Piscines moins chauffées : et pourtant, ils nagent !

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La veille, Muriel (plusieurs interlocuteurs ont souhaité rester anonymes) est partie s’équiper. Ce ne sont pourtant pas les maillots de bain, bonnets et lunettes qui manquaient à cette pimpante sexagénaire, nageuse assidue. Mais une combinaison thermique couvrant les bras et les jambes pour pratiquer en eau froide, elle n’en avait pas. Elle n’aurait d’ailleurs jamais pensé avoir à se transformer en femme grenouille pour crawler dans le bassin extérieur de son centre nautique de Nogent-sur-Marne. Mais, depuis le 1er octobre, ce bassin olympique du Val-de-Marne, qui n’est plus chauffé depuis mi-mai, impose le port d’une combinaison. Une première en France, qui permet de maintenir ouvert l’équipement et de contenir l’explosion des coûts de l’énergie. Ce matin-là, Muriel était parmi les premières à piquer une tête, vêtue de Néoprène.

« Le centre nautique, composé de deux bassins intérieurs de 25 mètres et d’un extérieur de 50 mètres, représente à lui seul environ 50 % de la dépense énergétique de la ville, calcule Adrien Roudot, son directeur. Or, avec l’augmentation du prix du gaz, le budget prévisionnel affecté au chauffage des bâtiments communaux a déjà été doublé cet été. Pour limiter les frais, on tâtonne, on cherche des solutions. » En parallèle, les deux bassins intérieurs ont réduit leur température de 1 degré. Les douches, elles, ont perdu 3 degrés.

Les mains glacées de Valentine après 45 minutes de nage dans un bassin à 16 °C, à Nogent-sur-Marne, le 8 novembre 2022.

Face à la flambée du prix du kilowattheure, garder les équipements aquatiques ouverts est devenu un défi quotidien pour les collectivités qui les exploitent. Seuls 15 % sont gérés sous la forme de délégation de service public. Très énergivores, vieillissantes – la moitié datent d’avant 1977 –, chauffées au gaz pour la grande majorité, les 4 135 piscines publiques du pays sont touchées de plein fouet par la crise de l’énergie. Certains bassins ont dû fermer ou n’ont pas été remis en eau, d’autres réduisent leurs plages horaires ou baissent le thermostat pour adoucir la note. Il est admis qu’un degré en moins représente une économie de 7 % environ.

Lire aussi : Les piscines publiques, un équipement coûteux particulièrement vulnérable à la hausse des prix de l’énergie

Le bassin dit « nordique », ainsi qu’on appelle ce type d’équipement de plein air, de Nogent-sur-Marne porte désormais bien son nom. Habituellement maintenue à 26 °C, son eau affiche, à une semaine de la Toussaint, un frisquet 18,5 °C. Au sortir de sa séance, 3 kilomètres avec palmes en une heure, Muriel se débarrasse de sa toute nouvelle combi – « 4 millimètres d’épaisseur, qui protège jusqu’à une température de l’eau à 12 °C » – et la met à sécher sur un gradin du centre nautique. Elle accueille de bon cœur la nouvelle contrainte. « Parfois, quand il faisait beau à l’extérieur, l’eau paraissait trop chaude, explique celle qui travaille à mi-temps et en free-lance dans l’immobilier. Avec la combi, on nage très bien. Par prudence, j’ai juste un peu raccourci mes séances, pour ne pas trop forcer et prendre froid », poursuit la sportive, vêtue d’un maillot au motif léopard, heureuse de pouvoir lézarder quelques instants au soleil automnal.

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