jeudi, février 12

Le 28 janvier, le Medef (Mouvement des entreprises de France, organisation patronale) a évoqué, parmi d’autres pistes, la création d’un « smic-jeunes » pour favoriser l’emploi et l’insertion de certains jeunes non qualifiés, ou très peu. Il n’en fallait pas plus pour ranimer de vieilles polémiques : la CGT y a vu une « déclaration de guerre » et l’UNEF [Union nationale des étudiants de France, à gauche] a aussitôt appelé la jeunesse à « se mobiliser ».

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Les postures sont bien rodées. Et, comme un diable qui sort de sa boîte, le spectre du contrat d’insertion professionnelle (CIP) d’Edouard Balladur [en 1994] est réapparu. En réalité, nul ne devrait se plaindre que l’on parle enfin de la jeunesse après un long et pénible débat budgétaire marqué par des choix, par exemple sur les retraites, que l’on pourra difficilement qualifier de porteurs d’avenir. Mais, sur le fond, que penser de la proposition du Medef ?

Pour en juger, il faut commencer par rappeler dans quelle situation se trouve une partie de la jeunesse par rapport au marché du travail. Selon l’Insee, le taux de chômage des jeunes de 16 ans à 24 ans a, certes, baissé de manière significative depuis le début des années 1990 (passant d’environ 25 % à 18,6 %) ; mais, en réalité, cette baisse n’a bénéficié qu’aux diplômés. Pour les jeunes les moins qualifiés (niveau bac et infra), elle n’a pas eu lieu. Sur la même période, le taux de chômage a même fortement augmenté pour les jeunes sans diplôme, atteignant aujourd’hui près de 33 %.

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En fait, à de tels niveaux, la notion de taux de chômage perd de son sens, car de nombreux jeunes en déshérence ne sont même plus comptabilisés dans la population active. C’est pourquoi les économistes préfèrent mesurer la proportion des jeunes de 15 ans à 29 ans qui ne sont « ni en emploi, ni sous statut scolaire, ni en formation » (les NEET, selon l’acronyme anglais des statisticiens).

Au vu de cet indicateur, la situation reste très préoccupante, puisque cette proportion s’établit à 12,5 % à l’automne 2025 selon l’Insee, soit un niveau supérieur à celui de 2003, année où elle a été estimée pour la première fois, et deux fois plus élevée qu’en Allemagne. Ces jeunes sont très majoritairement peu qualifiés, puisque 72 % d’entre eux ont un niveau de diplôme inférieur ou égal au bac. En outre, on ne soulignera jamais assez les disparités territoriales en la matière : près de 30 % des 15-29 ans sont dans cette situation à La Réunion et plus de 20 % dans plusieurs dizaines de bassins d’emploi métropolitains.

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