jeudi, janvier 29

  • Plusieurs publications accusent la France d’avoir bloqué l’achat par l’Ukraine de missiles britanniques cruciaux.
  • Une affirmation basée sur une interprétation erronée de la position de Paris autour du prêt accordé à Kiev.
  • Auprès de TF1info, une source militaire décrit une rumeur « orientée et sans nuance ».

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L’info passée au crible des Vérificateurs

Ce serait du chauvinisme mal placé. D’après plusieurs publications en anglais et en français, Paris aurait « empêché l’Ukraine » d’acheter des missiles Storm Shadow « parce qu’ils proviennent du Royaume-Uni ». « La France tient des propos fermes, mais trouve toujours une excuse pour ne rien faire face à l’agression fasciste russe en Europe », s’indigne un internaute dans un message (nouvelle fenêtre)écrit ce mardi 27 janvier. « La France s’oppose au projet visant à simplifier l’achat par l’Ukraine des missiles », répète un autre internaute en français, citant le Telegraph comme source de cette nouvelle.

Cet internaute affirme à tort que la France s’est opposée à l’achat par l’Ukraine de missiles britanniques – Capture d’écran

Le quotidien britannique a effectivement publié un article à ce sujet (nouvelle fenêtre)le 26 janvier. Son titre laisse peu de doute. Il révèle « en exclusivité » que la France « s’oppose au projet de l’Union européenne d’acheter des Storm Shadow britanniques pour l’Ukraine ». Et d’accompagner le tout par un sous-titre accusant Paris de privilégier l’état de sa propre industrie aux « besoins de Kiev ». Une information qui a provoqué une vague de commentaires hostiles. « La France montre toujours son vrai visage quand cela compte », ironise un internaute quand un autre appelle à ne « jamais faire confiance aux Français ». Une information reprise telle quelle par plusieurs médias français et internationaux. Les Vérificateurs vous proposent de démêler le vrai du faux.

Storm, Scalp : deux noms pour un seul missile

Tout d’abord, il est entièrement faux de caricaturer le Storm Shadow en un « missile britannique » qui provoquerait la jalousie des Français. Tout simplement parce qu’il s’agit d’une fabrication franco-britannique ! S’il est baptisé ainsi de l’autre côté de la Manche, il est appelé « Scalp » en France, l’acronyme de Système de croisière autonome à longue portée. Deux noms pour un seul et même missile de croisière, fabriqué par MBDA, une entreprise européenne de défense dont le siège est localisé en France. Elle dispose de deux lignes de production pour ce type de missile (nouvelle fenêtre). La première est située en France, à Selles-Saint-Denis, et l’autre à Stevenage, au Royaume-Uni.

De manière simultanée, les deux pays ont fait le choix l’été dernier (nouvelle fenêtre)de relancer la production de ce missile à la portée supérieure à 250 kilomètres. Celle-ci a donc repris en juillet, avec une visite du ministère des Armées sur place. Grande différence toutefois : d’après un article du Monde (nouvelle fenêtre)publié à l’époque, l’usine anglaise était à l’arrêt au moment de la relance de la production, quand la française était encore opérationnelle. Raison pour laquelle une source militaire nous confie que la ligne de production française est aujourd’hui plus efficace que l’anglaise.

L’article du Telegraph se trompe donc lorsqu’il décrit le missile produit au Royaume-Uni comme d’un « besoin » pour les Ukrainiens « que les pays européens pourraient ne pas être en mesure de satisfaire ».

Une « préférence européenne » assumée

Reste la deuxième accusation portant sur une prétendue préférence pour l’industrie hexagonale. Ici, il ne s’agit pas de faire pression sur Kiev pour l’achat d’armes made in France, mais plutôt de poser les modalités pour l’acquisition par l’Ukraine d’armement via le fonds européen. Le 14 janvier, la Commission européenne a en effet dévoilé les conditions de son prêt de 90 milliards d’euros (nouvelle fenêtre)à destination de l’Ukraine, dont deux tiers pour le soutien militaire face à l’invasion russe. 

Pour utiliser ces 60 milliards d’euros, Bruxelles a validé le principe de « préférence européenne » (nouvelle fenêtre). Une mesure soutenue par la France, contre l’avis d’autres pays, dont les Pays-Bas ou l’Allemagne. En clair, Kiev devra utiliser ces sommes pour se fournir auprès de sa propre base industrielle de défense, celle de l’Union européenne (UE) ou celle de pays associés au prêt, comme la Norvège. Objectif assumé pour la présidente de la Commission européenne : que « ces investissements aient un retour sur investissement ». Le Royaume-Uni ne fait ni partie du fonds, ni de l’UE, et n’est dès lors pas éligible par défaut. Toutefois, comme l’a rappelé Ursula von der Leyen (nouvelle fenêtre), « si le matériel nécessaire n’est pas disponible dans cette région ou dans les délais impartis, il sera parfois possible de l’acquérir en dehors »

Pour l’utilisation de ces seuls fonds européens, il y a donc bien une priorité aux pays qui ont prêté les sommes allouées à l’Ukraine, avec la possibilité de se servir ailleurs si les industries européennes ne suffisent pas. Ce sera par exemple le cas pour répondre à la demande de systèmes de défense aérienne Patriot (nouvelle fenêtre), fabriqués par les États-Unis. Une position assumée par Paris, très loin du chantage dépeint sur les réseaux sociaux. 

En résumé, l’article du Telegraph et les différentes reprises relèvent d’une rumeur « orientée et sans nuance », comme le glisse un haut responsable militaire à TF1info. Paris n’a pas du tout privé l’Ukraine d’une capacité que seuls les Britanniques maitriseraient. Elle n’a pas non plus la volonté d’empêcher l’acquisition d’armement par Kiev. La France a simplement œuvré au sein de la Commission européenne pour soumettre le prêt des Européens à certaines conditions, dont celle de la préférence pour l’industrie européenne lorsque cela est possible. Dans le cas des missiles Shadow Storm / Scalp, le pays possède une usine aux capacités équivalentes – si ce n’est supérieures – à sa voisine outre-Manche. Interrogé par TF1info, le ministère des Armées n’est pas revenu vers nous dans l’immédiat.

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Felicia SIDERIS

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