mardi, septembre 1

  • Bruno Le Maire a publié un manifeste dans lequel il défend un projet de « Fédération d’États-nations », incluant la France et cinq autres pays d’Europe.
  • Sur les réseaux sociaux, un compte influent assure que l’ancien ministre de l’Économie plaide pour une « fusion » pure et simple avec plusieurs de nos voisins.
  • Il s’agit d’une lecture trompeuse du texte, ce que confirme son auteur à TF1info.

Ajoutez TF1info à vos sources sur Google

Suivi sur X par plus d’1,2 million d’abonnés, le compte Cerfia s’est intéressé ces derniers jours à un manifeste (nouvelle fenêtre) publié par l’ancien ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Ce dernier, qui laisse planer le doute quant à ses ambitions en vue de la prochaine élection présidentielle, a dévoilé le 22 août un document de près de 60 pages dans lequel il dévoile des idées pour bâtir ce qu’il nomme une « nouvelle France »

Parmi les projets dévoilés par Bruno Le Maire, on note la création d’une « Fédération d’États-nations ». Cerfia la présente (nouvelle fenêtre) comme un projet visant à « fusionner » la France avec cinq de ses voisins européens : l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et la Pologne. Ensemble, ils seraient rassemblés derrière « une capitale unique et une souveraineté économique ». 

Une Fédération pour agir sur les politiques publiques

Si la « Fédération d’États-nations » présentée par l’ancien ministre voyait le jour, cela signifierait-il vraiment une « fusion » de six pays, parmi lesquels la France ? Serait-ce synonyme d’une perte majeure de souveraineté, au profit d’une puissance économique nettement renforcée ? Pour le savoir, il convient tout d’abord de lire en détail le passage du manifeste de Bruno Le Maire qui évoque cette initiative. « Nous devons rompre avec cette idée fausse que l’Europe des procédures, des directives,

des règlements et des 27 pourrait survivre à la nouvelle marche du temps », peut-on lire en préambule. « Nous devons construire une Europe à six. La France doit être le moteur de cette Fédération d’États-nations à six, avec sa capitale, sa Constitution, ses règles et ses projets politiques concrets. »

L’ancien représentant du gouvernement ajoute que « cette Fédération définira un nombre restreint de politiques publiques sur lesquelles les nations membres décideront de mettre leurs ressources en commun pour fonctionner comme un seul État : les semi-conducteurs et l’IA, les diplômes universitaires, les marchés financiers, les politiques économiques, les frontières par exemple. » 

Une Constitution commune

Les peuples des six pays concernés « adopteront une Constitution » commune, dont le but sera de « définir leurs règles de décision ». Notons également que « la Fédération d’États-nations restera membre de l’Union européenne à 27 », mais qu’elle disposera d’un « poids politique pour imposer ses vues », avec un modèle restant « ouvert à tous les États membres » souhaitant « avancer vers une intégration plus étroite ». 

Le terme de « fusion » est bien présent dans le manifeste, mais il ne se rapporte pas du tout à ce projet de fédération politique et économique. Il est en effet question de « fusion nucléaire », ou encore de « fusion entre les départements et les régions » françaises, mais il n’est pas question d’une forme de dilution de la France, telle qu’on la connaît aujourd’hui, au sein d’une entité plus vaste.

Détaillé sur un peu plus d’une page, le projet de fédération n’est pas détaillé en intégralité dans le manifeste. Pour en savoir davantage, TF1info a donc contacté Bruno Le Maire, afin de clarifier avec lui les implications d’une telle proposition, et la manière dont il l’a imaginée.

Bruno Le Maire dénonce une « fake news »

« Au cours de ma vie politique, j’ai constaté qu’à 27, vous ne prenez pas de décisions », lance d’emblée l’ancien pensionnaire de Bercy. Pro-européen, il estime toutefois nécessaire de se « libérer du poids de la Commission », qui « déborde sur les compétences des États membres » sans parvenir à tenir son rang dans le monde actuel. « Ma conviction absolue, c’est que si les grands États ne s’unissent pas, la partie est perdue […] L’Europe est larguée, notamment sur les nouvelles technologies et l’IA », poursuit Bruno Le Maire. Il plaide pour que l’on « décide plus vite, plus fort », prenant pour exemple certains succès historiques enregistrés sur le Vieux Continent. Et de citer Airbus, un exemple de coopération puissante « que l’on n’est aujourd’hui plus capable de réaliser ». 

Présenter la fédération qu’il appelle de ses vœux comme une « fusion » de six pays ? « C’est totalement abusif ». Une « fake news », dénonce-t-il, qui vise selon lui à « fragiliser une proposition sérieuse ». À quoi s’attendre en pratique, dès lors ? « Ce que je propose, c’est que ces États souverains restent souverains. Qu’ils gardent la maîtrise des tribunaux, des écoles, de leur police. Mais qu’ils décident ensemble de certaines politiques publiques. » Il prend l’exemple des semi-conducteurs pour illustrer ses propos, un domaine qui lui est familier puisqu’il a rejoint en 2025 le comité exécutif du groupe néerlandais ASML, parmi les leaders mondiaux du secteur. Afin d’être compétitif à l’échelle mondiale, « l’investissement minimum est d’environ 100 milliards d’euros par an », des montants « pas à la hauteur d’un seul État européen ».

Pourquoi se rapprocher de la Pologne ou des Pays-Bas, plutôt que du Portugal ou de la Suède ? « Car les six États concernés représentent à eux seuls près de deux tiers de la richesse européenne »

La Constitution de cette fédération, pour sa part, a seulement pour vocation de « fixer des règles de fonctionnement, il ne s’agit absolument pas de se substituer à notre Constitution ». Bruno Le Maire prévient au passage qu’il ne s’agit pas de torpiller l’UE, ni de « rajouter une nouvelle strate » dans un millefeuille institutionnel. La conduite de la « Fédération d’États-nations » devrait s’opérer sans dépenses supplémentaires, avec des moyens « déjà en place au niveau national »

Une manœuvre de l’extrême droite ?

Dans le cadre d’une campagne présidentielle désormais lancée, Bruno Le Maire juge enfin nécessaire de s’attarder sur le profil de Cerfia, le compte qui a partagé la présentation trompeuse de son projet. Il voit derrière cette publication une influence de l’extrême droite, dont le projet politique viserait « à affaiblir la puissance européenne ». Pourquoi l’ancien ministre établit-il ce parallèle ? Pour le comprendre, il faut avoir à l’esprit que Cerfia a été racheté (nouvelle fenêtre) à l’été 2025 par le milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin. 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur X : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI (nouvelle fenêtre).

Share.
Exit mobile version