Route du rhum 2022 : les « bateaux volants » à l’assaut du gros temps

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Jamais, depuis la première édition en 1978, flotte ne fut plus imposante : 138 bateaux répartis en six classes (Ultimes, Imoca, Ocean Fifty, Class40, Rhum Multi et Rhum Mono). Dans une course marquée par la victoire il y a quarante-quatre ans d’un petit multicoque sur un grand monocoque, la souveraineté des trimarans n’a jamais été disputée. Initialement prévu dimanche, le départ a été reporté avec sagesse à mercredi. Si les conditions seront plus maniables, elles infligeront toutefois aux solitaires des conditions « engagées » durant les trois premiers jours, notamment pour les bateaux les moins rapides. Les bateaux à foils, et précisément les trimarans Ultimes, vont pouvoir, dans un flux de sud-ouest, avec une mer plus rangée, accélérer le rythme une fois la pointe Bretagne parée. Dès lors il y a de fortes chances que le record établi par Francis Joyon (sept jours, quatorze heures), il y a quatre ans, tombe comme un fruit mûr.

La Route du rhum porte les solitaires qui se dirigent vers la Guadeloupe, cavalcade insensée de 3 542 milles (6 562 kilomètres), à des extrémités géniales, surhumaines. Elles seront moins inquiétantes, du moins si on en juge par les conditions plus clémentes de sud-ouest, mercredi en Manche. Il y aura bien sûr de la houle et du vent, mais le gros temps est passé : « Dimanche les conditions n’étaient bonnes pour aucun bateau, y compris les gros, car la route était barrée par la grosse dépression qui interdisait tout choix. Mercredi, elles seront plus favorables pour les bateaux à foils, qui avancent vite au près et vont pouvoir choisir de partir au sud dès Ouessant ou aller faire une route plus au nord. Mais ça ne sera de toutes les façons pour personne une promenade de santé : la route sera quand même très engagée », explique Bernard Stamm, tourdumondiste, équipier de Francis Joyon, dont il fait partie de la cellule météo : « En fait, toutes les stratégies des équipes établies pour un départ dimanche sont bonnes à jeter à la poubelle. On a été obligés de tout revoir. Là, le record devrait tomber. Sauf coup de mistoufle… », dit-il en se marrant.

Pour autant, et pour un grand nombre d’entre eux, les solitaires n’échapperont pas à un état nauséeux – un moindre mal – si l’on considère que la règle intangible des « 3 F » va s’appliquer : froid, faim, frousse. Aujourd’hui les skippeurs abordent le mal de mer, longtemps tabou, avec franchise et comme un mal inhérent au métier.

« Gagner, c’est vivre comme un animal »

Car peu y échapperont. Il serait plus simple d’ailleurs de compter ceux qui n’en ont jamais souffert tout au long de leur carrière : « Disons, pour parler poliment, que nos capacités cognitives risques d’être altérées », dit, sans en rajouter, Ian Lipinski, skippeur de Crédit mutuel, l’un des cinq ou six favoris au podium en Class40 (12 mètres). Les 55 solitaires de cette classe en pleine vitalité vont connaître trois ou quatre jours pénibles, la queue de la grosse dépression s’étant peu à peu atténuée : « C’est novembre, et il y a de la mer. C’est le Rhum, quoi !  », ajoute Stamm. Sans parler des bateaux les moins véloces, qui vont tout de même enfourner dans la vague. Chez toutes et tous, il y aura des mains gonflées et douloureuses.

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