- Édouard Geffray a transmis jeudi à la justice un signalement visant TikTok pour « provocation au suicide » et « transfert de données illicites ».
- Le ministre raconte avoir créé un faux compte en se déclarant âgé de 14 ans : en moins de vingt minutes, il s’est retrouvé sur des tutoriels de scarification et des vidéos d’incitation au suicide.
- Une enquête pénale était déjà en cours depuis novembre, après le signalement d’un député.
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Réseaux sociaux : une interdiction avant 15 ans souhaitée par Emmanuel Macron
Le ministre de l’Éducation nationale passe à l’offensive. Édouard Geffray a annoncé, jeudi 26 mars, avoir transmis à la justice un signalement visant TikTok, dénonçant les « spirales mortifères »
dans lesquelles le réseau social « enferme »
les jeunes (nouvelle fenêtre). Dans ce signalement : « provocation au suicide, traitement de données illicites, transfert de données à caractère illicite »
, a-t-il énuméré sur les ondes de nos confrères de France Inter.
Pour illustrer son propos, le ministre a raconté une expérience pour le moins troublante. Avec son cabinet, il a créé un compte TikTok en indiquant avoir 14 ans. « En moins de vingt minutes, on s’est retrouvés sur des vidéos dépressives, dans une spirale mortifère »
, avec des « tutoriels de scarification »
, des « vidéos d’incitation au suicide »
et des contenus parfois « anormaux mais légaux »
, parfois « illégaux ». « Ce n’est pas un accident. Le
fonctionnement de l’algorithme
(nouvelle fenêtre) est fait pour enfermer dans cette spirale »
, a-t-il conclu.
En février 2024 par exemple, Pénélope, 18 ans, mettait fin à ses jours dans sa maison de Treillières, au nord de Nantes. Après son décès, sa mère avait découvert les vidéos de scarification que sa fille publiait et consultait sur TikTok.
Une enquête déjà ouverte
Ce signalement du gouvernement s’ajoute à une enquête pénale déjà ouverte (nouvelle fenêtre) en novembre par le parquet de Paris, après qu’un député avait pointé l’influence néfaste de l’algorithme de la plateforme sur les jeunes. TikTok avait alors réfuté « fermement les accusations »
, assurant proposer « plus de 50 fonctionnalités et paramètres prédéfinis spécialement conçus pour assurer la sécurité et le bien-être des adolescents »
.
Quelques semaines plus tôt, l’ONG Amnesty International avait assuré avoir obtenu « de nouvelles preuves de la manière dont TikTok expose les jeunes sur sa plateforme à des contenus qui peuvent être préjudiciables, qui peuvent normaliser, banaliser, voire idéaliser la dépression, l’automutilation ou le suicide »
. L’organisation avait alors saisi l’Arcom.
Mercredi, le Sénat a adopté en commission une proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure chère à Emmanuel Macron et Gabriel Attal. Le texte sera soumis à l’hémicycle mardi 31 mars.
Un objectif loin d’être franco-français : le gouvernement autrichien a annoncé ce vendredi matin son intention d’interdire les réseaux sociaux aux enfants jusqu’à 14 ans, trois mois après l’Australie, pionnière en la matière.




