Le 1ᵉʳ novembre 2024, l’effondrement de l’auvent de la gare de la ville de Novi Sad, au nord de la Serbie, coûtait la vie à 16 personnes. Un an jour pour jour après la catastrophe, la colère ne s’est pas tarie dans le pays. Des manifestants continuent de réclamer la transparence sur l’enquête, la fin de la corruption au sein de l’État et des élections anticipées. Retour sur ces événements qui ont changé la face de la Serbie.
Ils sont venus à pied de Belgrade, la capitale de Serbie, de Sabac, à l’ouest, de Subotica, au nord. Toute la journée, les cortèges entrent en ville, rapporte notre correspondant à Belgrade, Laurent Rouy. Dragan a marché depuis Backa Palanka, à 40 km. « On est partis à une centaine. Mais d’autres nous ont rejoints dans tous les villages et nous voici 300. On est là pour se battre pour la liberté, la justice, pour avoir un pays normal ».
Une nouvelle créé la surprise. Le président Vucic, qui avait accusé les étudiants de terrorisme, qui n’avait jamais exprimé de compassion, a présenté ses excuses aux manifestants et ses condoléances aux familles de victimes. Svetlana n’est pas impressionnée. « C’est trop tard et sa parole ne vaut plus rien. Ça fait longtemps qu’il a perdu toute légitimité. Il ferait mieux de se taire et de convoquer les élections qu’on lui réclame ».
Pour accueillir les marcheurs, Nebojsa a cuisiné un énorme chaudron de goulash. « Ils ont besoin de manger quelque chose de sain, pour reprendre des forces. Une centaine passe la nuit dans la faculté d’agronomie. D’autres iront dans d’autres bâtiments. Et des habitants se sont portés volontaires pour en accueillir ». Plus de 100 000 personnes sont attendues à Novi Sad, pour rendre hommage aux victimes, mais aussi pour crier leur rejet d’un régime qui tente coûte que coûte de se maintenir en place.
À l’origine du mouvement de contestation
Il est 11h52, vendredi 1er novembre 2024, lorsque l’auvent de la gare de Novid Sad, la deuxième ville de Serbie, s’écroule sur les voyageurs. Quatorze personnes sont tuées, tandis que deux autres décèderont plus tard. Le bâtiment venait pourtant juste d’être rénové. La colère s’empare alors d’une partie de la population. De nombreux Serbes dénoncent la corruption qui gangrène, selon eux, les travaux publics, et plus généralement l’État.
Les étudiants prennent la tête de la contestation, bloquent les universités et entraînent dans leur sillage une partie de la population. Des manifestations géantes ont lieu durant des mois à Belgrade, mais aussi dans des petites villes. Le Premier ministre, Milos Vucevic, est contraint à la démission en janvier 2025. Mais le président Aleksandar Vucic, lui, tient bon et réprime les manifestants avec violence. Des étudiants et des militants sont arrêtés, accusés d’être des agents étrangers, voire des terroristes.
En septembre dernier, treize personnes, dont un ancien ministre, ont été inculpés dans l’enquête sur l’effondrement de l’auvent de Novi Sad. Un geste insuffisant pour les Serbes, qui réclament toujours justice et veulent des élections anticipées. Florian Bieber, professeur à l’université de Graz et spécialiste des Balkans, observe que ce mouvement a « beaucoup changé la perception du gouvernement dans le pays ». Et le pouvoir aurait tout intérêt à se méfier, car en vue des prochaines élections, « une liste d’étudiants » s’est formée et « a le soutien d’une majorité des citoyens serbes ».
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