- Des vidéos montrent des chars ou armes gonflables utilisés en Iran pour tromper les frappes ennemies.
- Les images viennent en réalité de sociétés les présentant comme des maquettes, pas adaptées au terrain militaire.
- Des experts confirment qu’il n’existe aucune preuve d’une telle utilisation dans le conflit au Moyen-Orient.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
« L’Iran piège l’Oncle Sam avec une armée gonflable »,
peut-on lire dans cette publication (nouvelle fenêtre) d’un compte francophone prorusse vue un million de fois. Dans la vidéo, un hélicoptère et un char factices devant des hommes cagoulés. Des leurres grandeur nature qui seraient utilisés par Téhéran dans sa guerre pour tromper l’ennemi. Et ce n’est pas le seul contenu de la sorte : une autre vidéo (nouvelle fenêtre), vue trois millions de fois, présente cette fois des camions et autres chars chinois comme étant envoyés sur le terrain en Iran. Certaines publications avancent même le chiffre de 900.000 objets gonflables (nouvelle fenêtre) qui auraient été livrés à l’Iran, sans véritable source fiable.
La thématique des armes de combat factices revient régulièrement sur les réseaux sociaux pour affirmer que les Américains et les Israéliens auraient dépensé des millions de dollars pour frapper de fausses cibles. Dans un récent article, nous vous expliquions comment des comptes pro-iraniens avaient affirmé que des maquettes peintes au sol avaient trompé l’ennemi, une allégation basée sur une vidéo ancienne.
Ces objets gonflables ont-ils, cette fois, bien été livrés à l’Iran dans le cadre de cette guerre ? On a vérifié l’origine de ces images et les allégations qui entourent ces vidéos.
Des objets destinés à des événements festifs
Il est possible de retrouver l’origine de certaines vidéos. C’est le cas de celle d’un char que l’on retrouve sur le site internet de Kvadroshow (nouvelle fenêtre), une société russe, et donc pas chinoise, spécialisée dans les maquettes gonflables. On retrouve même la vidéo sur leur compte Instagram postée le 16 janvier 2025 (nouvelle fenêtre). Contactée, la société russe nous explique que « ces objets sont créés exclusivement à des fins décoratives ou d’exposition pour des événements, des tournages, des expositions ou des installations thématiques ».
Elle précise que le char gonflable T-34 en question a été créé spécialement pour les célébrations du 9 mai en Russie, jour de la fête nationale dans le pays. « Cette maquette a été créée comme accessoire visuel et n’est pas fonctionnelle ; elle n’est en aucun cas destinée à un usage militaire »,
ajoutent les représentants de Kvadroshow. La société confirme par ailleurs ne pas avoir connaissance d’utilisation de ses objets sur des terrains de guerre, et confirme ne livrer ses produits qu’en Russie dans le cadre de festivités. Son site Internet confirme à plusieurs reprises que les objets sont relativement fragiles, et donc peu compatibles avec des terrains de guerre.
De la même façon, les images visibles dans la publication montrant de nombreux chars ou autres camions lanceurs de missiles gonflables viennent pour leur part d’entreprises chinoises. Par exemple, le char ou les camions lance-missiles sont commercialisés par la société Jiangxi Gauss Special Equipment Company (nouvelle fenêtre). Sur son site, on retrouve les modèles ici (nouvelle fenêtre) ou là (nouvelle fenêtre) précisant qu’il s’agit de répliques grandeur nature utilisables pour des événements. Aucune information présente sur le site Internet ou dans les médias chinois ne confirme que les objets sont utilisés sur des terrains militaires.
Absence de preuve et incohérence technique
Si ces sociétés ne confirment pas l’utilisation de leurs produits sur des champs de bataille, existe-t-il cependant des preuves que des objets gonflables ont été utilisés dans l’actuel conflit en Iran ? Interrogé à ce sujet par TF1info, Brian Carter (nouvelle fenêtre), chercheur à l’American Enterprise Institute et consultant pour l’Institut pour l’étude de la guerre, spécialiste des opérations militaires au Moyen-Orient, confirme qu’il n’existe pour l’heure aucune preuve que l’Iran utilise ces objets gonflables, ni même d’indices le laissant penser.
Selon lui, il est techniquement peu probable, s’ils existaient, que de tels leurres soient pris pour cibles. « Les frappes américaines et israéliennes sont menées sur la base de renseignements, eux-mêmes basés sur une analyse de la cible. Les pays mènent plutôt des frappes délibérées sur des cibles connues pour exister dans la zone d’opérations et faisant l’objet d’actions programmées »
,
ajoute-t-il.
Autre élément technique souligné par plusieurs experts militaires, comme David G.A Lawton (nouvelle fenêtre), ancien soldat de reconnaissance : il est fort peu probable que des aéronefs soient trompés par ces dispositifs. « L’idée est intéressante en théorie, mais sa mise en œuvre est actuellement irréalisable. Tout système d’armement détecte ce type de chars grâce à l’imagerie thermique. »
Or, aucun dispositif de ce type n’équipe ces chars ou hélicoptères gonflables, selon les caractéristiques des produits. « Il est donc fort probable qu’une section de reconnaissance bien équipée puisse informer les forces d’attaque principales de l’utilisation de leurres par l’ennemi bien avant toute attaque »,
conclut l’ex-militaire.
En revanche, Brian Carter confirme que ce type de dispositif a bien été documenté dans le passé. « Durant la Seconde Guerre mondiale, l’exemple le plus connu est
l’opération Fortitude
(nouvelle fenêtre), où les forces alliées ont créé une fausse armée gonflable pour menacer le Pas-de-Calais avant le débarquement de Normandie »,
explique-t-il. Le chercheur mentionne aussi l’utilisation de dispositifs similaires en Serbie, au Kosovo et face à l’État islamique, où les forces armées ont dû faire face à des véhicules factices et des mannequins destinés à perturber le ciblage. Des cas ont également été documentés lors de la guerre en Ukraine (nouvelle fenêtre).
Pour l’heure, aucun cas n’a toutefois été documenté en Iran, et toutes les images montrant ce type de chars gonflables ne restent que des illustrations.
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