Elles se sont enlacées dans un joyeux désordre au moment de franchir la ligne. Une scène de liesse compacte, évoquant davantage une franche mêlée de rugby qu’une arrivée au large. Le premier tour du monde sans escale et sans assistance d’un équipage 100 % féminin s’est terminé à Ouessant (Finistère), lundi 26 janvier, peu avant midi, au terme de 57 jours, 21 heures et 20 minutes de navigation. L’équipage international de huit femmes, emmené par la navigatrice française Alexia Barrier, établit ainsi le premier temps de référence 100 % féminin sur le tour du monde d’est en ouest.
Alexia Barrier, 46 ans, 24e du Vendée Globe 2020-2021, et ses consœurs, avaient quitté Brest, le 29 novembre 2025. A bord d’Idec-Sport, maxitrimaran de 32 mètres, un collectif composé de figures reconnues de la voile mondiale : la Néerlandaise Annemieke Bes, vice-championne olympique en 2008, l’Espagnole Tamara Echegoyen, championne olympique en 2012, ou encore la Britannique Dee Caffari, première femme à avoir bouclé un tour du monde à l’envers et sans escale. L’Australienne Stacey Jackson, forte de deux tours du monde et de 17 participations à la mythique Sydney-Hobart, complétait ce noyau d’expérience. Trois navigatrices aux parcours plus récents étaient également de l’aventure.
Cette première féminine, portée par le « Famous Project CIC » n’a rien eu d’un long fleuve tranquille. Le maxitrimaran Idec-Sport, autrefois piloté par Francis Joyon (dépossédé, dimanche, du Trophée Jules Verne par Thomas Coville et son équipage), est arrivé à Brest privé de sa grand-voile, déchirée jeudi 22 janvier au soir, lors d’une manœuvre pour contourner l’île de Terceira, aux Açores.
Dès lors, l’équipage a poursuivi sa route uniquement avec un mât-aile et des voiles d’avant. Déjà ralenti par un problème récurrent de hook de grand-voile – crochet pour la hisser à la position souhaitée –, puis par le choix assumé de temporiser à l’approche de la tempête Ingrid, qui a balayé l’Atlantique Nord pendant plusieurs jours, le bateau a encore marqué le pas lors de la dernière nuit de course.
Avaries et conditions météorologiques adverses
Malgré ces avaries et les conditions météorologiques, les navigatrices sont parvenues à aller jusqu’au bout. Une réussite d’autant plus symbolique qu’il ne s’agissait que de la deuxième tentative de tour du monde féminin sans escale en trimaran. En 1998, sur le catamaran Royal and Sun Alliance, la Britannique Tracy Edwards et un équipage international avaient dû renoncer après un démâtage à l’approche du cap Horn (Chili). Vingt-sept ans plus tard, Alexia Barrier et ses équipières ont refermé cette parenthèse inachevée de l’histoire de la course au large.
Ce premier temps de référence féminin vient combler un vide dans un palmarès longtemps resté exclusivement masculin, et mis à jour, quelques heures plus tôt, par l’établissement d’un nouveau record, dimanche 25 janvier, par l’équipe de Thomas Coville (en 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes). La réussite de « The Famous Project CIC » marque une nouvelle étape dans la voile océanique de très haut niveau : jusqu’ici, les femmes n’étaient que marginalement représentées sur les maxitrimarans. Celles participant au projet d’Alexia Barrier s’étaient élancées pour ce Trophée Jules-Verne sans disposer des mêmes moyens ni du même temps de préparation que les plus gros projets précédents.



