Route du rhum : la course au large au défi de la féminisation

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Interrogé à l’arrivée de la Route du rhum sur la possibilité de voir un jour une femme « piloter » un Ultime volant de 32 mètres, Thomas Coville, trouvant peut-être la question surprenante à 6 heures, marque un temps d’arrêt : « Naturellement, c’est tout à fait envisageable, dit celui qui s’est classé troisième dans cette catégorie, derrière Charles Caudrelier et François Gabart. Au sein de notre équipe, Laurane Mettraux pourrait un jour se porter candidate. Mais, pour l’heure, personne n’a encore “candidaté” dans notre équipe. Ce n’est pas simplement une question de force physique, mais de technicité et d’acceptation de la vitesse. »

Alors que les différents podiums se constituent tant en Imoca qu’en Ocean Fifty et Class40 (tous 100 % masculins), la faible représentation des femmes dans cette 12e édition de la course transatlantique interroge : 7 sur 138 solitaires au départ.

En classe Imoca, trois femmes se classent parmi les douze premiers : la Suissesse Justine Mettraux (7e), la Franco-Allemande Isabelle Joschke (9e) et la Britannique Pip Hare (12e). A son arrivée, cette dernière – qui avait bouclé le Vendée Globe en 2021 – n’a d’ailleurs pas manqué de relever cette faiblesse récurrente dans les courses hauturières. « Les femmes sont toujours sous-représentées dans ce sport, mais notre catégorie est l’une des plus difficiles de la course et nous avons une participation de 25 % de femmes dans le top 12 », se félicitait toutefois la navigatrice de 48 ans.

Depuis 1978, 17 femmes ont couru la Route du rhum – certaines plusieurs fois. En quarante-quatre ans, trois furent victorieuses : Florence Arthaud (1990) en catégorie Orma, Ellen MacArthur (2002) en classe Imoca et Anne Cazeneuve (2014) en catégorie Rhum Multi. En 1994, quatre ans après la victoire de Florence Arthaud, aucune femme n’était au départ.

Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés Route du rhum 2022 : les « bateaux volants » à l’assaut du record de la course

« Impression d’être catégorisée »

Cela fait déjà vingt ans que Karine Fauconnier, vainqueur de la Transat en double AG2R en 2000, mais surtout première femme sur les trimarans Orma, ces voiliers véloces mais volages, s’interroge sur cette médiocre représentation des femmes dans la course en équipage ou en solitaire : « La question est : pourquoi les femmes qui ont un bon niveau ont tant de difficultés à trouver un budget pour courir ? Je constate d’ailleurs qu’on m’interroge, non pas comme marin, mais toujours comme femme, avec cette impression d’être catégorisée. On a déjà demandé à une femme qui partait sur un tour du monde : “Mais que vas-tu faire de tes enfants ?”, développe-t-elle. A la vérité, il n’y a pas beaucoup d’équipières et elles ne sont pas embarquées. Si elles sont sous-représentées, elles ne peuvent pas non plus progresser. »

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