mercredi, février 4
Josh O’Connor (JB Mooney) dans « The Mastermind », de Kelly Reichardt.

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Les humeurs, chez Kelly Reichardt, sont quasiment toujours diffuses, brumisées. Le point, comme on dit en photo, ne semble pas souvent fait pour ses personnages, enclins à l’errance indécise, au doute, à l’anesthésie – comme les figures de son camarade de Portland (Oregon) Gus Van Sant. Leurs sentiments sont trop mêlés ou gazeux, jusqu’à contaminer la texture même de ses films, toujours saisis dans un 16 millimètres pelucheux et une palette portée sur les gris, les bruns, les beiges sableux.

Lire la critique (Cannes 2025) : Article réservé à nos abonnés Dans « The Mastermind », Kelly Reichardt revisite le film de braquage, sans bruit ni sirène

Ils ne sont pas très doués pour le bonheur ou la sérénité, à l’image des deux amis de jeunesse randonnant en forêt dans Old Joy, le deuxième film de Kelly Reichardt qui la révéla mondialement en 2007. On ne savait si « la vieille joie » du titre était originaire et toujours agissante, ou si elle était purement et simplement révolue, inatteignable.

Notable exception, tout de même : les héros de First Cow (2019), western de poche langoureux – sans doute le chef-d’œuvre à ce jour de Kelly Reichardt, avec Certaines femmes (2016). Dans l’Oregon encore rustre de 1820, un Américain et un Chinois nouent une étroite amitié, vraisemblablement amoureuse. L’Américain est surnommé « Cookie », car il est doué pour la cuisine et singulièrement la pâtisserie. Lorsqu’ils apprennent qu’un notable a acheté une vache, la première de la bourgade voisine, ils décident de soutirer son lait en secret, la nuit venue, pour confectionner des gâteaux qu’ils vendent au village. Les douceurs s’arrachent dans ce monde de boue. Le tandem connaît l’exaltation d’avoir trouvé une voie, un point de fuite, quitte à transmuer un vol en délice – en art aussi.

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