Cette fois, le discours semble avoir été écrit de concert. Alors que la différence de tonalité le président de la République et le Quai d’Orsay sur l’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis n’a échappé à personne, l’exécutif a tenté de rectifier le tir ce lundi 5 janvier. Dans deux discours distincts mais coordonnés, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon et celui du ministère des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, ont détaillé « la position claire de la France » afin d’apaiser les critiques nées de la réaction d’Emmanuel Macron.
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À l’unisson, les deux ont détaillé une position française « en trois points ». À commencer par la défiance officielle de l’État vis-à-vis du président du Venezuela qui « a perdu sa légitimité populaire ». « Nicolás Maduro n’a pas reconnu les élections de juillet 2024 et a pratiqué des incarcérations politiques » a souligné Pascal Confavreux, estimant que « du coup, nous n’allons pas le regretter. » Les mêmes raisons poussent Maud Bregeon à déclarer que « non, nous n’allons pas pleurer le départ d’un dictateur ».
En parallèle, les deux se sont appliqués à balayer toute polémique sur la dissonance entre Emmanuel Macron, qui n’a pas commenté la méthode trumpienne contraire au droit international et le ministre des Affaires Étrangères Jean-Noël Barrot qui s’en est ému. Auprès de Politico, l’Élysée assure d’ailleurs que la réaction du chef de la diplomatie était « évidemment coordonnée avec la présidence. »
« Bien sûr que pour nous, ça contrevient au droit international »
Sur France 2, Pascal Confavreux a donc esquivé une relance, tandis qu’au micro de BFMTV, Maud Bregeon s’appliquait à ne faire qu’un entre les deux sons de cloches. « Bien sûr que pour nous, ça contrevient au droit international. Nous n’avons jamais dit le contraire », a assuré la porte-parole du gouvernement. Celui du Quai d’Orsay insiste : « Si des membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui ont été corédacteurs de sa Charte (…), ne la respectent pas, ça aura des conséquences graves pour l’avenir. On le déplore, on se prépare à l’avènement dans le monde de la loi du plus fort, mais on ne s’y résout pas », a affirmé Pascal Confavreux.
Enfin, le troisième et dernier point développé de concert porte sur la nécessité « de se projeter dans l’après Maduro », un aspect sur lequel le chef de l’État avait immédiatement insisté. Les deux porte-paroles ont plaidé pour une transition « pacifique » et qui « redonne la parole aux Vénézuéliens ».
À l’issue du Conseil des ministres, Maud Bregeon a affirmé que les propos d’Emmanuel Macron et Jean-Noël Barrot « forment un tout » et qu’il n’y a « pas de dissonance. » « Il faut voir ses différentes communications avec une continuité », a-t-elle poursuivi.
La réaction tardive d’Emmanuel Macron a provoqué un tollé à gauche, mais lui a aussi valu quelques reproches indirects venus de son propre camp. L’ancienne ministre redevenue députée Agnès Pannier-Runacher a ainsi estimé que « nous ne pouvons ignorer que le pays le plus puissant du monde ne respecte plus les bases du droit international », quand l’eurodéputée Horizons Nathalie Loiseau a rappelé les précédents échecs en Irak et en Libye lors d’interventions similaires des Américains. « Souvenons-nous, nous Français en particulier, héritiers de Chirac en 2003 disant non à la guerre en Irak, non pas parce qu’il était favorable à Saddam Hussein mais parce qu’il voyait à quel point on n’impose pas les démocraties de l’extérieur. (…) Je pense que dans les réactions officielles il y a un peu d’amnésie et je le regrette », a-t-elle déploré.
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