Le pari des JO de Paris 2024 pour la Seine-Saint-Denis

0
8

Ce n’est pas tous les jours qu’un nouveau pont est posé sur la Seine. L’heure a beau être tardive, ce 28 octobre, le périmètre bouclé, plusieurs curieux sont venus regarder cette charpente de 1 500 tonnes d’acier, 120 mètres de long, se hisser à la perpendiculaire du fleuve, entre l’Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et Saint-Denis. Un petit groupe d’officiels, d’architectes et d’ingénieurs, tous en orange fluo, assiste au même spectacle. Il y a là le préfet, le sous-préfet, le président du département, des élus. Pas de grand cérémonial. Leur empressement presque enfantin à descendre voir l’ouvrage de plus près vaut tous les discours.

Construction d’une passerelle le 8 novembre 2022.

Une femme s’attarde sur la terrasse de la base vie du chantier. Brigitte Philippon est celle qui, dix-sept ans plus tôt, traçait un trait sur le plan de l’« écoquartier fluvial » qui remplacerait les entrepôts du Printemps sur l’Ile-Saint-Denis. Un trait pour une passerelle piétons-vélos-bus (138 mètres au total) qui mettrait le métro à moins de dix minutes des nouveaux logements, une évidence pour une urbaniste. Mais les 32 millions d’euros nécessaires (un peu moins, à l’époque) n’étaient la priorité de personne, si ce n’est du maire, qui n’en avait pas les moyens. Vingt ans, c’est à peu près le temps qu’il a fallu pour que l’enfouissement des lignes à haute tension qui cisaillent le ciel juste au-dessus devienne aussi réalité.

Ne surtout pas croire que de bonnes fées ont soudain décidé de financer les projets qui s’empilaient dans les placards. En septembre 2017, Paris a décroché les Jeux olympiques (JO) et paralympiques de 2024, et il a été décidé d’installer le village des athlètes, pièce maîtresse dans l’organisation de l’événement (plus de 14 000 lits), sur des terrains industriels du nord de la capitale : une cinquantaine d’hectares, à cheval sur trois communes (Saint-Denis, Saint-Ouen, L’Ile-Saint-Denis), à deux pas du Stade de France. Le Grand Paris Express arrivait, la Seine ajoutait de la magie à l’ensemble. Subitement, le pont était financé, la disparition des pylônes programmée (80 millions d’euros). Dans le lot, on ajoutait même un mur antibruit – sur un côté seulement – pour étouffer le bruit de l’A86 qui surplombe le tout.

Passerelles au-dessus des voies ferrées et de la Seine, le 8 novembre 2022.

1,1 milliard de fonds publics

A quoi tient la réparation des fractures territoriales et sociales de la Seine-Saint-Denis ? L’attention portée à ce département, où le XXe siècle a posé tout ce qu’il peut produire de plus massif – deux aéroports, trois autoroutes, des lignes de TGV, un nombre considérable de tours et barres de logements –, est-elle conditionnée à l’organisation des grands-messes du sport, ces moments où le département le plus jeune de France métropolitaine devient la vitrine, voire la fierté, d’un pays, comme lors de la Coupe du monde de football de 1998 ? Ce territoire dont les élus bataillent chaque jour pour qu’un enfant qui y naît, une personne qui s’y installe ait les mêmes chances d’apprendre, de se former, de travailler, d’être soigné, de se loger que les autres…

Il vous reste 76.59% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici