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“Toxic Affair”, le tournage catastrophe de l’unique comédie romantique d’Isabelle Adjani

Dans les coulisses des comédies françaises (12/12) – Cet été, BFMTV vous dévoile les secrets de films comiques hors-normes, cultes ou insolites. Aujourd’hui, Toxic Affair.

Jamais un film n’a aussi bien porté son nom. Toxic Affair, accueilli par des huées au festival de Cannes en 1993, occupe une place à part dans la filmographie d’Isabelle Adjani. Cette unique comédie romantique de sa carrière raconte l’histoire d’une femme qui tente de retrouver goût à la vie après une rupture amoureuse. Véritable four, ce film a aussi brisé la carrière de sa réalisatrice Philomène Esposito, dépossédée de son œuvre par la star. “On apprend surtout de ses échecs”, dira la réalisatrice des années plus tard au Parisien. “Après Adjani, il n’y a plus un seul comédien sur la planète qui me fait peur…”

Toxic Affair est tabou. Isabelle Adjani n’a plus jamais parlé de ce film. Ses biographies oublient opportunément son existence. Et elle n’a pas donné suite à notre demande d’interview. Le chef opérateur du film, Pierre Lhomme, qui a tourné à cinq reprises avec la star, ne l’évoque pas non plus dans ses mémoires parues en 2018. Philomène Esposito a même refusé des propositions de prestigieux éditeurs pour raconter son expérience avec Isabelle Adjani. Pour la première fois en trente ans, elle accepte de raconter sa version des faits à BFMTV.

“Je n’ai strictement aucun bon souvenir”, prévient-elle, encore sous le choc de ce qui s’est passé sur le tournage il y a trente ans. “Je ne peux parler qu’avec horreur de ce qui m’est arrivé. Adjani était atroce. Les producteurs étaient atroces. J’ai été dépossédée de mon film, de mon scénario, de tout. Ils ont détruit ma carrière cinématographique. Je suis une petite-fille de mafieux. Mais la mafia du cinéma, c’est autre chose. C’était toxique de tous les côtés.”

Première rencontre lacrymale avec Adjani

Janvier 1992. Philomène Esposito a sorti un an auparavant son premier film, Mima, sur une adolescente (Virginie Ledoyen) qui découvre à la mort de son grand-père ses liens avec la Mafia. “Mima avait eu un gros succès d’estime, mais il était sorti le jour de la guerre du Golfe.” Alors qu’elle patine avec son nouveau projet, une saga sur la mafia, elle se lance avec Antoine Lacomblez dans l’écriture d’une histoire plus modeste, avec deux héroïnes, Moi et nous deux. “L’une était en mal d’amour et l’autre l’aidait. C’était un film très touchant sur l’amitié et l’amour.”

Lorsque Philomène Esposito soumet son scénario à l’avance sur recettes, alors dirigé par le producteur Michel Seydoux, celui-ci repère aussitôt le projet et se l’accapare. “Il m’invite à Cannes et me dit que ce sera un film en CinemaScope avec Adjani. Il me demande ce que j’en pense. Qu’est-ce que vous voulez que j’en pense? J’étais naïve. Je débarquais à Paris tenant mon fils d’une main et mon scénario de l’autre. Je ne connaissais personne dans le milieu du cinéma”, se souvient cette réalisatrice autodidacte, fille de cordonnier.

Isabelle Adjani dans "Toxic Affair"
Isabelle Adjani dans “Toxic Affair” © Gaumont

Philomène Esposito accepte la proposition d’autant plus volontiers qu’elle se sent liée à Isabelle Adjani. Dix-huit ans auparavant, elle avait entendu la jeune comédienne à la radio. Elle venait de triompher dans la pièce Ondine. “J’avais eu une grande révélation. Je m’étais dit, ‘Je te connais, je sais que je vais te rencontrer, je sais qu’un jour on va se parler’.”

La première rencontre entre Philomène Esposito et Isabelle Adjani se déroule le 19 août 1992 dans un restaurant parisien en présence du producteur Michel Seydoux et de son épouse. L’actrice exige que le lieu soit plongé dans la pénombre le temps du rendez-vous. L’échange est difficile, perturbé par les sanglots ininterrompus de la star. La réalisatrice en a rapidement assez et coupe court au dîner: “Je me suis levée et j’ai donné mon numéro de téléphone à Isabelle.”

