Certes, la prochaine élection présidentielle est encore loin. Mais à lire certains sondages, l’éventualité d’un second tour entre Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon commence à prendre forme, un scénario qui ressemblerait à une version revisitée de l’apocalypse. Rien que d’y songer, j’en viens à perdre mes eaux. Ce ne serait même plus un cauchemar, mais une plongée directe dans l’épouvante où l’électeur serait amené à choisir entre un ectoplasme vierge de tout bagage intellectuel et un caractériel aigri au verbe enragé.
Plaise au ciel que pareille situation n’arrive jamais. Autant devoir choisir, à la cantine, entre une purée de navets et un ragoût de sanglier. Ou d’avoir le choix, pour ses prochaines vacances, de partir à dos d’âne sillonner la campagne berrichonne ou bien de monter à bord d’un navire, en route pour les quarantièmes rugissants, sans canot de sauvetage. Une sorte de choix impossible qui verrait s’affronter deux candidats dont chacun incarne, à sa manière, une forme de radicalité mortifère pour le pays.
L’un voit dans l’étranger la figure de tous les maux de la Terre; l’autre serait prêt à égorger à mains nues le premier millionnaire venu; les deux prônant une sorte de populisme décomplexé où, d’anathèmes en anathèmes, on déploie tout un discours qui viserait non pas à gouverner selon le principe de concorde, mais dans une hystérisation permanente du débat public prompte à jeter bien vite les gens dans la rue.
Ce serait la révolution nationale contre l’internationalisme de la révolution. Qui pourrait s’imaginer un de ces deux à la tête de l’État sans sentir le sol se dérober sous ses pieds? Qui n’éprouverait pas un vertige à l’idée d’avoir comme chef suprême un individu chez qui la haine sert de carburant premier, haine du capital chez l’un, haine de l’immigrant chez l’autre, autant de déclinaisons d’un comportement marqué avant tout par le désir furieux d’opposer les Français les uns aux autres?
Ce serait la fin de la République, le crépuscule de la nation française vue comme un espace de dialogue, où, malgré les différences d’approche, on parvient tout de même à se réunir autour de quelques principes fondamentaux tels que l’égalité devant loi, le respect des institutions, l’Europe comme seule réponse aux dérèglements de notre époque, autant d’idéaux dans la ligne de mire de ces deux fanfarons de la politique spectacle que sont Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon.
Un pays qui dévisse de son centre pour épouser la cause d’un parti extrémiste est un pays qui se condamne à un affrontement sanglant.
Jordan Bardella, c’est le vide cosmique de la pensée, masqué par l’obsession identitaire déclinée à toutes les sauces. Jean-Luc Mélenchon, le bruit et la fureur, érigés comme principes de gouvernement. Et un point commun, la croyance en la force: l’engouement révolutionnaire, quitte à faire couler le sang contre la répression aveugle envers tout ce qui n’exalterait pas la nation française. Avec le même résultat, un pays clivé, divisé et éruptif qui chercherait à régler ses comptes, non plus dans les travées de l’Assemblée nationale, mais au fond des impasses, là où les coups de tête et les bagarres factieuses servent d’articles de loi.
La France s’en remettrait difficilement. Elle glisserait dans l’anarchie, en un affrontement sanglant qui verrait des pans entiers de la population être stigmatisée ou pourchassée, les uns d’être nés ailleurs ou de mariages douteux, les autres d’avoir accumulé trop de richesses pour qu’elles ne soient pas considérées comme suspectes et partant dignes d’être confisquées. Il en résulterait une hystérisation de la vie publique où rien ne s’accomplirait sans provoquer des accès de fureur et des attaques contre la démocratie.
Un pays qui dévisse de son centre pour épouser la cause d’un parti extrémiste est un pays qui se condamne à un affrontement sanglant. Une politique qui tendrait à monter les citoyens les uns contre les autres porte en lui les germes de sa propre destruction. La nation ainsi galvanisée devient un champ de bataille où l’intérêt général disparaît au profit de considérations partisanes. Et dans le clair-obscur de la démocratie attaquée de toutes parts, surgit, féroce, l’ombre du désordre, des règlements de compte, de l’étranglement des institutions, de la mainmise d’un appareil d’État destiné à supplanter l’ordonnancement normal de la vie publique.
Nous n’en sommes pas encore là. Mais il n’empêche, l’hypothèse de voir ces deux marioles s’affronter au second tour de l’élection présidentielle de 2027 n’a rien d’une fantasmagorie destinée à effrayer les masses. Elle n’est pas encore une certitude, mais une probabilité qui invite à réfléchir, sachant que la même problématique se posera si Marine Le Pen parvient à être candidate. Autant dire que d’ici un an et demi, pour celles et ceux qui entendent gouverner sans martyriser le pays, il est grand temps de se retrousser les manches.
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