vendredi, avril 10

Emmanuel Macron va être reçu pour la toute première fois au Vatican par le pape Léon XIV, près d’un an après son élection et le décès de François. Le chef de l’État est en passe de battre le record des visites dans l’État pontifical. En moins de 10 ans, le locataire de l’Élysée aura rencontré quatre fois le souverain religieux à Rome. Retour sur les relations entre le président, le pape et son rapport à la religion catholique.

Discret à titre personnel sur ses convictions religieuses, les premiers pas d’Emmanuel Macron à l’Élysée, fraîchement élu au printemps 2017, sont marqués par sa visite devant le collège des Bernardins qui abrite notamment l’académie catholique de France.

C’est la première fois qu’un président vient ainsi s’adresser au monde chrétien. « La République, oui, repose sur l’amour et le respect de l’humanité. (…) Lorsque c’est la foi qui soutient cet idéal, elle a toute sa place dans la République », explique le chef de l’État. De quoi le pousser à assumer une relative proximité avec l’Église.

Quelques mois plus tard, en avril 2018, il va encore plus loin en affirmant « avoir le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe de le réparer ».

Sa toute première entrevue avec le pape est déjà annoncée quelques semaines plus tard et offre peut-être l’occasion à Emmanuel Macron de multiplier les signes de la main.

Tutoiement et proximité affichée

De quoi donc placer sa rencontre en juin 2018 avec le pape François sous les meilleurs auspices, loin des relations parfois très tendues avec l’ex-chef de l’État François Hollande. Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron est fait chanoine d’honneur dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.

Dans la foulée et à l’ombre des jardins de l’ambassade de France près du Saint-Siège dans une journée caniculaire, le président confie avoir été frappé par « l’humilité » du pontife, parlant d’un homme qui ne cherche « aucun rapport de force », quelque chose de « très rare dans la vie diplomatique contemporaine », au point que les deux hommes se tutoient d’emblée.

Adepte du contact physique, Emmanuel Macron ne boude pas son plaisir en mettant en scène sa proximité – réelle ou supposée – avec le pape. Ce dernier, cependant, avait assuré pendant l’entre-deux-tours en 2017 « ne pas savoir d’où venait » celui qui n’était alors que candidat.

Le pape sait donc se montrer acerbe. « C’est la vocation des gouvernants de protéger les pauvres (…) et nous sommes tous des pauvres », a ainsi expliqué François lors de ce même entretien. Des mots lourds de sens alors que quelques jours plus tôt Emmanuel Macron peste contre « le pognon de dingue » dépensé « dans les minimas sociaux ». Sans manifestement refroidir les velléités chrétiennes d’Emmanuel Macron.

« Envoyer un signal aux catholiques »

Une poignée de semaines après cette entrevue, le chef de l’État se rend à Lourdes. Pour cette toute première visite d’un chef d’État depuis 1945, le locataire de l’Élysée se tient éloigné de la grotte et ne prend pas le temps de s’arrêter à la Basilique ou de participer à un office.

Officiellement, il est là pour parler économie. En fin de visite, le président tient cependant une petite phrase qui fait son effet.

« C’était important d’envoyer un signal aux catholiques. C’est vrai qu’ils ne sont pas toujours bien traités », lâche le Président comme le rapporte La Croix.

Cet aveu résume à lui seul le positionnement d’Emmanuel Macron. Il a été plébiscité par les catholiques lors du second tour en 2017. 70 % de personnes interrogées dans un sondage Ifop pour La Croix et Pèlerin et qui se définissent comme catholiques pratiquantes ont voté pour lui contre 66,1% pour l’ensemble de la population française.

En 2022, la vague reflue. 55% des catholiques pratiquants interrogés dans une autre étude Ifop ont voté pour lui, soit cette fois-ci 3 points de moins que l’ensemble de la population française. 12,7% des Français se disent par ailleurs catholiques pratiquants d’après La Religion dévoilée, nouvelle géographie du catholicisme de Jérôme Fourquet et d’Hervé Le Bras. Bref, leur vote n’a rien de négligeable.

Frilosité sur la PMA

De quoi pousser Emmanuel Macron à se montrer hésitant sur les questions de société. Exemple avec l’extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux femmes célibataires et aux couples lesbiens. Pourtant promesse de campagne de 2017, elle met presque cinq ans à aboutir, en grande partie poussée par le patron des députés de l’époque Christophe Castaner.

Est-ce que la frilosité présidentielle est liée à l’opposition de la Manif pour tous qui n’a eu de cesse pendant des mois d’écrire des courriers aux sénateurs et aux députés? Dans les colonnes du Point, alors en campagne, le futur chef de l’État a même estimé que les opposants au mariage pour tous avaient été « humiliés ». Quelques semaines plus tôt, il explique encore auprès de La Croix que les sujets éthiques ne seront « pas prioritaires dans l’action politique » en cas de victoire.

Finalement, la publication des décrets élargissant l’accès à la PMA à toutes les femmes a bien lieu à l’été 2021, quelques mois avant qu’Emmanuel Macron n’assiste à une seconde audience avec le pape. Il passe cette fois-ci une heure entière à discuter avec le pontife.

« Le traumatisme » de l’avortement

L’entretien, en plein automne, se déroule alors que la campagne présidentielle est officiellement lancée. De quoi parlent François et le président? Impossible de le dire. Mais le chef de l’État a peut-être alors la question de l’IVG (interruption volontaire de grossesse) dans un coin de la tête.

Si toute une partie de son camp veut parvenir à faire passer avant la fin de son premier quinquennat, le passage de 12 à 14 semaines pour pouvoir accéder à un avortement, le président s’y est formellement opposé tout au long de son quinquennat. Il a cependant défendu l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution.

