dimanche, mai 12

LA LISTE DE LA MATINALE

La gare Montparnasse ouvre vers l’Atlantique et les embruns, mais permet aussi des escapades d’une journée en régions Ile-de-France et Centre-Val de Loire ; pour un bol d’art brut à Chartres ou une plongée dans le vert, de la forêt de Rambouillet aux splendides jardins à la française de Maintenon.

A Chartres, des mosaïques et des nymphéas

Si elle attire le regard dès la descente du train, la sculpturale cathédrale ne sera pas, cette fois-ci, au cœur de notre visite chartraine. On choisit de sortir de la ville, à vélo ou en bus (quinze minutes), pour découvrir un endroit plus secret mais tout aussi émouvant. Dans la rue du Repos – tout près du cimetière –, une allée étroite mène à la maison colorée de Raymond Isidore, entièrement recouverte de mosaïques. Parce qu’on aime les comparaisons, on pense tout de suite au Palais idéal du Facteur Cheval, à Hauterives (Drôme), voire au parc Güell d’Antoni Gaudi, à Barcelone.

Mais la maison Picassiette, le surnom de Raymond Isidore, a quelque chose d’unique. Dès 1938, ce cantonnier qui vit dans une grande pauvreté est attiré par des débris de vaisselle cassée laissés sur les trottoirs, qu’il rapporte chez lui. « Je voyais des choses qui brillaient, des choses de couleurs, (…) ça me faisait le sentiment d’un commandement qui me disait de m’abaisser pour les ramasser », racontera-t-il plus tard.

Déambuler dans la maison et alentour, c’est voir le cantonnier se découvrir artiste. Passer du simple décor pour embellir le sol, le lit et les chaises de son intérieur à des fresques immenses qui racontent ses croyances, évoquant le passage de la vie à la mort, de Chartres à la Jérusalem céleste. Né aveugle, Raymond Isidore recouvre la vue à l’âge de 10 ans, admirant les vitraux de la cathédrale. Une « révélation » qui lui vaut un amour pour la Vierge Marie et le désir de « mettre de la lumière » dans sa vie.

Si la bicoque et ses pièces en enfilade sont pleines de poésie, c’est à l’extérieur, dans le jardin, que Raymond Isidore va exprimer son talent brut et sa quête spirituelle – que beaucoup prendront pour de la folie – avec des motifs récurrents, des marguerites jaunes et blanches aux personnages bibliques. Après la cour noire, on arrive au jardin de paradis, où trône un magnifique tombeau bleu : « Ici repose l’esprit », a inscrit en mosaïques celui qui terminera son œuvre juste avant de mourir, en 1964.

Avant de grimper dans le train du retour, faites un détour au Musée des beaux-arts, devant la cathédrale, pour une expérience unique : se retrouver seul à seul et à quelques centimètres du Bassin aux nymphéas, de Claude Monet. Le tableau, prêté par Orsay, est exposé jusqu’en juin dans la très belle chapelle de cet ancien archevêché. Si cette institution chartraine attend une profonde rénovation, le conservateur veut continuer à la faire vivre avec des expositions temporaires. Et c’est tant mieux !

Il vous reste 58.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Partager
Exit mobile version