vendredi, février 6
Des proches de prisonniers politiques vénézuéliens assis à côté de photographies alors qu’ils tiennent une veillée devant le centre de détention d’El Helicoide, à Caracas, le 5 février 2026.

L’Assemblée nationale vénézuélienne a adopté en première lecture, jeudi 5 février, une loi d’amnistie générale « historique » couvrant les vingt-sept années de pouvoir chaviste, la doctrine du feu président Hugo Chavez, un peu plus d’un mois après la capture de Nicolas Maduro lors d’une opération militaire américaine.

« Un événement très important s’est produit pour le Venezuela : l’adoption à l’unanimité par toutes les forces politiques présentes à l’Assemblée nationale en première lecture de la loi d’amnistie, qui est une loi pour la paix et la réconciliation nationale », a estimé en soirée la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, qui l’avait promise vendredi 6 février sous pression américaine.

La législation « peut être le début d’une étape historique. Nous pouvons faire en sorte que le Venezuela entre dans une spirale de reconnaissance mutuelle, de respect, de tolérance, d’accord et où, au final, nous puissions trouver la paix », s’était plus tôt enthousiasmé le député d’opposition Tomas Guanipa lors des débats.

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Le texte approuvé en première lecture, jeudi, sera à nouveau débattu, mardi, à l’Assemblée en vue de son approbation définitive. Il doit permettre la libération de tous les prisonniers politiques ainsi que l’abandon des poursuites à leur encontre. La loi couvre les crimes de « terrorisme », « trahison » ou « incitation à la haine », chefs d’accusation fréquemment utilisés pour emprisonner les opposants politiques.

Cette « loi d’amnistie pour la coexistence démocratique » doit aussi lever les inéligibilités infligées à de nombreuses personnes, ce qui pourrait en principe bénéficier à la cheffe de l’opposition et Nobel de la paix, Maria Corina Machado, qui n’avait pu se présenter à la présidentielle de 2024.

« Nous demandons pardon »

L’amnistie ne doit pas s’appliquer en revanche aux « violations graves » des droits humains commis en vingt-sept ans de gouvernement d’inspiration socialiste depuis l’accession au pouvoir de Hugo Chavez, en 1999. La présidente par intérim, qui travaille avec le président américain, Donald Trump, sur l’accès au pétrole vénézuélien, est sous pression pour mettre fin à un système de répression qui a vu des milliers de détracteurs et opposants jetés en prison.

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Le projet souligne « l’importance de ne pas imposer la vengeance, la revanche ni la haine, mais d’ouvrir une voie vers la réconciliation ». Sont exclus des crimes et délits tels que « les violations graves des droits de l’homme, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, l’homicide intentionnel, la corruption et le trafic de stupéfiants ».

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« Nous demandons pardon et nous devons aussi pardonner », a déclaré Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée nationale et frère de Delcy Rodriguez, en brandissant une photographie de Hugo Chavez tenant dans sa main un crucifix : « Nous demandons pardon parce que, je le dis clairement, je n’aime pas [qu’il y ait des] prisonniers ».

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« Nicolasito » (petit Nicolas), le fils du président déchu Nicolas Maduro, qui attend son procès dans une prison de New York, accusé de narcotrafic, a déclaré lors des débats « être d’accord » avec le fait que « le Venezuela ne supportera pas une vengeance de plus ». « Le pays doit se mettre sur la bonne voie, avec l’amour en premier, avec la réconciliation et avec la paix consolidée, vers l’avenir glorieux de développement que le destin a préparé pour cette terre magnifique qu’est le Venezuela », a affirmé Nicolas Maduro Guerra.

« La justice doit prévaloir »

Devant le Palais de justice, Angel Godoi, 52 ans, prisonnier politique libéré le 14 janvier, insiste sur une liberté totale : « Dans mon cas, je dois me présenter tous les trente jours [aux autorités], et j’ai en outre l’interdiction de quitter le pays. On nous a fait comprendre [au moment de notre libération] qu’il ne fallait pas non plus faire de déclarations. » Il ajoute qu’« outre la liberté, nous avons besoin de libertés politiques, de libertés citoyennes, de tout ce qui touche à la vie de chacun dans le pays, dans le respect des circonstances fixées par la Constitution ».

Depuis début janvier, quelque 350 prisonniers politiques ont été libérés, selon l’ONG Foro Penal, mais près de 700 restent encore incarcérés et des dizaines de familles continuent à camper devant les prisons en attendant la libération de leurs proches.

Alfredo Romero, directeur de Foro Penal, souligne qu’il ne faut pas « qu’un processus de réconciliation, appelons-le de transition, devienne un processus de persécution contre ceux qui détenaient le pouvoir auparavant ». Il affirme : « La justice doit prévaloir. »

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Le Monde avec AFP

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