mercredi, février 4

  • L’Anses dévoile ce mercredi son expertise dédiée aux risques liés au vapotage.
  • Parmi les conséquences possibles, l’agence note le rôle des aldéhydes.
  • Substances reconnues pour leurs effets toxiques, elles sont présentes à chaque inhalation.

En terrasse ou dans la rue, elle remplace peu à peu la cigarette. Mais la vapoteuse est-elle réellement sans danger ? C’est l’épineuse question à laquelle les experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) ont eu la lourde tâche de répondre. Leurs conclusions sont révélées dans un rapport publié ce mercredi 4 janvier. Il démontre que si trois millions de Français ont adopté cette nouvelle pratique (nouvelle fenêtre), celle-ci n’est pas sans risque. Car l’absence de combustion « n’exclut pas l’exposition à des substances toxiques ». Parmi les conséquences possibles, l’agence évoque notamment des effets cardiovasculaires, respiratoires et « cancérogènes », y compris dans les produits sans aucune nicotine.

Des « substances toxiques » générées par la chauffe

En cause, les aldéhydes. Un nom qui ne désigne ni un arôme gourmand, ni l’huile d’un e-liquid mais une « substance toxique » qui se forme lors du vapotage. Dans le petit nuage laissé par cette cigarette moderne (nouvelle fenêtre), les experts ont en effet retrouvé les substances de base – dont les arômes ou la nicotine –, mais aussi « deux autres types de substances », note Éric Vial, directeur d’évaluation des risques à l’Anses. D’une part, certains métaux qui apparaissent « avec la dégradation du matériel au moment de la chauffe » et d’autre part des « substances néoformées ». Celles-ci sont « issues du processus de chauffe ». Une fois réchauffées, les molécules qui composent le e-liquid « vont être dégradées, réagir entre elles et former de nouvelles substances », résume l’un des coordinateurs des travaux. 

Or, les aldéhydes sont un composé organique volatil classé comme « cancérogène certain ou probable » (nouvelle fenêtre). C’est-à-dire qu’aucun lien n’a été mis en évidence avec l’apparition de cancers, mais avec des « mécanismes précoces », qui interviennent en amont du développement de la maladie, poursuit Caroline Leroux. Et de citer, entre autres exemples, des « lésions d’ADN » ou la « dérégulation de l’expression génique ». 

Un mécanisme possible dès la première bouffée de fumée, quel que soit le type de cigarette électronique (nouvelle fenêtre). C’est pourquoi, selon les experts, il n’existe « aucune situation sans risque ». Au total, 1775 substances ont été identifiées dans les aérosols, dont 106 « particulièrement préoccupantes ». Avec quelles conséquences sur l’entourage ? Si cette étude n’a pas examiné « le vapotage passif », l’Anses recommande des études sur l’impact de ce comportement en lieu clos.

Risques « possibles à probables » d’effets cardiovasculaires

Ce ne sont pas les seuls risques révélés par ce groupe de travail composé de 14 experts. À partir d’un corpus de plus de 2860 articles scientifiques et robustes, réalisés sur l’ensemble des vapoteuses sur le marché, l’Anses a confirmé l’existence de conséquences cardiovasculaires et respiratoires. 

Elle estime ainsi la survenue « possible » d’effets cardiovasculaires dès la première exposition, souvent « transitoires et réversibles ». À partir d’une exposition plus longue, les experts ont relevé une « réduction de la capacité à réaliser un exercice physique » et une « augmentation de la pression artérielle » probable lorsque les produits contiennent de la nicotine (nouvelle fenêtre). Concernant les effets respiratoires, les données sont « insuffisantes » pour être conclusives sur l’apparition de l’asthme ou de la bronchite. En revanche, des études ont suggéré la survenue de la BPCO, une maladie pulmonaire chronique (nouvelle fenêtre). Quant au danger d’AVC, l’Anses constate une hausse possible de leur nombre chez les anciens fumeurs.

EN CHIFFRES – Les jeunes, adeptes de la cigarette électroniqueSource : La matinale

03:35

EN CHIFFRES – Les jeunes, adeptes de la cigarette électronique

Reste que malgré ce constat, ces conséquences sont bien en deçà des effets sanitaires « à la fois graves, avérés et très documentés » du tabac, lit-on dans le rapport. C’est pourquoi l’Anses estime que le vapotage peut être envisagé dans un seul scénario. Celui d’une « option transitoire pour arrêter le tabac ». (nouvelle fenêtre)« Son utilisation doit s’inscrire dans une démarche de sevrage tabagique », préconise l’agence, rappelant que 98% des vapoteurs sont ou ont été des anciens fumeurs. 

Le vapotage est une pratique répandue qui comporte des risques

Benoît Labarbe, responsable de la mission « tabac » à l’Anses

Il faut par contre « écarter toute incitation à vapoter chez les non-fumeurs et les jeunes », conclut Benoît Labarbe, responsable de la mission « tabac » à l’Anses, regrettant une certaine « banalisation » de la cigarette électronique. Au-delà des produits dont « l’attractivité » vient faciliter la prise de nicotine, les experts citent par exemple le phénomène des « vape tricks », cette tendance qui vise à réaliser des formes géométriques avec la fumée. Une pratique mise en avant par les plus jeunes utilisateurs sur les réseaux sociaux mais aussi par les industriels eux-mêmes. En ligne, les vendeurs sont nombreux à proposer des « tutos pour débuter » dans cette pratique. Or, on sait désormais grâce à l’Anses que celle-ci comporte des risques et expose à des substances nocives.

Felicia SIDERIS

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