Malgré la mer agitée et les rafales de vent générées par la tempête Ingrid, Sodebo Ultim 3 a continué samedi de filer à toute vitesse vers le record du tour du monde en équipage, avec une arrivée prévue dimanche au petit matin à Brest.
Thomas Coville et ses six coéquipiers sont en passe de réussir leur incroyable pari. Sauf catastrophe, ils devraient couper la ligne d’arrivée à Brest suffisamment tôt dimanche dans la matinée pour établir un nouveau record du tour du monde à la voile en équipage.
Attendu entre 07H00 et 08H00 du matin selon les dernières estimations, Sodebo doit franchir la ligne imaginaire située entre le phare de Créac’h, sur l’île d’Ouessant, et le phare du Cap Lizard, en Angleterre, dimanche avant 20 heures 31 minutes et 35 secondes pour s’emparer du Trophée Jules Verne (40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes). Une marge qui permet d’envisager un scénario favorable.
La nuit a pourtant été mouvementée pour les sept marins embarqués à bord du maxi-trimaran. Dès 18 heures vendredi, Thomas Coville et ses hommes ont été cueillis par des vagues de dix mètres au nord-est des Açores en guise de conclusion de leur 38e jour de mer.
– « Un stress supplémentaire » –
« Nous avons fait une sacrée rencontre. Les 36 dernières heures ont été les plus difficiles et les plus longues de cette tentative: nous avons abîmé plus de choses que pendant tout le tour du monde », a souligné le skipper de 57 ans dans une vidéo envoyée depuis le bord en fin d’après-midi.
« Une déferlante a arraché un support qui permettait de monter et descendre le safran, et on s’en sort bien puisqu’il reste opérationnel. Forcément, ça ajoute une tension et un stress supplémentaires à bord », a-t-il ajouté.
Si le plus dur est fait, le sprint final vers Ouessant reste engagé en raison de « phénomènes secondaires générés par la dépression » jusqu’à l’arrivée.
Il faudra compter environ trois heures entre le passage de la ligne et le débarquement au ponton sur le quai Malbert, en fonction des conditions à l’approche de Brest qui s’annoncent très perturbées.
Au dernier pointage samedi à 22h00, il restait seulement 250 milles à parcourir et Sodebo possédait encore 433 milles d’avance sur la trace de référence établie par Francis Joyon en 2017 (40 jours, 23 heures et 30 minutes).
– L’homme des records –
En dépit de la dépression, le maxi-trimaran a continué de voler à un rythme soutenu, avoisinant les 24 noeuds (45 km/h) sur 24 heures. Pendant son voyage autour du monde, il a battu la plupart des temps intermédiaires jusqu’aux différents caps.
Sodebo n’est pourtant pas le voilier le plus rapide de la flotte Ultim, ces trimarans géants de 32 mètres de long pour 23 de large capables de voler au-dessus de l’eau grâce à des foils, mais il est l’un des plus fiables.
Mis à l’eau en 2019, il est celui qui a passé le plus de temps sur l’eau, à l’image de son skipper infatigable, avec déjà trois tentatives de Trophées Jules Verne – abandonnées sur avaries – et une deuxième place sur l’Ultim Challenge en 2024/2025.
Coville est un homme de records. En 2016, le navigateur était devenu le premier marin à faire le tour du monde en solitaire en moins de 50 jours (49 jours et 3 heures), record auparavant détenu par un certain Francis Joyon.
Le Trophée Jules Verne, créé en 1993, consiste à faire la même chose – un tour du monde au départ d’Ouessant en laissant à bâbord les caps de Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn -, mais en équipage.
En 2017, Joyon et cinq équipiers sur Idec Sport avaient bénéficié d’un enchaînement météo incroyable pour établir un temps stratosphérique, sur lequel de nombreuses écuries ont buté depuis neuf ans, malgré les avancées techniques.
Un temps record en passe d’être battu…
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