“Chez ma boulangère, personne ne la reconnaissait”

Une semaine plus tard, aux alentours de 3 heures du matin, Philomène Esposito reçoit un appel. Isabelle Adjani a besoin d’aide. Sa vie personnelle est à l’époque complexe. Sa relation avec la star britannique Daniel Day-Lewis bat de l’aile. Les deux femmes deviennent rapidement inséparables.

“On s’est rencontrées, on ne s’est plus quittées!”, confiera Isabelle Adjani au magazine Studio en février 1993. “On était avides de paroles, assoiffées de se parler, de se raconter… On se trimballait avec nos brosses à dents, nos trucs et nos machins, on a dormi à l’hôtel ensemble, on a dormi chez moi, on a dormi chez elle. On avait envie d’être sur le même navire tout le temps, de tout se dire sur les hommes, l’amour, la vie…”

“Il y a eu effectivement une sorte de connivence au départ entre Philomène et Isabelle”, nous raconte le chef décorateur de Toxic Affair Thomas Chevalier. “Il y a eu une sorte de sur-investissement d’Isabelle sur ce projet.”

Isabelle Adjani va ainsi vivre pendant environ six mois chez Philomène Esposito, qui devient sa confidente. Elles marchent souvent ensemble de longues heures dans les rues du XIe arrondissement de Paris. “On allait chez ma boulangère, personne ne la reconnaissait”, se souvient la cinéaste. “Elle était vexée. Mais dès qu’elle mettait ses lunettes de soleil, tout le monde la reconnaissait.”

“Toute cette nouvelle génération, elle la piétinait”

En 1992, Isabelle Adjani est à un moment crucial de sa carrière. Depuis la sortie de Mortelle Randonnée et de L’Été meurtrier en 1983, elle a réduit ses apparitions à l’écran à Subway (1985), Ishtar (1987) et Camille Claudel (1988). Courtisée par Hollywood pour Basic Instinct, Liaison Fatale et 9 Semaines ½, elle refuse toutes les propositions. Elle a bien un projet de comédie avec Jean-Paul Rappeneau et Catherine Deneuve, mais celui-ci tombe à l’eau. Et l’actrice rechigne même à accepter La Reine Margot, la superproduction que Patrice Chéreau a écrite pour elle.

Isabelle Adjani et Clémentine Célarié dans "Toxic Affair"
Isabelle Adjani et Clémentine Célarié dans “Toxic Affair” © Gaumont

Isabelle Adjani retrouve le goût du jeu en lisant le scénario de Philomène Esposito, pour lequel elle a un véritable coup de cœur. Lors de la promotion, elle confiera à Studio avoir eu “besoin de mettre [son] énergie dans une comédie” avant La Reine Margot: “J’avais besoin, je crois, d’instantané. J’avais trop manqué pendant trop longtemps de cette urgence, de ce désir pressant…” J’aimais bien qu’un metteur en scène ait envie de me filmer tout de suite, là, comme ça.”

En réalité, Isabelle Adjani essaye aussi d’enrayer son vieillissement et d’apporter un second souffle à sa carrière alors qu’émerge une nouvelle génération d’actrices: “J’ai réalisé que je demandais trop. Que je voulais à la fois être moi, là où j’étais arrivée, l’ayant voulu, et là où elles étaient, dans des films plus libres, plus naturels”, commentera-t-elle en 1994 dans les colonnes du Monde. “Et c’est bien ça que nous avons espéré faire avec Toxic Affair.”

La comédienne, qui fête alors ses vingt ans de carrière, voit d’un mauvais œil le succès grandissant de Virginie Ledoyen, Valeria Bruni-Tedeschi, Elsa Zylberstein ou Romane Bohringer. “Elle les détestait”, confirme Philomène Esposito. “Toute cette nouvelle génération, elle la piétinait. Elle avait tellement peur de vieillir. La scripte, pour la faire chier, mettait dans sa caravane des photos de Vanessa Paradis. Ça la mettait folle de rage!.” “Si on avait le malheur de parler de Sophie Marceau, ça la mettait dans un état d’hystérie”, corrobore un membre de l’équipe.

Malgré son amour pour le scénario de Philomène Esposito, Isabelle Adjani exige qu’il soit complètement réécrit. Exit le duo de femmes, la star exige d’être au premier plan. Elle ne fera pas mystère de ce processus de réappropriation dans les colonnes de L’Express en 1993: “J’ai émis d’abord des réserves, des inattirances.” “Il y avait trois-quatre scènes qui me plaisaient, j’avais envie qu’on délire autour. Ça a été le point de départ de notre travail”, ajoutera-t-elle dans Studio.

