La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, ancienne vice-présidente de Nicolas Maduro capturé le 3 janvier par les Etats-Unis, rendra visite à Donald Trump, a confié mercredi un représentant de la Maison Blanche à la presse, sans fixer de date.
S’exprimant peu après devant des élus locaux, Mme Rodriguez, qui est toujours sous le coup des sanctions américaines, a affirmé, sans évoquer directement l’invitation: « Nous sommes dans un processus de dialogue, de travail avec les Etats-Unis, sans aucune crainte, pour affronter les divergences, les difficultés, les plus sensibles et les moins sensibles, pour les aborder par la voie de la diplomatie ».
Ce serait la première dirigeante vénézuélienne à se rendre aux Etats-Unis depuis plus d’un quart de siècle — à l’exception des présidents assistant aux réunions des Nations Unies à New York.
Cette invitation montre une nouvelle fois que le président américain, qui a affirmé bien « travailler » avec Mme Rodriguez, entend adopter une stratégie pragmatique avec le Venezuela, ne cachant pas son intérêt pour le pétrole.
M. Trump semble toutefois vouloir garder deux fers au feu. Mardi, il avait confié vouloir « impliquer » la cheffe de l’opposition vénézuélienne et Nobel de la paix, Maria Corina Machado, dans la gestion du pays.
La visite de Mme Rodriguez serait un événement: le dernier chef d’Etat vénézuélien s’étant rendu aux Etats-Unis pour une rencontre officielle avec un président américain remonte aux années 1990, lorsque Carlos Andres Perez s’était entretenu avec George H. W. Bush (père).
Le virage socialiste avec Hugo Chavez (1999-2013) a ensuite refroidi les relations qui sont rapidement devenues conflictuelles.
Investie le 5 janvier, deux jours après la spectaculaire capture de Nicolas Maduro par les forces américaines, Mme Rodriguez semble faire de nombreuses concessions sous la pression des Etats-Unis.
Donald Trump n’a pas hésité à la menacer de nouvelle attaque si elle ne répondait pas positivement à ses demandes.
– Libérations au compte-gouttes –
Mme Rodriguez a ainsi signé des accords sur le pétrole, promis la libération de détenus politiques, écarté Alex Saab considéré comme un homme lige de M. Maduro des sphères du pouvoir ou encore promis des réformes législatives pour faciliter les investissements.
Les vols d’expulsions de migrants des Etats-Unis vers le Venezuela ont aussi repris.
La présidente par intérim a nommé mercredi 12 nouveaux commandants militaires régionaux, après avoir déjà placé un ancien chef des services de renseignements (Sebin) à la tête de sa garde présidentielle et du contre-espionnage.
En parallèle, le pouvoir – Mme Rodriguez en tête – continue de réclamer en public la libération de Nicolas Maduro et de la Première dame Cilia Flores, et de critiquer « l’agression » américaine.
Le puissant ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, a démenti des rumeurs selon lesquelles il aurait rencontré des responsables américains avant la capture de M. Maduro. « Je ne me suis réuni avec personne », a-t-il dit affirmé à la télévision publique. « Je mets quiconque au défi » de prouver le contraire, a-t-il ajouté.
Pour le politologue Benigno Alarcon, le président Trump cherche à ne pas commettre les « erreurs » du passé, comme en Irak où les Etats-Unis avaient éliminé les membres du parti Baas de l’administration pour se retrouver avec un pays ingouvernable.
« Les chavistes », partisans de Chavez qui contrôlent tous les pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et l’administration, « seront toujours là même s’ils sont minoritaires » dans le pays.
« Le problème, fondamentalement, c’est d’avoir des institutions qui répondent à l’Etat et non à une faction », ajoute M. Alarcon.
Au Venezuela, des proches de prisonniers politiques attendent toujours les libérations qui s’opèrent au compte-gouttes. Depuis les promesses de libérations, seules quelque 150 personnes sur plus de 800 prisonniers politiques ont été libérées, selon un bilan des ONG.
« On attend avec foi et espoir tout en travaillant à ce que Javier (Tarazona) sorte rapidement », a affirmé mercredi Rafael Tarazona, frère de ce militant des droits humains, un des détenus politiques les plus célèbres, arrêté en juillet 2021.
« L’engagement de libérer tous les prisonniers politiques au Venezuela n’a toujours pas été tenu », avait déploré mardi Diego Casanova, membre de l’ONG Comité pour la libération des prisonniers politiques.
bur-pgf/roc/jnd




