Au syndicat des journalistes à Tunis, les avocats de Saadia Mosbah ne mâchent pas leurs mots. Selon eux, sa condamnation reste liée à son engagement contre le racisme et sa défense des migrants. La militante tunisienne antiraciste Saadia Mosbah a été condamnée à huit ans de prison et 100 000 dinars d’amende (environ 30 000 euros) dans un jugement rendu jeudi soir.
« Les crimes ou les chefs d’inculpations, c’est le blanchiment d’argent, la malversation et des amendes d’ordre fiscal. Ils ne sont pas prouvés, ils ne sont pas matérialisés, et d’où on dit que c’est une décision politique aujourd’hui, comme dit Saadia, c’est un dossier de couleur », estime Héla Ben Salem, l’une de ses avocates
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Contrairement à d’autres militants travaillant sur la migration qui ont été relâchés ces derniers mois, Saadia a écopé d’une peine très sévère, selon son avocate. « Parce que c’est elle qui va payer les pots cassés, tout simplement. Parce que c’est une femme de couleur, une femme militante qui lutte contre le racisme depuis des années ».
Pour le porte-parole de l’ONG le forum des droits économiques et sociaux, Romdhane Ben Amor, difficile de savoir aujourd’hui si la peine sera allégée en appel, comme elle l’a été pour d’autres. « C’est sûr que l’État va criminaliser ces gens-là, mais au minimum on attend la liberté de Saadia, comme les autres militants de la société civile », dit-il.
Il rappelle qu’un autre militant Abdallah Said de l’association Les enfants de la Lune, est emprisonné depuis 2024 aussi pour son travail sur la migration. Accusé de blanchiment d’argent et de complot contre la sûreté de l’Etat, son procès se tiendra au sud du pays le 21 avril prochain.




