mercredi, janvier 28

En seulement quelques mois, la politique de Donald Trump, tournée exclusivement vers les intérêts des Etats-Unis au détriment de leurs alliés, a bouleversé les équilibres mondiaux. L’agressivité commerciale et stratégique américaine ne laisse pas d’autre choix à ceux qui en font les frais que de prendre leurs distances avec Washington, tout en nouant de nouveaux partenariats. La conclusion, mardi 27 janvier, d’un accord de libre-échange commercial entre l’Union européenne (UE) et l’Inde doit donc être interprétée avant tout comme une réponse à cette recomposition.

Les négociations entre l’une des zones les plus riches du monde et le pays le plus peuplé de la planète ont commencé il y a près de vingt ans, bien avant la guerre commerciale et le retour assumé de la puissance dans les relations internationales. Mais nul doute que la stratégie du président américain a joué un rôle d’accélérateur dans leur aboutissement. Le rapprochement entre l’Inde et l’UE est le résultat d’intérêts bien compris entre deux cibles particulièrement visées par Donald Trump.

Les exportations indiennes vers les Etats-Unis sont frappées de droits de douane de 50 %, un niveau qui revient à quasiment stopper les échanges commerciaux entre les deux pays, et qui fait voler en éclats deux décennies de bonnes relations. Les Vingt-Sept, eux, voient leur allié principal leur tourner le dos, se rapprocher des partis d’extrême droite pour fragiliser la construction européenne et convoiter le Groenland, territoire semi-autonome du Danemark. Dès lors, pour Bruxelles comme pour New Delhi, l’urgence est au renforcement de l’autonomie stratégique de chacun, auquel cet accord participe.

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Sur le papier, les enjeux du rapprochement entre l’UE et l’Inde ont de quoi impressionner. Il s’agit de créer une zone de libre-échange, qui concerne 2 milliards de personnes, couvre environ 25 % du produit intérieur brut et un tiers du commerce mondial. Les deux partenaires espèrent doper leur commerce en réduisant leurs droits de douane dans de nombreux secteurs, tout en resserrant leurs liens en matière de sécurité et de défense.

Même si les volumes d’échanges sont appelés à augmenter considérablement et à apporter un relais de croissance bienvenu dans un contexte de tensions commerciales, il ne faut toutefois pas exagérer la portée économique de ce rapprochement. L’accord est davantage caractérisé par un pragmatisme assumé que par des ambitions démesurées.

Le premier ministre indien, Narendra Modi (au centre), avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, à New Delhi, le 27 janvier 2026.

Les deux partenaires ont pris soin d’éviter les sujets qui fâchent. L’agriculture est ainsi largement exclue de l’accord. Pour l’UE, c’est un sujet sensible, comme le traité signé avec les quatre pays fondateurs du Mercosur l’a démontré. Pour l’Inde, c’est une question de sécurité alimentaire et de survie pour la moitié de sa population, sur laquelle New Delhi ne veut prendre aucun risque.

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En outre, un certain nombre d’ambitions normatives européennes ont été mises de côté. Le libre-échange rapproche les intérêts, sans nécessairement aboutir à un alignement politique sur les droits humains ou sur la dépendance énergétique de l’Inde à l’égard de la Russie. En revanche, l’UE a tenu bon sur le maintien de la taxe carbone aux frontières. L’accord est surtout un signal politique pour montrer que le multilatéralisme commercial garde un avenir et qu’il y a encore la place pour des échanges fondés sur des règles, même imparfaites. Alors que la loi de la jungle menace de s’imposer, le pari d’un monde multipolaire où les puissances intermédiaires cherchent à sécuriser leur place mérite d’être tenté.

Le Monde

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