Dans la soirée de samedi, le ministère syrien de la Défense a annoncé la « prolongation » de la trêve, à compter de 23h (20h TU), dans le but de « soutenir l’opération américaine visant à transférer les détenus » de l’EI des prisons kurdes vers l’Irak.
Les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) ont indiqué que cette prolongation avait été convenue « grâce à une médiation internationale, tandis que le dialogue avec Damas se poursuit ». Dans un communiqué, elles « affirment leur engagement envers cet accord et leur détermination à le respecter, pour contribuer à la désescalade, à la protection des civils et à la création des conditions nécessaires à la stabilité ».
Décrété le 20 janvier, le cessez-le-feu a depuis été globalement respecté, après que les forces kurdes ont cédé des pans entiers de territoire aux troupes gouvernementales, qui ont également envoyé des renforts autour d’un bastion kurde du nord-est. Au vu de ces évolutions sur le terrain, l’armée américaine a dit vouloir transférer en Irak jusqu’à 7 000 suspects de l’EI, auparavant détenus par les combattants kurdes syriens.
Selon une source kurde, la proposition faite à Damas via l’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, intègre la demande du gouvernement de le laisser contrôler les points de passage frontaliers et réclame qu’une partie de ces recettes, dont celles du pétrole, soit allouée aux régions à majorité kurde.
Actuellement, les forces à majorité kurde contrôle encore deux poches : à l’extrême nord-est du pays, autour de la ville de Qamishli et celle de Kobané plus à l’ouest. Les forces kurdes dénoncent un siège de cette ville. Et sur place, les habitants s’inquiètent d’une pénurie d’essence menaçant le chauffage et le fonctionnement de services de base.
À Kobané, la crainte d’une pénurie de carburant
Dans les rues de Kobané, la neige s’est imposée ces derniers jours. Et la nuit, les températures peuvent être négatives. Mais même si l’hiver frappe de plein fouet la ville, se chauffer est un privilège dont dispose encore Ageed Koban, un jeune homme qui accepte de témoigner sous pseudonyme et avec altération de sa voix : « En ce qui me concerne, j’ai des réserves de carburant pour me chauffer pendant cinq ou dix jours. Après, ce sera fini. C’est la même chose pour pratiquement tout le monde ici à Kobané », raconte-t-il à Guilhem Delteil, du service international de RFI.
La ville accueille beaucoup de personnes déplacées par les récents combats. Les écoles et mosquées sont pleines. Dans ces abris de fortune, le chauffage est encore plus rare. Mais le plus difficile est pour les derniers arrivés : « Les personnes qui viennent des villages situés sur la ligne de front autour de Kobané, je les ai vues ce soir alors que je circulais en ville, rapporte Ageed Koban. Et j’ai vu que certaines d’entre elles vivent dans leur voiture. Elles dorment donc dans leur voiture par ce temps froid. »
Plusieurs enfants seraient déjà morts de froid, assure-t-il. Mais la pénurie de carburant pourrait devenir encore plus dramatique dans les prochains jours. « Comme nous sommes privés d’électricité de l’extérieur, tous les lieux utilisent des générateurs. Et maintenant, tous les hôpitaux, toutes les boulangeries vont très bientôt être à court de carburant. »
Depuis qu’elle est prise en étau entre la Turquie et les forces gouvernementales syriennes, la ville ne reçoit plus ni électricité ni carburant. Les stations-services sont désormais à court d’essence, conclut Ageed Koban.
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