La renaissance de Caroline Garcia avant l’US Open

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Dimanche 21 août, Caroline Garcia réussit un ultime service gagnant. Elle s’agenouille puis s’allonge sur le court, envahie par l’émotion. Face à la Tchèque Petra Kvitova, la Française vient de remporter, à Cincinnati (Ohio), le troisième WTA 1000 de sa carrière – la catégorie juste en dessous du Grand Chelem –, le premier depuis son doublé chinois Wuhan-Pékin, en 2017. Une prouesse puisqu’elle est devenue la première joueuse à remporter un tournoi de ce niveau en sortant des qualifications.

Ce titre, le troisième cette saison, confirme surtout le retour de la Lyonnaise sur le devant de la scène. A point nommé, puisque l’US Open, quatrième et dernier tournoi du Grand Chelem de l’année, s’ouvre lundi 29 août sur les courts new-yorkais de Flushing Meadows. Tête de série numéro 17, la droitière de 28 ans sera opposée, au premier tour, à la Russe Kamilla Rakhimova (90e mondiale).

Ex-quatrième joueuse mondiale à son firmament, en septembre 2018, Caroline Garcia connaît les hautes sphères du tennis féminin mondial. Mais les cimes s’étaient éloignées. Quatre ans de doutes et de nombreuses blessures l’avaient fait chuter au 79e rang mondial, en mai, son pire classement WTA depuis huit ans.

« Souvent, quand j’allais sur le court, j’avais mal quelque part, déclarait-elle à L’Equipe, le 24 août. C’est la chose la plus frustrante pour un athlète : ne pas pouvoir faire ton sport et ne pas pouvoir t’entraîner comme tu aimerais. Tu n’as pas 100 % confiance parce que tu ne sais pas si ça va tenir. »

En parallèle de ses pépins physiques, la Tricolore semble perdue dans son jeu. « A force, j’ai un peu perdu le fil de mon identité, se remémorait-elle après son titre à Cincinnati. J’ai douté de ma façon de jouer et j’ai commencé à y aller à 50 %. Tu essaies de faire moins de fautes directes, tu recules, mais tu réussis moins de coups gagnants parce que tu es moins à l’intérieur du court. » « On connaît tous le diamant qu’elle avait entre les mains, on se disait “c’est dommage” », explique Pauline Parmentier, ancienne numéro 40 mondiale et consultante pour Amazon Prime Video.

Une nouvelle structure

La genèse de ce renouveau date de décembre 2021, quand Caroline Garcia s’entoure de l’entraîneur Bertrand Perret et de la physiothérapeute et préparatrice physique Laura Legoupil. Avant de se tourner vers l’ancien coach de Paul-Henri Mathieu et de la Tunisienne Ons Jabeur, Caroline Garcia a passé l’intégralité de sa carrière sous les ordres de son père, Louis-Paul. Eloigné du court à la demande de sa fille, en mai 2021, le paternel a su laisser la place à son successeur (après un intermède avec l’Espagnol Gabriel Urpi) tout en réintégrant la structure, à distance, dans un rôle de manageur.

Bertrand Perret ne révolutionne pas Caroline Garcia, souvent critiquée pour sa prise de risques. Au contraire, il l’encourage à développer un jeu encore plus offensif. « Bertrand [Perret] la réconforte, la rassure dans le style qu’elle veut développer », apprécie Julien Benneteau, capitaine de l’équipe de France de la Billie Jean King Cup (anciennement appelée Fed Cup).

Malgré un début de saison de nouveau plombé par une blessure au pied (elle a manqué deux mois de compétition entre mars et mai), Caroline Garcia laisse entrevoir les prémices d’un bon cru lors de Roland-Garros, où elle remporte, pour sa reprise, le double dames avec Kristina Mladenovic. « Je trouvais sa qualité de frappe intéressante, analyse Julien Benneteau. Elle faisait mal aux adversaires sans faire de grosses fautes comme dans le passé. » Eliminée au deuxième tour du tournoi en simple, elle positivait : « Je commence à comprendre où je vais. Ça veut dire qu’on va dans la bonne direction à l’entraînement. »

« Gagner Roland-Garros pour la deuxième fois [après 2016] avec Kristina a été un des plus beaux moments de sa carrière parce qu’elle sortait d’un moment difficile, souligne Camille Pin, consultante pour Amazon Prime Video. Je suis persuadée que ça a été un déclic. » Rapidement, la native de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) confirme ces bons ressentis en s’adjugeant le WTA 250 de Bad Homburg (Allemagne), sur gazon, son premier trophée depuis 2019.

Un service clinique et un jeu mieux construit

Son service est actuellement le plus efficace du circuit, puisque personne n’a réussi autant d’aces qu’elle cette saison : 286. « C’est une bonne arme de mon jeu, qui me donne confiance pour mettre la pression sur l’adversaire, admettait-elle, le 19 août, après sa victoire en quarts de finale à Cincinnati. On a beaucoup travaillé dessus. » « Elle est toujours très agressive sauf que, physiquement, elle est mieux, donc beaucoup plus précise, observe Julien Benneteau. Ses adversaires ont une sensation d’étouffement par ce qu’elle installe dans son jeu. »

Grâce à tous ces ingrédients, la vainqueure de la Fed Cup 2019 avec l’équipe de France a poursuivi sur sa lancée. D’abord en gagnant un deuxième tournoi, en juillet, sur la terre battue de Varsovie, en écartant, à domicile, la numéro 1 mondiale polonaise, Iga Swiatek. Puis en remportant, donc, le WTA 1000 de Cincinnati la semaine dernière, forte de trois succès contre des membres du top 10. Depuis la mi-juin, elle totalise vingt-six victoires pour seulement quatre défaites.

« Tout est plus clair dans ma tête, affirme-t-elle. Je me sens aussi beaucoup mieux physiquement, en meilleure santé. Nous avons clairement défini la façon dont je dois jouer, la direction que je dois prendre. Quand j’entre sur le court, je sais quel style de jeu je dois pratiquer. »

Dans cette continuité, Caroline Garcia aborde l’US Open avec un statut d’outsider. Elle a prouvé dans l’enchaînement des matchs et dans ses succès contre des joueuses du top 10 (quatre, zéro défaite depuis juin) qu’il ne faudra pas l’oublier au moment des pronostics, même si elle n’a jamais dépassé jusqu’ici les quarts de finale d’un Majeur.

« Il faut qu’elle ait des ambitions assez élevées, assure Camille Pin. Elle doit se dire qu’elle fait partie des cinq meilleures joueuses du monde dans sa tête. Elle peut espérer une demie et ensuite, le titre, pourquoi pas ! »

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