POLITIQUE – Un épais brouillard continue d’entourer cette histoire de réforme des retraites. Le texte portant l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans va-t-il bien cesser de s’appliquer ? Ravis de l’annonce faite le 14 octobre par le Premier ministre, qui a promis de le « suspendre » cet automne, les socialistes ont déchanté en écoutant le président s’exprimer depuis la Slovénie ce mardi 21 octobre.
« Sébastien Lecornu a fait un choix pour apaiser le débat actuel, qui a consisté à proposer le décalage d’une échéance. Je le dis ici car ce n’est ni une abrogation, ni une suspension, c’est un décalage », a affirmé Emmanuel Macron. Puis : « La prochaine échéance, celle des 63 ans au 1er janvier 2027, est donc décalée au 1er janvier 2028, avec un financement par des économies ». Depuis huit jours, la direction du Parti socialiste s’échine à parler de « suspension », plus facile à assumer auprès de ses électeurs.
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Les syndicats aussi ont cru à cette rhétorique, puisque dans un communiqué commun sorti le 20 octobre, la CFDT, la CGT, FO, FSU, Solidaires et l’Unsa saluaient « la suspension de la réforme des retraites », « première avancée » selon eux « après de longs mois de mobilisations dans l’unité ». Dans une interview à Mediapart, le Premier secrétaire du PS Olivier Faure a même appelé à « se focaliser sur la victoire importante qu’est la suspension de la réforme des retraites », se réjouissant que « la réforme Borne soit, de fait, enterrée ».
Pourtant, les propos d’Emmanuel Macron viennent jeter un trouble. Et ouvrent une brèche dans laquelle n’ont pas manqué de rentrer les cadres de La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon moque, sans jamais les citer, « ceux qui voulaient croire à un accord global qui n’a jamais existé ». « La réforme des retraites à 64 ans n’est ni abrogée, ni suspendue. Elle est décalée. Il est temps dorénavant de partir de la réalité et non de la propagande des autosatisfaits pour entrer dans la lutte ». Le député LFI Bastien Lachaud estime que « l’attrape-nigaud est enfin révélé par Macron. Les travailleurs continueront de partir à la retraite à 64 ans ». « L’arnaque est confirmée : l’âge à 64 ans reste dans la loi », embraye Ugo Bernalicis.
Au même moment, les socialistes tenaient un point presse à l’Assemblée nationale. N’ayant pas encore eu vent des propos présidentiels, Romain Eskenazi jugeait que « la suspension était acquise. Elle a été annoncée par le Premier ministre à l’Assemblée. Il s’agit d’un acquis, quel que soit le véhicule législatif ».
Emmanuel Macron a donc non seulement brisé la communication du PS, mais a surtout brouillé le message de son propre gouvernement. Lors de la séance de questions au gouvernement, son Premier ministre Sébastien Lecornu a donc dû préciser que « le président s’est exprimé uniquement sur la mesure d’âge tout à l’heure en Slovénie et je suis allé plus loin lors de ma déclaration de politique générale. »
Il a rappelé qu’il avait annoncé la suspension tant de la mesure de décalage de l’âge légal que celle de l’augmentation du nombre de trimestres de cotisation, sans laquelle la première mesure ne « serait rien ». Et indiqué dans la foulée que la lettre rectificative pour intégrer la mesure au projet de budget de la Sécurité sociale avait été transmise au Conseil d’État. Sauvetage de meubles, in extremis.
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