« L’IVG est une conquête immense pour les femmes et pour les hommes, pour la dignité et l’humanité de tous. Mais je mesure le traumatisme que c’est d’avorter », a ainsi déclaré le président dans les colonnes du magazine Elle en juillet 2021.

Avant d’ajouter: « tous les gynécologues le disent, c’est plus traumatisant dans ces délais-là. »

Le président veut-il éviter d’ouvrir un nouveau front avec une partie de la communauté catholique qui pourrait se froisser de l’extension du délai pour avorter? En guise d’explication, il n’y a peut-être pas que le calcul politique. Son entourage évoque régulièrement sa scolarité chez les Jésuites d’Amiens, son baptême à l’âge de 12 ans ou encore son compagnonage intellectuel aux côtés du philosophe protestant, Paul Ricoeur. Finalement, en mars 2022, la loi faisant passer le délai d’accès à l’IVG de 12 à 14 semaines est votée.

« Je prie pour vous tous les jours »

Le 24 octobre 2022 et désormais réélu pour un second et dernier quinquennat, le président est reçu pour la troisième fois au Vatican par le pape François. Présente dans la délégation, son épouse, Brigitte Macron, en profite pour glisser au pontife: « je prie pour vous, je prie pour vous tous les jours ».

En privé, le pape et le président consacrent la majeure partie de leur entretien au conflit en Ukraine. Les deux hommes s’accordent alors sur le besoin de sortir de la logique de surenchère et tenter d’entretenir le dialogue avec Moscou pour préparer le jour où la Russie aura besoin de revenir à la table des négociations. Durant la rencontre, Emmanuel Macron évoque également sa position sur les questions de fin de vie et d’euthanasie assistée.

« J’ai une opinion personnelle qui peut évoluer, évolue, évoluera peut-être », explique ainsi le président en sortant de ce rendez-vous.

Malaise sur la fin de vie

Au lendemain de sa rencontre avec le Pape, farouche opposant à l’euthanasie, Emmanuel Macron lance cependant une Convention citoyenne sur la fin de vie. Il charge ainsi 187 Français tirés au sort de trancher de rendre leurs conclusions sur le sujet.

De quoi, espère le président, dépassionner peut-être les débats, lui qui a toujours semblé mal à l’aise sur le sujet, et d’éviter au passage d’être jugé directement responsable d’un éventuel projet de loi.

En décembre 2022, la Convention citoyenne rend ses conclusions. Elle défend le recours à l’euthanasie et au suicide assisté, tout en faisant état d’importantes nuances entre les citoyens participant au processus. Emmanuel Macron promet dans la foulée « un projet de loi d’ici la fin de l’été 2023 ». Mais très vite, la manœuvre a du plomb dans l’aile.

Le serpent de mer que représente la loi sur la fin de vie n’a cependant pas empoisonné le dernier rendez-vous entre le pape François et Emmanuel Macron qui a lieu en 2023 à Marseille. Sa visite dans la cité phocéenne prend une tournure exceptionnelle alors que le dernier déplacement d’un souverain pontife dans la ville remonte au 16e siècle.

Le chemin de croix de la visite du pape à Marseille

Mais la présence de la messe géante célébrée par le pape François au stade Vélodrome de Marseille tourne à la controverse. Une partie de la gauche l’accuse de ne pas respecter la laïcité. « Je n’irai pas en tant que catholique mais en tant que président », fait alors savoir Emmanuel Macron. C’est cependant la première fois depuis 1980 qu’un président assiste à la messe du pape en France. C’est par exemple François Fillon et non Nicolas Sarkozy qui avait assisté à une messe du pape Benoît XVI tenue en France en 2008.

Plus largement, ce déplacement tourne au chemin de croix pour Emmanuel Macron. Si la présidence de la République se serait bien vue organiser une visite d’État, le Vatican refuse net.

« Je viens à Marseille, pas en France », insiste le pape. Et d’enchaîner une fois sur place les paroles entrant en contradiction directe avec divers points de la politique d’Emmanuel Macron notamment sur la question migratoire, dénonçant une forme « d’indifférence » face au sort des migrants en Méditerranée. « Nous faisons notre part », réagit de son côté le chef de l’État.

Pas de messe à Notre-Dame

Le locataire de l’Élysée rencontre une dernière fois le pape François en décembre 2024, à Ajaccio, au terme du dernier déplacement international du dignitaire religieux, très malade. Là encore, le souverain pontifical marque sa distance. Emmanuel Macron aurait souhaité que l’octogénaire célèbre une messe dominicale à Notre-Dame-de-Paris au lendemain de sa réouverture et des travaux titanesques liés à l’incendie qui l’avait considérablement détruite.

Las: François préfère se rendre en Corse et se fend d’un échange sur le tarmac avec Emmanuel Macron, très loin des apparats de l’Élysée ou du Saint-Siège.

À son décès quelques mois après sa visite à Ajaccio, Emmanuel Macron se rend à ses obsèques en avril dernier au Vatican comme des dizaines d’autres chefs d’État.

Retour donc ce vendredi pour le président dans la cité papale. Ce rendez-vous s’inscrit dans le cadre d' »une visite républicaine et laïque » qui abordera notamment la guerre en Iran et le conflit entre Israël et le Hamas.

Plus discret que son prédécesseur, Léon XIV a expliqué à plusieurs reprises vouloir s’investir dans la résolution des conflits internationaux tout en prolongeant l’héritage social de son prédecesseur. Le tutoiement et le contact physique seront-ils tout autant de rigueur qu’avec François?

Article original publié sur BFMTV.com

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