“Elle a rajouté des tartines de texte, de trucs et de machins”, se souvient Philomène Esposito. “Ils nous ont loué une chambre d’hôtel avec une secrétaire et moi j’allais m’enfermer dans les chiottes pour pleurer en me disant que ce n’était pas possible.” La réécriture est rapidement bouclée – sans Antoine Lacomblez, qui avait déjà quitté le projet. La réalisatrice ne se fait pas d’illusion sur la qualité du nouveau scénario: “Je savais que c’était nul à chier.”

Sergio Castellitto et Isabelle Adjani dans "Toxic Affair"
Sergio Castellitto et Isabelle Adjani dans “Toxic Affair” © Gaumont

Si Toxic Affair – le titre est une invention d’Adjani – se prépare dans la précipitation, c’est qu’il doit être terminé pour le festival de Cannes en mai 1993, dont il doit faire la clôture. Pour son grand retour, la star reçoit un cachet de 10 millions de francs. Du jamais vu en France. Autour d’elle, sont réunis les techniciens les plus prestigieux du marché, du directeur de la photo Pierre Lhomme à la monteuse Noëlle Boisson. Soit une partie de l’équipe de Cyrano de Bergerac.

Philomène Esposito n’a pas voix au chapitre sauf pour la musique, qui est signée par Goran Bregović, le compositeur attitré d’Émir Kusturica, et le casting. “Je lui ai demandé son autorisation [à Isabelle Adjani, NDLR]. En général, elle était d’accord.” La réalisatrice réunit une distribution hétéroclite: Michel Blanc, Hippolyte Girardot, Fabrice Luchini, Clémentine Célarié et Sergio Castellitto.

Le tournage débute le 2 novembre 1992, pour dix semaines. Sur le plateau de cette superproduction, Philomène Esposito est perdue. “Sur chaque film, je connais le prénom de tout le monde. Là, à part ma garde rapprochée, je ne connaissais personne tellement les gens étaient nombreux. Il y avait un fric dépensé… Le pire, c’était Pierre Lhomme. Il a fait claquer un fric énorme. J’avais trouvé une forêt pour faire une scène en extérieur. Il a voulu la reconstituer, parce qu’il ne savait pas où mettre ses projecteurs.”

“Ce n’était pas prévu au budget”, confirme Thomas Chevalier. “Le film a été beaucoup tourné en studio et il y a eu quelque chose d’exponentiel dans les décors avec Pierre Lhomme. On a fait des dépenses absolument somptuaires, qu’on aurait pu éviter.”

Surveillée par Michel Seydoux, Philomène Esposito arrondit les angles lorsque Studio visite le tournage en janvier 1993: “Plus je voyais Isabelle et plus j’étais inspirée par elle […] Filmer un gros plan d’Isabelle, c’est un délice, une jubilation…”, assure-t-elle à la revue, avant d’ajouter: “Je ne me suis jamais sentie écrasée par rien!”. Adjani parle quant à elle d’un “tournage amical”: “Je savais que le ton du film réclamait une légèreté qui ne serait jamais superficielle et une concentration qui serait tout à fait tolérable.”

“C’était un punching-ball”

La réalité est tout autre. “C’était un film compliqué, comme lorsqu’une réalisatrice affronte la production”, corrobore le cadreur Thierry Jault. “On sentait qu’elle n’était pas à l’aise.” “J’ai le souvenir qu’elle souffrait”, renchérit Françoise Ménidrey, la directrice de casting. “Le producteur Michel Seydoux était aplati devant Isabelle. Elle faisait la pluie et le beau temps. Personne n’osait lui dire quoi que ce soit. Philomène a été envahie et dépassée par ce personnage. C’était un punching-ball, cette Philomène Esposito.”

Isabelle Adjani et Michel Blanc dans "Toxic Affair"
Isabelle Adjani et Michel Blanc dans “Toxic Affair” © Gaumont

“Ça a été une souffrance pour elle, ce film. Je l’ai vu pleurer. Ce n’est pas du chiqué”, affirme un membre de l’équipe. “Isabelle l’a entièrement vampirisé.” “J’ai passé des nuits blanches à écouter Adjani”, révèle la réalisatrice. “J’ai passé des journées à essayer de la faire tourner alors qu’elle ne voulait pas jouer. J’ai fait la psy, l’infirmière.” C’est au point où, à plusieurs reprises, la réalisatrice menace de quitter le tournage, mais la pression est trop forte: “Je voulais arrêter et on me menaçait de ne plus faire de film.”

