour un nom différent de celui inscrit à leur état civil. Selon le journal Marianne (nouvelle fenêtre), c’est le cas de Marine Le Pen (Marion Anne Perrine Le Pen), mais aussi de Jacques Chaban-Delmas (simplement Jacques Delmas).

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Caroline QUEVRAIN

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