- Des internautes s’inquiètent de suppressions dans les dossiers Epstein.
- Des fichiers « impliquant des responsables français » auraient disparu.
- Ces pages compromettaient l’identité des victimes.
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Trump, Clinton, Prince Andrew, Lang… L’affaire Epstein éclabousse des personnalités du monde entier
Depuis la publication d’une masse de documents du dossier Epstein (nouvelle fenêtre), tous les yeux sont rivés sur le site du ministère de la Justice des États-Unis. Mais voilà qu’une partie des millions de documents seraient « en train de disparaître »
. D’après plusieurs témoignages en ligne depuis ce samedi 7 février, des fichiers seraient en cours de suppression, dont certains impliqueraient « des responsables français de premier plan
« , croient-ils savoir (nouvelle fenêtre). Comment expliquer ce phénomène ? Nous avons vérifié.
Décryptage d’un fichier supprimé
De fait, le nombre de mentions du mot « France », « Paris » ou « Emmanuel Macron » a baissé. Selon nos propres observations, le nom du président de la République apparaissait ainsi plus de 200 fois sur le site officiel des archives contre 186 à l’heure où nous écrivons ces lignes. Mais cela ne signifie pas qu’il s’agit de protéger de quelconques responsables (nouvelle fenêtre). Car nous rappelons que la simple apparition d’un nom ne suppose pas, à elle seule, l’existence d’un acte répréhensible.
À titre d’exemple, nous avons eu accès à l’un des dossiers supprimés depuis sa publication. Marqué EFTA02731108, il s’agit d’une note classifiée de 86 pages, publiée le 19 décembre 2019, et dans laquelle le FBI fait un « point d’étape »
sur l’enquête au sujet des « complices potentiels de Jeffrey Epstein »
. Dans ces pages, le mot « France » est cité une fois pour évoquer le lieu de naissance de Ghislaine Maxwell (nouvelle fenêtre), l’ex-compagne du banquier condamnée pour trafic sexuel, et « Paris » à douze reprises pour évoquer la résidence du milliardaire pédocriminel (nouvelle fenêtre).
Toutefois, le retrait de ce rapport ne protège aucun suspect de l’affaire. La totalité des noms qui y sont inscrits apparaissent en effet largement dans les autres documents. Sont désignés par exemple Harvey Weinstein (nouvelle fenêtre), le producteur condamné pour viol, Leon Black, présenté comme un client du businessman (nouvelle fenêtre), ou encore Alfredo Rodriguez, l’ancien majordome (nouvelle fenêtre)qui a témoigné de la présence de très jeunes filles dans les résidences du financier. De multiples documents citent également le banquier Jes Staley, accusé d’avoir forcé une femme à toucher ses parties génitales lors d’un massage avant de la violer. Là encore, si ce nom est inscrit dans ce fichier effacé, ce témoignage se retrouve à plusieurs reprises dans le dossier et a été traité dans la presse (nouvelle fenêtre).
Une opération pour protéger les victimes
Si ce n’est pas pour protéger les responsables, comment expliquer la disparition de ce fichier ? En réalité, il s’agit au contraire de protéger les victimes. Dès le mercredi 4 janvier, le ministère américain de la Justice a commencé à retirer de son site web des milliers de documents relatifs à l’affaire après une alerte des avocats des victimes. Car parmi les millions d’archives, se sont glissés des adresses électroniques, des photos de victimes nues ou encore des détails permettant d’identifier les victimes, ont affirmé leurs avocats dans un courrier à un juge new-yorkais (nouvelle fenêtre). L’une des femmes concernées a ajouté que le site mis en ligne par le gouvernement américain était une « mise en danger »
, quand une autre a confié avoir reçu des menaces de mort après la parution de ses coordonnées bancaires. Au total, environ 7.000 documents ont été signalés, a précisé le ministère en réponse à cette plainte. Finalement, 9.500 pages ont été retirées, selon une information du ministère au média Business Insider
(nouvelle fenêtre).
France, Norvège, Grande-Bretagne : où s’arrêtera l’affaire Epstein ?Source : JT 20h WE
Reprenons ainsi l’exemple de notre rapport de 86 pages. À au moins une reprise, l’adresse de l’appartement d’une jeune femme est précisée, quand un autre témoignage a laissé des informations au sujet de l’enfant d’une victime. Des descriptions physiques de certaines adolescentes, qui n’apportent rien à l’enquête, accompagnées des dates et du lieu de leur agression, permettent aussi éventuellement de les identifier. Au micro de la BBC (nouvelle fenêtre), l’une des témoins a regretté que le ministère de la Justice américain ait « violé »
les « trois exigences »
des victimes. « Premièrement, de nombreux documents n’ont toujours pas été divulgués. Deuxièmement, la date de publication fixée est largement dépassée. Et troisièmement, le ministère de la Justice a publié les noms de nombreux survivants. »
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