“Il y a eu un peu de tension, mais Isabelle n’a jamais manifesté quoi que ce soit”, nuance de son côté un technicien qui préfère rester anonyme. “Et je peux vous dire que c’est quelqu’un de très direct. Quand un truc ne lui plaît pas, elle le dit. Elle est beaucoup plus facile qu’on le dit. Elle n’est pas dans le caprice. Elle aimait beaucoup l’équipe. Elle a fait une fête somptueuse au studio d’Épinay à la fin du tournage. Elle a fait installer des tentes berbères, elle servait elle-même le couscous. C’était magnifique. Elle est vraiment très généreuse.”

Jean-Yves Le Poulain, assistant caméra de Pierre Lhomme, se souvient aussi d’avoir “été témoin de la fraîcheur sur le plateau, mais pas d’un conflit ouvert” entre la star et sa réalisatrice: “Philomène comme Isabelle ont une incroyable sensibilité.” “À un moment donné, Philomène et Isabelle n’ont peut-être pas fait la différence entre cette ‘amitié’ qui s’était installée pendant la préparation, et le travail entre une actrice et une réalisatrice”, analyse Thierry Jault. “Tout était mélangé. Il y avait trop d’affect pour après travailler sereinement.”

Un jeu extrêmement outré

Pendant le tournage, Philomène Esposito découvre qu’Isabelle Adjani n’est pas à son aise dans le registre comique. “Quand on a commencé le tournage, et même pendant les quelques répétitions que j’ai essayé d’avoir et qui étaient impossibles, je me suis tout de suite rendu compte que c’était une tragédienne et pas une comédienne. Et qu’on n’allait pas y arriver. Et que ça allait être mauvais.” “Elle avait du mal à accepter les indications [de jeu] de Philomène”, confirme Thierry Jault.

À l’écran, Adjani a un jeu extrêmement outré. “Elle est caricaturale. Elle se croyait très bonne alors qu’elle était mauvaise”, tance Philomène Esposito. Sur le plateau, les techniciens sont tout aussi décontenancés par le jeu de la comédienne. “Elle copiait un peu son jeu sur des actrices de comédies romantiques comme Diane Keaton. Ça ne fonctionnait pas vraiment”, s’amuse un technicien. “Je ne sais pas ce qui lui a pris de jouer comme ça”, s’interroge encore aujourd’hui une autre membre de l’équipe. “Je ne l’ai jamais vu jouer comme ça dans aucun film.” “On n’était pas aveugle”, souligne Thierry Jault. “Après, on se disait que ça pourrait être gommé au montage.”

Très soucieuse de son image, comme toutes les stars, Isabelle Adjani tente d’influer sur le montage. “Là où le torchon a vraiment brûlé avec Isabelle, c’est qu’elle voulait sa propre salle de montage”, raconte Philomène Esposito. “‘Même Besson ne me l’a pas refusée’, m’a-t-elle dit. ‘Et bien moi je te la refuse!’, je lui ai répondu. Une fois par semaine, je lui faisais une présentation des rushs. Elle se trouvait formidable.”

Philomène Esposito reste en revanche impressionnée par l’indéniable cinégénie d’Isabelle Adjani. “Je la voyais arriver sur le tournage, avec ses cheveux gras. Je me demandais ce qu’on allait pouvoir tourner. Et dès que je regardais dans l’œil de la caméra, elle était transcendée d’une beauté, elle était comme une luciole éclairée de l’intérieur. Tout s’effaçait à la caméra. Elle devenait d’une beauté absolument fascinante. C’est ce qui faisait que je m’écrasais. J’étais fascinée.”

“Elle m’a complètement zappée”

La campagne promotionnelle, qui accompagne la sortie de Toxic Affair, est agressive. L’actrice est en couverture de tous les magazines, qui s’enflamment pour son grand retour. Avec son affiche, où le visage d’Isabelle Adjani apparaît en gros plan, Gaumont mise à fond sur la star et son pouvoir de fascination. Son apparition à Cannes, dans une tenue digne d’une héroïne du cinéma muet, suscite un fort engouement, note Le Monde dans son compte-rendu de la soirée de clôture.

