lundi, mars 23

C’est fini. Après une campagne municipale percutée par la guerre au Moyen-Orient, l’heure est au bilan pour les partis. Qui a gagné? Qui peut y voir des messages de bon augure pour 2027? Qui est en grande difficulté? BFMTV vous explique ce qu’il faut retenir du second tour.

• Pour le PS, joie à Paris et Marseille, des alliances avec LFI aux résultats variables

À Paris comme à Marseille, les socialistes peuvent avoir le sourire. Contrairement aux sondages qui annonçaient un match très serré, Emmanuel Grégoire, l’ancien maire-adjoint d’Anne Hidalgo, l’a largement emporté face à Rachida Dati avec 50% des voix. Le contexte n’avait pourtant rien de facile pour lui, coincé entre la candidate LR très offensive et la présence de Sophia Chikirou au second tour. La députée insoumise lui avait tendue la main pour fusionner leurs deux listes mais il estimait avoir plus à perdre qu’à y gagner. Une stratégie payante donc.

Dans la cité phocéenne, Benoît Payan affichait la même position vis-à-vis des Insoumis. Menacé par le député RN Franck Allisio, le maire sortant n’avait pas pas voulu fusionner avec Sébastien Delogu, lequel avait finalement retiré sa liste. Le sortant l’emporte finalement largement avec 54,8% des voix.

Difficile d’affirmer pourtant que les alliances entre le PS et LFI ne permettaient pas de gagner des villes. La preuve à Nantes: la maire sortante Joanna Rolland qui s’était alliée avec LFI a été réélue, lui permettant de battre le LR Foulques Chombart de Lauwe.

De leur côté, les socialistes doivent-ils s’inquiéter d’avoir eu besoin des forces écologistes pour pouvoir se maintenir à Lille avec l’alliance entre Arnaud Deslandes et le Vert Stéphane Bailly?

Dans une soirée qui n’a pas manqué de bonnes nouvelles, entre la victoire du maire sortant Michaël Delafosse à Montpellier, le retour à l’Hôtel de ville de Nathalie Appéré à Rennes et la victoire de la socialiste Catherine Trautmann à Strasbourg, cependant en bisbilles avec son propre parti, Olivier Faure n’a pas boudé son plaisir.

« Face au délitement du camp macroniste et à la fusion idéologique entre la droite et l’extrême droite, il n’y a que la gauche pour éviter à la France une régression à la fois réactionnaire et ultra-libérale. Et l’on voit que c’est possible », s’est félicité le premier secrétaire du PS dans la foulée des résultats.

Une déclaration que n’aura certainement que peu apprécié François Hollande qui a regretté que, dans son parti, les règles ne soient pas « clairement posées » sur les alliances PS-LFI.

• LFI, un résultat en demi-teinte

Le parti de Jean-Luc Mélenchon qui n’avait jamais fait de son ancrage municipal une priorité avait changé son fusil d’épaule et comptait bien décrocher des victoires. Le pari est en partie tenu: Roubaix est tombé dans l’escarcelle du député insoumis David Guiraud, faisant de cette commune la plus grande détenue par le mouvement. Même topo à La Courneuve, à Vaulx-en-Velin, au Tampon à la Réunion… De quoi avoir le sourire après avoir décroché au premier tour Saint-Denis, la plus grande ville d’Ile-de-France après Paris.

Mais plusieurs grandes villes qui auraient pu passer LFI comme Toulouse et Limoges, où les socialistes avaient accepté dans ces deux communes de faire alliance, n’ont finalement pas basculé. Seule cité devenue insoumise en 2020, Fâches-Thumesnil, vu comme un laboratoire des politiques locales insoumises, passe, elle, à droite.

• La droite, quelques victoires et beaucoup d’échecs

Le président des LR Bruno Retailleau a affiché une certaine confiance ce dimanche soir, jugeant que la droite était « la première force politique locale ». Peut-être pour autant parler d’une « vague bleue ». L’ancien ministre de l’Intérieur peut se targuer de quelques victoires très symboliques. À Tulle, l’ancien fief de François Hollande, la droite l’a par exemple largement emporté. Elle est également parvenue à faire tomber Brest, pourtant à gauche depuis 37 ans. Elle a aussi gagné Clermont-Ferrand et Limoges.

