- Les Millennials reviennent en force grâce à l’adoption de leurs codes par la Génération Z.
- Cette génération marquée par les nombreuses crises, trouve un refuge dans le passé.
- La sociologue Elodie Gentina décortique pour nous cette passion nouvelle pour une génération considérée comme « ringarde », il n’y a pas encore si longtemps.
Après s’être longtemps moqué de l’esthétique, de la façon de parler et de s’habiller des Millennials, et de cette époque lointaine où il fallait attendre de se connecter avec un modem pour avoir accès au web, la Gen Z effectue un virage à 180°. Cette génération qui a grandi avec Internet, les plateformes de streaming et l’instantanéité semble se prendre de passion pour ses aînés si bien que le New York Times
déclare :
« Everything Millennial Is Cool Again » (nouvelle fenêtre). Comprendre : « Tout ce qui est tendance chez les Millennials est à nouveau cool »
. Les Pokémon ? (nouvelle fenêtre) In
. Les accessoires dans les cheveux, super in
. La musique indie-rock fait un come-back, et même les ballerines (nouvelle fenêtre)et les jeans skinny retrouvent une nouvelle jeunesse. Une vague de nostalgie dont s’empare de la Gen Z, si bien qu’une tendance émerge sur les réseaux sociaux : « le Millennial optimism era
« , ou l’ère optimiste des Millennials.
Ils cherchent à s’ancrer dans des valeurs du passé, ils mythifient les années 80 voire 90
Ils cherchent à s’ancrer dans des valeurs du passé, ils mythifient les années 80 voire 90
Élodie Gentina, docteure en sciences de gestion
Déjà en 2010, dans un article publié sur The Atlantic
, le journaliste Derek Thompson se demandait d’où venait l’optimisme des Millennials ? Il estimait que cette génération, née entre 1981 et 1996, avec Internet mais avant les réseaux sociaux et la digitalisation, était une génération confiante et ouverte au changement. Insouciante et naïve. Au contraire, la Gen Z, véritable digital native
nés à la fin des années 1990, a grandi dans un monde en crise perpétuelle : guerre, réchauffement climatique, menace nucléaire, pandémie, économie en berne… Et cette génération hyperconnectée est percutée par toutes ces informations dès qu’elle ouvre son téléphone. « Ils vivent dans une époque multi-crises, à la fois économique, financière, boursière, philosophique, politique, on parle de transition énergétique, de quatrième révolution numérique, ils cherchent donc à s’ancrer dans des valeurs du passé
« , explique à TF1info, Élodie Gentina, docteure en sciences de gestion et conférencière à l’IESEG School of Management. Pourquoi ? « Ils voient dans cette époque, un espace de sécurité, parce qu’un jeune sur deux est inquiet et un jeune sur deux a du mal à se projeter. Ils ont besoin de se mettre une parenthèse
« .
Et lorsqu’on parle de valeurs du passé, on parle aussi bien d’objets de consommation que de l’esthétisme. « Le vintage, la culture pop, les musiques qu’ils n’ont pas forcément connues
« . Le passé devient un refuge et « ils mythifient les années 80 voire 90
» : ils rêvent du vieux Nokia quand leur smartphone est un prolongement de leur être. Ils écoutent des vinyles et même des cassettes dans un Walkman, redécouvrent le plaisir de photographier à la pellicule, quand là aussi, tout est accessible depuis leur téléphone. Et, selon une étude réalisée par Spotify, sept jeunes sur dix déclarent écouter des contenus médias issus des décennies passées. Une illustration supplémentaire du « besoin des jeunes de retourner dans leur passé et leur idéalisation, peut-être, d’un mode de vie moins connecté
« , souligne Élodie Gentina.
Le succès de Barbie, « Stranger Thing »s, Kate Bush, le retour en force de Dragon Ball Z, les rééditions de vieux jeux vidéo, le come-back
des loisirs analogiques viennent appuyer cette vague nostalgique et cette envie de ralentir. Une manière d’apprécier les « éléments du passé connu par rapport à un avenir inconnu qui paraît instable et qui peut faire peur
« , indique Élodie Gentina.
Parce que le monde est saturé d’informations, les jeunes cherchent à s’évader mais aussi atteindre une forme de sécurité émotionnelle. Pour la spécialiste de la Génération Z, se réfugier dans la symbolique des Millennials c’est un moyen de s’offrir « une parenthèse bienvenue : un moment de déconnexion, de réconfort, parfois même d’oubli. C’est un cocon temporaire, une bulle protectrice. Souvent, ce n’est rien de plus qu’un passe-temps, une curiosité douce, une brève nostalgie qui apaise et rassure
« .
Une génération qui n’est pas dupe
Néanmoins, se raccrocher aux valeurs ou aux symboles d’une époque révolue ou que l’on n’a pas connue, n’est pas propre à la Gen Z. Leurs grands frères et grandes sœurs Millennials, eux, fantasmaient sur les années 60 et 70, la période hippie, les Trente Glorieuses. La musique folk faisait un carton dans les années 2000, les chemises à carreaux étaient sur toutes les épaules. Et, elle n’a pas non plus été épargnée par les crises : crack financier, crise de l’immobilier, le 11-Septembre, les attentats terroristes… et comme à chaque période de crise, « le sentiment nostalgique refait surface
« .
Toutefois, la Génération Z n’est pas résignée ou pessimiste. « C’est une génération globalement anxieuse et qui cherche à se réassurer à un moment où elle se forge une identité et elle va puiser dans la société de consommation et cette société de consommation va lui donner des objets cultes qui vont l’aider à se construire
« , développe Élodie Gentina. Toutefois, « la consommation n’est pas une fin en soi, mais un moyen avec des fins symboliques
« . Si elle a un pied dans le passé, la Gen Z serait peut-être aussi à l’origine d’une nouvelle tendance : « la newstalgia
« , qui consiste « à ne pas seulement reproduire le passé, mais à fusionner différentes époques, en mélangeant des couches d’ancien et de contemporain
« , précise la sociologue dans son article publié dans The Conversation. (nouvelle fenêtre) Une tendance qui renvoie « à un sentiment ambivalent entre regret des temps passés et envie d’aller de l’avant
« . Car même si elle cherche à se sécuriser en se tournant vers le passé, c’est une génération qui est résolument tournée vers le futur. « C’est une génération hyper engagée, elle réclame de prendre la parole, d’être protagoniste, qui a envie d’être davantage actrice. C’est une génération qui en veut, qui se bouge et qui n’est pas dupe
« .




