La France insoumise et le gouvernement se sont livrés à une passe d’armes par posts interposés mercredi 26 et jeudi 27 août concernant la situation à Mayotte et les mesures à prendre face à l’immigration clandestine dont l’archipel français fait l’objet.
D’un côté, Mathilde Panot, chef des députés LFI. De l’autre, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, qui est sur place.
Mercredi, la première réagit sur le réseau social X à une annonce du second. Lequel souhaite une « militarisation » de la lutte contre l’immigration clandestine, avec un recours aux drones et à des ballons captifs pour surveiller les approches, et davantage de navires intercepteurs.
« Que compte-t-il faire? Jeter les gens à la mer? », s’indigne Mathilde Panot. Avant d’asséner: « Les habitants de Mayotte demandent plus d’État, de services publics, le droit à l’eau et à l’assainissement et une égalité de droits. Pas la visite d’un Premier ministre qui joue les cow-boys et se rêve en Donald Trump ».
« Infamie »
Sébastien Lecornu répond le lendemain. « Laisser entendre que le rôle de nos armées serait de ‘jeter les gens à la mer’ est une infamie », dénonce le chef du gouvernement, insistant: ‘leur présence est légitime, nécessaire et sera renforcée.’
Et de conclure: ‘on peut attaquer le gouvernement, pas salir ceux qui servent la France. »
En retour, Mathilde Panot réfute toute critique adressée aux militaires. Ceux-ci « exécutent les ordres donnés par le pouvoir politique. C’est-à-dire vous. Ne tentez pas de leur faire endosser cette responsabilité. C’est la vôtre qui est en cause », écrit la députée du Val-de-Marne.
En dénonçant au passage la politique du gouvernement à Mayotte, faite selon elle, « d’abandon » et de « dérogation ».
Des désaccords récurrents sur Mayotte
Dans ce petit archipel de l’Océan Indien, une fraction importante des 323.000 habitants recensés par l’Insee au 1er janvier 2026 sont de nationalité étrangère: cela représentait même près de la moitié de la population en 2017. Ces demandeurs d’asile viennent majoritairement des Comores voisines, mais avec une arrivée croissante de la région des Grands Lacs (RD Congo, Rwanda, Burundi…).
D’après un rapport d’information du Sénat publié en avril, le « caractère massif de l’immigration clandestine » à Mayotte s’explique principalement « par l’écart de niveau de développement » entre ce département français et son environnement régional.
« C’est un motif essentiellement économique qui motive la décision des Comoriens de s’installer à Mayotte, le produit intérieur brut (PIB) du département étant près de huit fois supérieur à celui des Comores », précise un autre rapport d’information, émanant celui-ci de l’Assemblée nationale et publié en 2023.
Récemment, LFI a déjà exposé ses désaccords avec le camp présidentiel concernant les mesures à prendre pour lutter contre l’immigration clandestine à Mayotte. En marge des universités de son mouvement, le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon a jugé samedi « aberrant, ridicule et provocateur », la promesse d’Edouard Philippe, l’un de ses principaux adversaires pour la présidentielle, de « fermer les vannes de l’immigration à Mayotte ».
« Il ne faut pas dire des choses qui ne peuvent pas se faire et dont on ne sait comment on les ferait », a-t-il souligné.
En réponse, l’ex-Premier ministre et patron d’Horizons l’a invité à venir constater sur place les « impacts » de la « crise migratoire ».
Article original publié sur BFMTV.com