Mais la critique n’est pas dupe et assassine Toxic Affair. “Une véritable catastrophe artistique”, titre Variety. “Si le film avait été en compétition, une boîte de Kleenex aurait pu prétendre au prix du meilleur second rôle”, ajoute Le Monde. “C’était d’une violence. Vous n’imaginez pas la violence…”, soupire Philomène Esposito. La projection cannoise est un cauchemar: “Dès que ça a commencé, il y a eu des huées, des sifflements, puis les gens ont commencé à partir”, se remémore ​Françoise Ménidrey.

“À la fin, tout le monde a tourné le dos à Philomène, comme si elle avait été une criminelle. Elle s’est retrouvée toute seule avec moi [dans l’auditorium Lumière]. Je l’ai ramassée à la petite cuillère. Elle était en larmes. Tout ça pour des images sur un écran! J’ai trouvé ça d’une violence terrible. Ça m’avait beaucoup choquée. J’en ai encore des frissons dans le dos rien que d’y penser.”

Philomène Esposito, Isabelle Adjani et Clémentine Célarié au festival de Cannes 1993 pour la présentation de "Toxic Affair"
Philomène Esposito, Isabelle Adjani et Clémentine Célarié au festival de Cannes 1993 pour la présentation de “Toxic Affair” © Patrick Billard / AFP

“Ce soir-là, Antigone était ma sœur! Je me sentais encadrée, à droite et à gauche par Antigone et Iphigénie…”, dira un an plus tard Adjani au Monde. “Isabelle, qui avait vraiment fait de ce film sa chose, s’en est totalement désolidarisée”, déplore Thomas Chevalier. “J’imagine que ça a été un truc d’autant plus épouvantable pour Philomène, qu’Isabelle le lui avait joué à l’amitié.” Elles ne se sont jamais revues. “Elle m’a complètement zappée”, regrette la cinéaste. “Je suis devenue la ringarde du cinéma. C’était fini.”

“Ils ont fait un péché d’orgueil en allant à Cannes”

La sortie de Toxic Affair, le 26 mai 1993, dans 500 salles, est un camouflet. “Il fallait sortir ce film en catimini. Ils ont fait un péché d’orgueil en allant à Cannes”, commente encore Philomène Esposito. Si l’échec est cuisant, Gaumont ne perd pas d’argent dans l’affaire. Le studio avait assuré ses arrières en vendant les droits du film à plusieurs territoires, dont le Japon, où Adjani était très appréciée.

Impossible de savoir ce qu’Isabelle Adjani pense réellement du film. Dans L’Express, à quelques jours de la projection à Cannes, elle évoque avec passion la “clochardisation du cœur” de son personnage, “une paumée” qui “se laisse cogner par des rencontres”. Quand le magazine lui demande si elle trouve cet aspect réussi dans le film, elle répond d’une manière évasive: “Dans le film, je n’en sais rien. Dans ma tête, oui.”

Pour exorciser Toxic Affair, Philomène Esposito écrit un scénario de thriller. Son pitch est une métaphore de son ressenti de l’époque. Sur un tournage, la plus grande star française disparaît. La police et l’équipe soupçonnent la réalisatrice d’avoir tué l’actrice, avec qui elle avait des relations conflictuelles. Plusieurs comédiennes sont contactées pour incarner le rôle de la réalisatrice, mais toutes refusent. Dominique Besnehard conseille à Philomène Esposito d’abandonner l’idée, qui risque de la griller dans le milieu: “Mais je suis déjà grillée!”, lui rétorque-t-elle.

Toxic Affair a ensuite disparu des radars. Il a été diffusé deux reprises à la télévision. La première fois sur France 2, le 11 juin 1995, le soir du premier tour des élections législatives. Un succès d’audience. Et une seconde fois le 9 juillet 2006, en prime time, sur NT1. Puis il est retourné dans les limbes avant de sortir en DVD dix-huit ans plus tard, en février 2013, dans une collection patrimoniale de Gaumont.

Malgré le succès de La Reine Margot en 1994, qui lui a permis d’obtenir le quatrième César de sa carrière, Isabelle Adjani n’a plus jamais retrouvé de rôle à la hauteur de son talent. Comme si quelque chose s’était brisé avec Toxic Affair. “C’est une question récurrente dans le cinéma français depuis, disons, Toxic Affair“, écrira en 2012 dans Le Monde Thomas Sotinel: “Que faire d’Isabelle Adjani?”

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