mercredi, avril 22

  • Les vaches sont les grandes absentes du Salon de l’Agriculture cette année.
  • La faute aux céréales ukrainiennes, affirme une rumeur en ligne.
  • Une fausse information issue d’une campagne de désinformation prorusse.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

Malgré l’absence des vaches, le Salon de l’Agriculture a débuté ce week-end à Paris, dans un climat sous tension. Une atmosphère dont certains comptes en ligne se sont emparés pour diffuser une rumeur tout à fait surprenante : la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), à l’origine de l’épidémie qui a conduit à l’abattage de plus de 3.000 bovins dans le pays, viendrait… d’Ukraine. 

Un message apparu le 19 février, veille de l’ouverture de l’événement, affirme ainsi qu’un « laboratoire français indépendant » aurait révélé le scandale. L’épidémie serait « due à des céréales ukrainiennes de mauvaise qualité contaminées par des moisissures et des larves de moustiques », lit-on dans cette publication (nouvelle fenêtre) vue plus de 750.000 fois. Un message également diffusé en anglais, récoltant là aussi des centaines de milliers de vues.

Un site frauduleux et une voix générée par IA

Les internautes s’appuient sur deux contenus : une vidéo et un article. Commençons par la vidéo. Une voix robotique avec un accent slave indique qu’une étude du « laboratoire de recherche indépendant Agreelia » a conclu que l’épidémie était (nouvelle fenêtre) « due à la contamination d’insectes importés dans le pays avec du grain ukrainien ». Plus précisément, cette voix qui se veut journalistique assure que les chercheurs ont examiné des échantillons provenant de cinq lots différents utilisés pour alimenter les bovins. Dans « dans trois cas sur cinq », il aurait été établi « que les moucherons et moustiques étaient porteurs du virus », entraînant l’abattage d’une partie du cheptel (nouvelle fenêtre) français. 

La séquence se termine par le « témoignage » d’un certain Laurent Pottier. Présenté comme un « éleveur en Haute-Savoie », il a lui aussi un fort accent, porte une perruque et n’est affilié à aucun syndicat. On ne voit jamais non plus son exploitation, et les registres des sociétés démontrent qu’il n’existe aucun agriculteur enregistré sous cette identité dans le département de Haute-Savoie. 

Si cette vidéo singe le style journalistique, elle n’amène pas non plus de preuve visuelle. Elle est uniquement constituée d’images d’illustration. Jamais un représentant du laboratoire ne prend la parole, pas plus qu’un journaliste qui nous montrerait les documents en question. Plusieurs outils (nouvelle fenêtre) estiment par ailleurs que la voix robotique a été générée par IA.

Cette vidéo ne peut donc pas servir de preuve. Pas plus que l’article partagé. Celui-ci a en effet été mis en ligne sur la plateforme (nouvelle fenêtre) « franceagricole.net ». Un nom qui usurpe celui de la revue spécialisée La France Agricole (disponible à l’adresse « lafranceagricole.fr »). Le nom de domaine du site frauduleux a été enregistré le 12 février, quelques jours avant l’apparition de la rumeur, et n’a accueilli que des articles datés du 9 au 12 février. Les responsables de la revue ont confirmé (nouvelle fenêtre) que celle-ci a été victime du vol de son logo et de son identité visuelle, invitant les lecteurs « à la vigilance et à vérifier qu’ils sont bien connectés sur lafranceagricole.fr ». Idem pour l’entreprise Agreelia qui « ne réalise pas, et n’a pas vocation à réaliser ce type d’analyses ». Dans un communiqué (nouvelle fenêtre), le laboratoire vétérinaire décrit une « fake news ».

La marque de fabrique d’un réseau prorusse

Des démentis qui n’ont pas empêché la rumeur d’être amplifiée. En une seule journée, elle a été au cœur de 5.000 messages sur X, à la veille de l’ouverture du Salon de l’Agriculture, d’après les données de l’outil Visibrain (nouvelle fenêtre). Parmi ceux qui ont participé à sa diffusion, un certain « Arch news ». Un internaute lié à un compte X qui partage régulièrement des contenus de la propagande russe, dont l’infox qui s’en prenait au QI d’Emmanuel Macron (nouvelle fenêtre) ou la folle invention des bijoux volés du Louvre (nouvelle fenêtre) saisis en Ukraine. Au total, nous avons déjà épinglé plus de 20 fausses publications à l’encontre de l’Union européenne, de l’Ukraine et de la France popularisées par ce compte.

VÉRIF’ – La propagande prorusse s’en prend aux athlètes ukrainiens et rate sa cibleSource : JT 20h WE

Utilisation d’une vidéo générée par IA, recours à des faux sites, création d’infox qui jettent le discrédit sur l’Ukraine, tout ça accompagné d’une promotion coordonnée sur X… Autant d’éléments qui nous mettent sur la piste d’une opération venue de Russie. D’autant que le site est hébergé par l’entreprise lituanienne Hostinger. C’est elle qui avait été utilisée pour usurper le site du Bureau national anticorruption d’Ukraine il y a quelques semaines (nouvelle fenêtre) : un faux article accusait à tort les deux plus hauts responsables de l’état-major des armées françaises d’avoir « détourné » les fonds pour l’achat d’avions Rafale par l’Ukraine. Or, nous avions révélé dans un article (nouvelle fenêtre) que cette opération informationnelle était bien liée à Storm-1516, du nom de ce mode opératoire attribué (nouvelle fenêtre) à Moscou.

Dans une analyse transmise à TF1info, Recorded Future confirme que cette campagne s’inscrit dans une « nouvelle opération du réseau CopyCop », ce réseau exploité par plusieurs acteurs du dispositif d’influence informationnelle russe, à l’origine de plusieurs dizaines de faux sites d’information locale (nouvelle fenêtre). Au total, entre février et juin dernier, l’entreprise américaine spécialisée en cybersécurité a identifié au moins 141 nouveaux sites web se faisant passer pour des médias français.

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur X : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.

Felicia SIDERIS

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