Mais il y a aussi quelques mauvaises nouvelles qui font relativiser la portée de ces victoires. Nîmes, jusqu’ici la plus grande ville détenue par la droite, passe sous le pavillon communiste. Saint-Étienne, dirigé pendant presque un mandat par Gaël Perdriau, un temps étoile montante des LR avant d’exploser en plein vol dans une sombre affaire de sextape, passe à gauche.

Surtout, la droite misait beaucoup sur Lyon avec la candidature de Jean-Michel Aulas qu’elle avait soutenue. Las, l’ancien président de l’Olympique lyonnais a perdu à Lyon après avoir survolé les sondages pendant des mois. Quant à Paris, la candidate de la droite Rachida Dati a largement perdu face au socialiste Emmanuel Grégoire. Ce résultat est une très mauvaise nouvelle pour le parti alors que la fédération parisienne est l’une des plus pourvoyeuse en terme d’élus locaux.

La victoire d’Édouard Philippe au Havre, largement réélu face à Jean-Pierre Lecoq est également un caillou dans la chaussure de Bruno Retailleau. L’ancien Premier ministre avait fait de sa réélection un préalable à son entrée en campagne en 2027. C’est désormais chose faite, risquant de mordre sur l’électorat LR.

• Les écologistes, quelques fiefs et beaucoup de déceptions

Le parti de Marine Tondelier peut souffler ce soir. Plusieurs des grandes villes dans lesquelles les écologistes étaient en grand danger restent dans leur camp. C’est le cas par exemple à Lyon avec Grégory Doucet, Laurence Ruffin à Grenoble qui succède à Éric Piolle. Mais à côté de ces quelques victoires, l’ambiance n’est pas vraiment à la fête, à mille lieues de l’euphorie de 2020 où les écologistes l’avaient emporté à la surprise générale dans plusieurs grandes villes.

Que ce soit à Strasbourg avec Jeanne Barseghian, Pierre Hurnic à Bordeaux, Léonore Moncond’Huy à Poitiers ou encore Anne Vignot à Besançon, de nombreuses têtes de proue du parti ont largement perdu ce dimanche soir.

• Nice à Ciotti mais pas d’autre victoire symbolique au RN

Après avoir fait des municipales un test grandeur nature avant la présidentielle, le RN s’était félicité de ses bons résultats au premier tour. Perpignan, Hénin-Beaumont, Fréjus, Beaucaire.. Plusieurs des villes qu’il détenait déjà restaient dans son escarcelle.

Mais le parti ne décroche guère de victoires symboliques ce soir. La députée RN Laure Lavalette n’a ainsi pas réussi à faire tomber Toulon. Franck Allisio n’est pas non plus parvenue à obtenir Marseille en dépit des nombreuses mains tendues de Jordan Bardella qui espérait des alliances entre le RN et les LR.

Reste cependant trois bonnes nouvelles ce soir pour le parti à la flamme: Carcassonne passe dans les mains du RN tout Nice avec son allié Éric Ciotti ou encore Menton au grand dam de Louis Sarkozy qui avait tenté sa chance dans cette ville des Alpes-Maritimes.

• La bonne soirée de la macronie

Le parti de Gabriel Attal n’avait guère d’espérance pour ce scrutin. Aprè avoir raté son implantation locale en 2020, Renaissance n’avait pas beaucoup d’ambition. Le camp présidentiel a pourtant réussi à l’emporter à Bordeaux avec l’ancien ministre des Comptes publics Thomas Cazenave, bien aidée par le retrait de l’économiste Philippe Dessertine sur la ligne de départ du second tour. La macronie arrive également à décrocher Annecy avec Antoine Armand.

• La dure défaite de François Bayrou et de Christian Estrosi

Rachida Dati n’est pas la seule à ne pas avoir le cœur à la fête. L’ancien Premier ministre, abîmé par son passage à Matignon et l’affaire Notre-Dame-de-Bétharram, a été battu à quelques centaines de voix près. Le patron du Modem, citant Rudyard Kipling, a reconnu « une soirée difficile » devant ses soutiens.

L’atmosphère n’était guère plus heureuse au QG de Christian Estrosi. Défait par Éric Ciotti, le maire sortant de Nice, manifestement blessé, a annoncé quitter « ses mandats municipaux et métropolitains » alors qu’il aurait pu décider de prendre la tête de l’opposition comme Éric Ciotti, son ancien lieutenant, avant lui. Un échec qui, indirectement, affecte Édouard Philippe qui avait fait de Christian Estrosi le vice-président de son parti.

Article original publié sur BFMTV.com

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