- Le valproate de sodium, la molécule à la base de la Dépakine et de ses génériques, est contre-indiqué chez les femmes en âge de procréer ou enceintes.
- Selon une étude française d’ampleur, l’exposition paternelle accroît aussi le risque de développer des troubles neuro-développementaux chez l’enfant.
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Le scandale Dépakine
On connaissait les dangers du valproate (nouvelle fenêtre) chez la femme enceinte. La molécule de la Dépakine, le traitement antiépileptique produit par Sanofi, et d’autres groupes pour ses versions génériques, entraîne un taux élevé de malformations (plus de 10 %) et/ou de troubles neuro-développementaux (au moins un cas sur trois) chez les enfants exposés pendant la grossesse. Mais que se passe-t-il quand le futur père en prend avant la conception ?
Une vaste étude (nouvelle fenêtre) de pharmaco-épidémiologie menée par le groupement EPI-PHARE (nouvelle fenêtre), réunissant l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l’Assurance maladie, alerte, jeudi 6 novembre, sur « un risque accru de troubles neuro-développementaux chez l’enfant »
en cas d’exposition paternelle au valproate durant la spermatogenèse (nouvelle fenêtre), la période de trois mois qui précède la phase de conception.
Sur la base d’une étude réalisée dans des pays scandinaves, l’Agence européenne du médicament (AEM) avait averti, en 2023, d’un possible risque de troubles du développement chez l’enfant, en raison des effets de la molécule sur le processus de fabrication des spermatozoïdes. En dépit d’une méthodologie insuffisante, et donc imparfaite, plusieurs pays ont restreint la prescription de Dépakine aux futurs pères. En France, depuis le 6 janvier 2025, elle est réservée aux neurologues, psychiatres et pédiatres pour les adolescents et les hommes susceptibles d’avoir des enfants.
Risque « doublé » de développer un TDI
Dans ce contexte, les travaux menés par EPI-PHARE apportent des éléments de réponse. Parmi un total de 2,8 millions d’enfants nés entre 2010 et 2015, 4.773 sont nés d’un père traité par valproate pendant la spermatogenèse. Sur ces 4.773 naissances, 583 présentaient au moins un TDN, dont 149 des troubles déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, 42 des troubles du développement intellectuel, 77 des troubles du spectre de l’autisme, 294 des troubles de la communication et 160 des troubles de l’apprentissage.
L’étude du groupement EPI-PHARE conclut que le risque de troubles du développement intellectuel (TDI) « apparaît doublé parmi les enfants exposés, ce qui se traduit par 3,5 cas supplémentaires pour 1.000 enfants nés d’un père traité par valproate au moment de la conception. »
Des conséquences potentiellement lourdes pour l’enfant
Des conséquences potentiellement lourdes pour l’enfant
Philippe Vella, directeur médical de l’ANSM
Ce lien est moins clair avec les troubles déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, les troubles du spectre de l’autisme et les troubles de la communication. « Une augmentation de risque plus modérée (de l’ordre de 20 à 25%) ne peut être exclue, mais les résultats, moins robustes, nécessitent encore d’être confirmés »
, nuance-t-il. Par ailleurs, la comparaison ne s’entend pas avec une absence de traitement, mais avec d’autres antiépileptiques plus couramment prescrits, lamotrigine ou lévétiracétam.
« On a un risque potentiellement moins fréquent »
lorsque le traitement est « pris par le père plutôt que par la mère. Néanmoins, ce sont des conséquences potentiellement lourdes pour l’enfant »
, indique à l’AFP Philippe Vella, directeur médical de l’ANSM. « Dans l’épilepsie, un arrêt brutal du traitement peut être extrêmement délétère. Si un patient souhaite avoir un enfant et se passer du valproate, c’est un dialogue qui doit se faire avec le médecin. »












